Interview

Mattéo éliminé de "Koh-Lanta" : "Je me suis senti sous-estimé en permanence"

Propos recueillis par Jérôme Vermelin
Publié le 1 mars 2022 à 23h18

Source : Sujet TF1 Info

Mattéo a été éliminé à l’issue de l’épisode 2 de "Koh-Lanta : le Totem Maudit", diffusé mardi soir sur TF1.
Une vraie déception pour ce danseur classique de 20 ans qui attendait plus de son aventure aux Philippines.
Le jeune homme avoue toutefois avoir reçu de nombreux messages de soutien de la part des téléspectateurs.

On ne le voyait pas quitter les Philippines aussi vite. Sans doute parce qu’en l’espace d’un épisode, Mattéo était déjà l’un des candidats les plus attachants de "Koh-Lanta : le Totem Maudit".  En balance avec Stéphanie, le benjamin de l’aventure a été éliminé par les membres de la tribu violette, victime d’une alliance passée par ses équipiers. Mais aussi des a priori que ce danseur classique de 20 ans était venu combattre dans le jeu d’aventure de TF1.

Mattéo, on vous voit craquer nerveusement dans cet épisode. Les raisons de votre élimination sont-elles avant tout psychologiques ? 

Non, elles sont stratégiques ! (Rires). Psychologiquement, je tiens à préciser quelque chose : oui, j’ai craqué. Mais c’est le dernier jour, au moment où on a perdu l’épreuve d’immunité. J’ai craqué dans le sens où je me sentais encore en danger, où je sentais que ça allait être moi ou Stéphanie. J’étais même en colère parce que je faisais tout mon possible pour contrer ce début d’aventure… et ça ne marchait pas. J’avais beau m’arracher sur les épreuves, ça ne suffisait pas à contrer les stratégies. Je n’étais pas dans l’alliance majoritaire et rien ne pouvait changer les choses. Dans une situation comme celle-là, on a un sentiment d’injustice, même si je savais très bien que "Koh-Lanta" n’est pas un jeu juste. D’ailleurs s’il était juste, il ne serait pas intéressant. Enfin moins ! Mais j’insiste : me sentir sous-estimé en permanence, avoir le sentiment de ne pas être à ma place, c’est ça qui m’a le plus affecté. Ce n’est pas la faim, ni les conditions de survie parce que ça, c’était dur pour tout le monde. Mais je tenais le coup et j’aurais tenu encore longtemps.

Après l'épreuve de confort, tout le monde m’a dit que j’étais très fort, que j’étais une machine
Mattéo

Ce regard négatif que les autres portent sur vous, ça commence dès le premier épisode. On vous choisit en dernier parce que vous êtes le plus jeune, parce que vous avez un physique frêle, en apparence. Avez-vous eu la sensation d’être pris pour le maillon faible ? 

Le maillon faible, je n’irais pas jusque-là parce qu’on m’a dit à plusieurs reprises que j’étais courageux, qu’à 20 ans d’autres n’auraient pas fait "Koh-Lanta". Mais mine de rien j’ai été sous-estimé, notamment sur les stratégies mises en place pour faire les épreuves. Et en particulier par Yannick qui était un peu "le chef". Disons que sa parole faisait foi auprès de tout le monde. Quand il dit 'il faut que j’aille au-dessus de toi sur les plans inclinés parce que j’ai plus de bras', les gens disent 'ok, il a plus de bras'. C’est aussi simple que ça. Or moi ce que j’aime dans "Koh-Lanta", c’est qu’on peut prouver des choses sur les épreuves, par-delà les apparences et l’image que les autres se font de vous. Malheureusement, je n’ai pas eu l’occasion de le montrer, je n’ai pas eu le temps.

C’est pourtant en grande partie grâce à vous que votre équipe a remporté l’épreuve de confort. Même après ça, le regard des autres n’a pas changé ? 

Si, tout le monde m’a dit que j’étais très fort, que j’étais une machine, etc. Mais ça ne change pas parce que les autres sont dans une alliance dont je ne fais pas partie. Et au final, c’est ça qui prime. 

Ça m’apporte beaucoup de confiance de voir que ma façon de m’exprimer, mon caractère, mon authenticité, ma faculté à montrer mes émotions, ça plaît aux gens
Mattéo

Avec le recul, quel sentiment prédomine après ce "Koh-Lana" ? La déception, la frustration, ou bien le bonheur d’avoir fait cette émission ? 

Je suis content d’avoir fait l’émission mais… surtout une déception énorme parce que j’avais beaucoup d’attentes et que je n’ai pas du tout récolté ce que j’étais venu chercher, mais alors pas du tout. Heureusement les messages que je reçois en ce moment, le soutien que je reçois du public depuis le premier épisode, tout ça vient vraiment contrebalancer ce que je n’ai pas pu trouver dans l’aventure. Ça m’apporte beaucoup de confiance de voir que ma façon de m’exprimer, mon caractère, mon authenticité, ma faculté à montrer mes émotions, ça plaît aux gens. Ça n’a pas été valorisé dans le jeu. Mais là, ça l’est à travers le regard des autres. Et franchement ça me fait beaucoup de bien. Et j’espère que ça va continuer après l’épisode 2 !

