Qui est Calypso Rose, la diva des Caraïbes qui a envoûté Solidays ?

Le service METRONEWS
Publié le 27 juin 2016 à 15h09
Qui est Calypso Rose, la diva des Caraïbes qui a envoûté Solidays ?

ON CRAQUE - Elle a fait ce week-end le bonheur des spectateurs du festival Solidays. A l’occasion de la sortie de son nouvel album, "Far From Home", metronews est allé à la rencontre de la chanteuse, Calypso Rose, légende de la musique des Caraïbes.

C’est une reine. Une souveraine musicale qui reçoit dans une minuscule chambre d’hôtel dans le quartier de Ménilmontant. Elle s’en fiche pas mal que l’endroit soit petit, il est confortable et ça lui suffit. Assise tranquillement sur son lit, elle joue le jeu de l’interview et attend, sourire aux lèvres, la première question. Calypso Rose, puisque c’est d’elle dont il s’agit, ne se départira pas de sa bonne humeur durant tout l’entretien.

"Pourquoi veux-tu que je sois fatiguée ?"

Une marque de fabrique pour cette grande dame de la musique des Caraïbes qui vient de fêter ses 76 printemps et dont le temps ne semble pas avoir d’emprise sur elle. "Fatiguée moi ? Pas du tout !" assure-t-elle en bondissant sur son matelas et en rigolant. "Pourquoi veux-tu que je sois fatiguée ? Je chante, j’apporte un peu de bonheur aux gens et ça, c’est le meilleur remède qui existe, ça conserve."

À l’écoute de son dernier album, Far from home (Because Music) sorti il y a quelques jours à peine, on ne doute pas de la sincérité de ses propos. C’est frais, c’est dansant, c’est entraînant, c’est aussi surprenant. La voix de Calypso Rose, qui semble être celle d’une jeune fille de vingt ans et non d’une septuagénaire, vous insuffle une joie de vivre et une envie de faire la fête immédiate. Il faut voir comment, fin mai, elle a mis le feu au plateau de Taratata pour s’en convaincre.

Douze titres qui permettent aussi, pour ceux qui ne sont pas des habitués de la musique caribéenne, de découvrir le calypso, un son très particulier. S’il est né au 19e siècle du métissage d’ingrédients musicaux africains et européens, c’est au cours du 20e siècle qu’il a pris son essor. Et c’est un certain Harry Belafonte qui l’a fait connaître au grand public dans les années 50. Ce genre musical était, pendant longtemps, l’apanage des hommes. C’était sans compter sur Calypso Rose.

"Mon père ne voulait pas que je chante"

Née en 1940 dans un petit village de l’île de Tobago, qui forme avec Trinidad l’une des nombreuses petites républiques insulaires des Caraïbes, McCartha Linda Sandy Lewis de son vrai nom a véritablement révolutionné le genre. Avec plus de 20 albums et 800 chansons à son actif (dont la première écrite à l’âge de 13 ans), elle s’est imposée dans ce monde de mâles en 1972, en remportant le titre de reine du calypso, une grande première. Il faut dire que la lutte et le combat, ça la connaît.

"Quand j’étais jeune, mon père, qui était pasteur, ne voulait pas que je chante, se souvient-elle. Il disait que c’était la musique du diable. Et moi je lui répondais que c’était Dieu qui m’avait donné ce don pour la musique." Ce n’était que le premier obstacle d’une vie semée d’embûches. Victime de violences sexuelles à l’âge de 18 ans, elle a dû par la suite faire face à un cancer et deux infarctus. Et elle est toujours là, plus forte que jamais. Engagée aussi.

Car si le calypso est un genre festif, il ne faut pas se fier aux apparences. Nombreuses sont les paroles de Calypso Rose qui portent un message fort. "Oui, certains de mes titres sont engagés, je le revendique. La musique est le meilleur moyen de faire passer un message. Je me sens connectée au peuple et je me considère, et je pense que beaucoup de musiciens pensent la même chose, comme une sorte de reporter. Nous sommes des journalistes qui chantons finalement."

Elle fait donc bouger les foules, mais aussi réfléchir, convaincue de la force de la musique. "Une chanson peut faire tomber un gouvernement, affirme-t-elle. Ou faire changer concrètement les choses. Je peux le dire puisque c’est arrivé avec plusieurs des miennes."Calypso Rose a en effet dans son répertoire plusieurs titres qui parle de la condition des domestiques noirs sur ses îles, avec des gens exploités et payés 20 dollars par mois.

Elle a fait craquer Manu Chao, le "Clandestino"

Par la seule force du chant, elle est parvenue à faire voter une loi qui leur octroie un salaire minimum de 1200 dollars. Avec "Abatina", une chanson qui prend la défense des femmes et pointe du doigt les violences conjugales, elle a mis le problème sur le devant de la scène. On pourrait multiplier les exemples à l’envie.

La voici aujourd’hui avec un nouveau disque aux sonorités qui ne sont pas sans rappeler celles de Manu Chao. Normal, les deux musiciens se sont rencontrés et le Clandestino est tombé sous le charme, au point de faire les arrangements de l’album et de prêter sa voix sur trois titres.

"Nous nous sommes vus à Port of Spain", raconte-elle. "C’était très fort. Nous sommes restés ensemble simplement une après-midi. Et en trois heures, nous avions tout enregistré. C’était vraiment une belle expérience. Nous allons nous revoir bientôt et sans doute nous produire ensemble pour un concert."


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