La réalisatrice française Coralie Fargeat signe une entrée fracassante en compétition avec "The Substance".
L’histoire d’une actrice hollywoodienne vieillissante à qui on propose de "donner naissance" à son double rajeuni.
Demi Moore et Margaret Qualley sont épatantes dans cette comédie horrifique qui repousse les limites du bon goût.

On ne garantit pas l’état des tenues de soirée à la sortie de la projection officielle de The Substance, ce dimanche. Après avoir généré un joli petit buzz avec Revenge en 2017, la réalisatrice française Coralie Fargeat débarque en compétition à Cannes avec ce deuxième film tourné aux États-Unis. Soyons clair : cette ancienne élève de Sciences Po Paris n’a pas réalisé un blockbuster sans âme. Mais un "body horror movie" qui emprunte autant à David Cronenberg, Brian De Palma et Julia Ducournau qu’à Society de Brian Yuzna. Les amateurs apprécieront.

Dans The Substance, Demi Moore joue Katherine Sparkle, une star de cinéma dont la carrière est aussi décrépie que son étoile sur Hollywood Boulevard. Reconvertie prof de gym dans une matinale télé, elle se voit signifier la porte le jour de son anniversaire, son odieux producteur (Dennis Quaid) lui faisant comprendre qu'après 50 ans, les femmes sont bonnes à jeter. Un malheur n’arrivant jamais seul, elle est victime d’un accident de la circulation dont elle ressort miraculeusement indemne.

Plus jeune, plus ferme, plus désirable

À l’hôpital, un jeune infirmer lui confie une clé USB sur laquelle figurent les coordonnées d’une mystérieuse société qui donne son titre au film. Après avoir découvert que sa chaîne a déjà lancé un casting pour la remplacer, Katherine décide de donner une chance au produit. À l'aide d'impressionnant kit d’injections à faire tourner de l'oeil les bélénophobes, elle va donner naissance de manière très "organique" à Sue, une version d’elle-même plus jeune, plus ferme, plus désirable interprétée par Margaret Qualley. Seule règle à respecter : la copie doit céder sa place à son modèle une semaine sur deux.

Au fil des décennies, le cinéma de genre a creusé sa place à Cannes. Souvent en séance de minuit pour l’ambiance. Parfois en compétition à condition de faire preuve d’un vrai regard de cinéaste. Une ambition. Sur ce point, Coralie Fargeat risque bien de marquer de son empreinte cette 77ᵉ édition. Dans l'air du temps, The Substance dynamite le culte de l’apparence à Hollywood et dans la société de consommation en général. Foudroie l’obsession des vieux messieurs pour la chair fraiche. Et secoue ces femmes comme Katherine prêtes à tout pour obéir aux diktats qui les emprisonnent.

C’est davantage dans la forme que The Substance risque d’être clivant. Là où de nombreux cinéphiles ne jurent que par le sacro-saint hors-champ cher à Michael Haneke, Coralie Forgeat la joue "full frontal" avec ses personnages. Et le spectateurs qui en prend plein la figure. Elle s'attarde sur les corps dénudés de ses comédiennes sous tous les angles. Appuie les regards lubriques des hommes qui les convoitent. Et se régale des plaies que son duo d'actrices exceptionnelles s’inflige dans un crescendo d’hémoglobine comme on n’en a pas vu depuis longtemps à Cannes. Voire jamais. Ce duel de poupées Barbie trash va-t-il mettre K.O. Greta Gerwig et son jury. Nous, on adore !

>> The Substance de Coralie Fargeat. Avec Demi Moore, Margaret Qualley, Dennis Quaid. 2h20. En salles prochainement.


Jérôme VERMELIN à Cannes

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