Dans notre précédente interview, vous disiez vouloir combattre les a priori vis-à-vis de la danse classique. C’est quelque chose dont vous avez souffert, plus jeune ou encore aujourd’hui ? 

Quand j’étais plus jeune, beaucoup. Par rapport aux garçons qui vous répètent sans cesse que la danse, c’est un sport de filles. Après j’ai été rapidement dans un cursus dédié, entouré de gens qui faisaient la même chose que moi. Mais un milieu très fermé. Et c’est pour ça que j’ai voulu faire "Koh-Lanta" : pour faire une pause et sortir de ce milieu qui peut être très élitiste. Mine de rien, je ne connais pas grand monde qui a essayé d’aller dans une émission populaire comme celle-là, très loin de l’image qu’on peut se faire de la danse. Et donc je suis fier de moi, je suis content. Encore plus en lisant les réactions des gens. 

Le combat sera gagné lorsqu’on arrêtera de faire des titres du style "le candidat gay"
Mattéo

Nos confrères de Têtu vous ont mis en avant comme le "nouveau candidat "LGBTQ+ de Koh-Lanta". Est-ce que c’est quelque chose que vous aviez aussi envie d’incarner en faisant cette émission ? 

Non, pas du tout ! (Rires). Enfin, aujourd’hui je le porte avec grand plaisir et je mènerai tous les combats qu’il faut. Mais je n’étais pas du tout venu pour ça et je suis content parce qu’au casting, on ne m’a posé aucune question là-dessus. Et je n’avais pas du tout envie d’être sélectionné pour ça. Ou pas pris à cause de ça, d’ailleurs. Je pense que j’avais plein d’autres choses à montrer dans mon profil, notamment la danse. Maintenant si ça fait son effet, tant mieux ! Mais mon idée, c’est que le combat sera gagné lorsqu’on arrêtera d’en parler. Quand on arrêtera de faire des titres comme ça du style "le candidat gay". Malheureusement il faut encore en passer par là pour ouvrir les esprits. Dans mon entourage, en tout cas, ce n’est pas une question. Parce que j’ai la chance de vivre dans un milieu très ouvert d’esprit. Oui je suis jeune, oui j’ai un copain, mais ce n’est pas un sujet. Et à aucun moment ça ne doit devenir un critère de quoi que ce soit. 

Mattéo il est encore temps de postuler à "Danse avec les stars", non ? 

Avec plaisir ! (Rires). J’aimerais beaucoup apprendre les danses de salon. Mais je ne crois pas qu’il y ait d’inscriptions. On vous appelle, non ? 

On dirait que vous êtes au courant…

Je suis ouvert à ça, forcément. On va voir. Mais j’ai peur qu’en ayant participé à seulement deux épisodes de "Koh-Lanta", on ne se souvienne pas suffisamment de moi. On ne sait jamais…

Sur "Danse avec les stars", il y a François Alu, qui participe à la démocratisation de la danse. Est-ce que vous aimeriez prolonger ce combat dans d’autres émissions, d’autres projets grand public ? 

C’est vrai que j’étais venu avec l’idée de démocratiser la danse classique, d’en parler à des gens qui n’y ont pas accès ou qui ne connaissent pas bien. Je me rends compte aujourd’hui que ça marche dans les deux sens. Il y a aussi un certain snobisme de la part du milieu de la danse. Vous prenez l’exemple de François Alu et c’est très bien parce que je connais plein de danseurs de l’opéra qui le critiquent parce que "Monsieur fait Danse avec les stars" ! Alors que mine de rien, il fait parler de la danse à plein de téléspectateurs dans leur canapé qui ne connaissaient pas, qui se sont renseignés, qui ont vu un garçon faire de la danse. Il a apporté vachement plus que ces gens-là qui restent dans leur milieu coincé et fermé. J’en ai marre que la danse, ce soit juste des spectacles pour de riches retraités. J’ai envie de danser pour tout le monde et si la suite m’offre la possibilité de faire quoi que ce soit pour continuer ce combat-là, ce sera avec grand plaisir. 

Où pourra-t-on vous voir danser dans les prochaines semaines ?

J’entame une dizaine de spectacles à l’Opéra de Bordeaux où j’ai contrat professionnel pour un ballet classique. Ensuite je remonte à Paris pour finir mon Master 2 au Conservatoire Supérieur de Paris et après je serai dans la nature ! Je me lancerai dans les auditions pour essayer d’intégrer une compagnie de danse. Je tiendrais tout le monde au courant !


Propos recueillis par Jérôme Vermelin

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