Qui est Charlotte Lewis, l’actrice qui poursuit Roman Polanski en diffamation et l'accuse de viol ?

Publié le 5 mars 2024 à 12h48, mis à jour le 5 mars 2024 à 16h05

Source : TF1 Info

Roman Polanski, 90 ans, est jugé pour diffamation ce mardi devant le tribunal correctionnel de Paris.
En 2019, il dénonçait dans "Paris Match" les "mensonges odieux" de la comédienne Charlotte Lewis.
Star du film "Pirates", en 1986, elle accuse le cinéaste de l'avoir violée lorsqu'elle avait 16 ans.

Hasard du calendrier, c’est en plein #MeToo du cinéma français que le nom de Roman Polanski revient dans l’actualité. Le cinéaste franco-polonais de 90 ans est jugé ce mardi après-midi pour diffamation suite à une plainte déposée en 2019 par l’actrice britannique Charlotte Lewis, âgée de 56 ans. Bien qu’il réside dans la capitale, le premier a fait savoir qu’il ne se rendrait pas au tribunal correctionnel, contrairement à la seconde, qui l’accuse de viol au début de sa carrière. 

Née à Londres dans le quartier chic de Kensington, Charlotte Lewis a entamé une éphémère carrière de mannequin à l’âge de 15 ans lorsqu’une collègue, amie de Roman Polanski, lui propose de les présenter. Nous sommes en 1982 et quatre ans plus tôt, le réalisateur a fui les Etats-Unis pour la France lorsque le juge en charge de l’affaire Samantha Geimer a décidé de le condamner à nouveau, alors qu’il a déjà passé quarante-deux jours au pénitencier de Chino, après avoir plaidé coupable pour rapports sexuels illégaux avec une mineure.

Il lui a donné son premier rôle au cinéma

Quatre ans plus tard, Charlotte Lewis incarne María-Dolores de la Jenya de la Calde, le personnage féminin principal de Pirates, un film d’aventure à gros budget dont le tournage a longtemps été repoussé en raison des ennuis judiciaires de Roman Polanski. Présenté hors-compétition au Festival de Cannes 1986 en présence de toute l’équipe, il reçoit un accueil mitigé sur la Croisette avant de connaître un flop magistral au box-office.

Alors que la carrière du cinéaste va vite rebondir avec Frantic, un thriller tourné à Paris avec Harrison Ford et Emmanuelle Seigner, sa future épouse, Charlotte Lewis tente l’aventure hollywoodienne. Elle débute avec un succès, la comédie fantastique Golden Child : L’enfant sacré du Tibet où elle donne la réplique à Eddie Murphy la superstar du Flic de Beverly Hills. Avant de se perdre dans des séries B d’action sans lendemain… 

Charlotte Lewis et Roman Polanski à Cannes en 1986 lors de la présentation du film "Pirates".
Charlotte Lewis et Roman Polanski à Cannes en 1986 lors de la présentation du film "Pirates". - AFP

C’est en 2010, en marge du Festival de Cannes, que Charlotte Lewis refait parler d’elle. Épaulée par l’avocate américaine Gloria Allred, spécialiste des droits des femmes, elle affirme devant la presse avoir été violée par Roman Polanski en 1983 dans son appartement de l’avenue Montaigne, alors qu'elle avait 16 ans. Mais alors qu’elle a été entendue par la police de Los Angeles, les médias exhument un article paru en 1999 dans le tabloïd News of The World.

"Je savais que Roman avait eu des problèmes aux États-Unis, mais je ne connaissais pas trop bien l’affaire. Quoiqu’il en soit, il me fascinait et je voulais devenir sa maîtresse", peut-on lire sous la plume du journaliste Stuart White. "Il m’avait déjà embauchée pour son film, Pirates. Ce n’est pas comme si j’avais dû coucher avec lui pour avoir le rôle. De toute façon, le désir était plus fort de mon côté que du sien."

S’il est si sûr que je mens, alors pourquoi ne m’a-t-il jamais poursuivie en diffamation ?
Charlotte Lewis, ce mardi 5 mars dans "Le Parisien"

Dans cet entretien surréaliste, la jeune femme laisse entendre qu'elle a vendu ses charmes à de nombreux hommes plus âgés. À l’époque, l’avocat du cinéaste, Me George Kiejman, estime que ces propos décrédibilisent totalement Charlotte Lewis et l'accuse de vouloir faire chanter son client. L’actrice affirme de son côté que de nombreuses citations qu’on lui prête sont inexactes. L’affaire va en rester là pendant plusieurs années...jusqu’aux derniers jours de 2019.

Alors qu’il fait l’objet de nouvelles accusations émanant de la photographe Valentine Monnier, le cinéaste accorde un entretien exclusif à Paris Match où il dénonce "des mensonges odieux". "Voyez-vous, la première qualité d'un bon menteur c'est une excellente mémoire", explique-t-il. "On mentionne toujours Charlotte Lewis dans la liste de mes accusatrices sans jamais relever les contradictions", ajoute-t-il, s’appuyant sur le fameux entretien à News of The World.

Après la publication de l’hebdomadaire, Charlotte Lewis porte plainte pour diffamation, conduisant au renvoi de Roman Polanski devant le tribunal. Une procédure quasi-automatique en droit de la presse, où le fond des accusations est examiné à l'audience. Les avocats démentent eux toute diffamation. "Roman Polanski a le droit de se défendre publiquement, au même titre que celle qui l'accuse", déclare à l'AFP Me Delphine Meillet.

"La diffamation a été bien pire que le viol", lâche ce mardi matin Charlotte Lewis dans Le Parisien. "J’ai dû faire face à des gens qui pensent que je me suis prostituée à l’âge de 14 ans", raconte la comédienne. "Je suis sentie traitée comme quelqu'un qui n'était même pas un être humain (...) J'ai fait une dépression nerveuse et j'ai été blacklistée."

À l’audience, elle devrait croiser le journaliste Stuart White, appelé comme témoin par la défense. Quid de l’absence annoncée de Roman Polanski au tribunal ? "Je suis surprise qu’il ne veuille pas être en face de moi", regrette Charlotte Lewis. "Moi, je serai là, je n’ai pas peur. S’il est si sûr que je mens, alors pourquoi ne m’a-t-il jamais poursuivie en diffamation ?".


Jérôme VERMELIN

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