Raphaëlle Giordano, présidente du Grand Prix du Roman aufeminin 2021 : "Quand on écrit un roman, on y met sa vie !"

Jérôme Vermelin
Publié le 2 décembre 2021 à 17h17
Raphaëlle Giordano, présidente du Grand Prix du Roman aufeminin 2021 : "Quand on écrit un roman, on y met sa vie !"

Source : aufeminin.com

INTERVIEW - La romancière Raphaëlle Giordano était la présidente du jury du Grand Prix du Roman aufeminin 2021, en partenariat avec Pocket et Michel Lafon. Pour LCI, elle explique comment le choix s’est porté sur la lauréate Elisa Sagnelonge et son projet intitulé "Le livre de Jade".

C’est un prix littéraire qui depuis sa création, il y a 11 ans, a révélé de futures stars de l’édition comme Virginie Grimaldi et Olivier Norek. Le Grand Prix du Roman aufeminin changeait de formule cette année puisque les candidats devaient présenter non pas un livre complet mais le synopsis et un chapitre au choix de leur projet littéraire. C’est à Raphaëlle Giordano, l’auteure à succès de Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, qu’a été confiée la présidence du jury dont le choix s’est porté sur Le Livre de la Jade d’Elsa Sagnelonge, qui sera publié au printemps 2022 chez Pocket et Michel Lafon.  Interview de la romancière Raphaëlle Giordano, présidente du jury de cette édition 2021.

Présider le jury de ce prix littéraire assez original, c’était une grande responsabilité ? Un peu effrayant aussi ?

Lorsqu’on me l’a proposé, ça m’a tout de suite enthousiasmé ! Je réfléchissais depuis quelque temps à cette envie de partager avec d’autres auteurs, notamment des auteurs un peu moins confirmés. Et je trouvais ça chouette de pouvoir être dans ce rôle de marraine. D’être dans la transmission et donner un coup de pouce aussi. Effrayée, je ne dirais pas ça. Par contre on a le trac de se dire qu’il ne faut pas se tromper. Quand on écrit un roman, on y met sa vie, on y met ses tripes et être édité, c’est pour certains le rêve d’une vie. Donc un jury a la responsabilité de ne pas se rater parce que justement, on va peut-être changer une vie.

Si vous n’arrivez pas à raconter brièvement votre projet de livre, si ça part dans tous les sens et que vous n’arrivez pas à dégager un fil rouge, c’est qu’il y a un petit problème !

Raphaëlle Giordano

La particularité de ce prix, c’est qu’il fallait soumettre non pas un livre complet mais un synopsis et un chapitre. C’est un exercice périlleux, non ? 

C’est vrai que ça peut sembler un peu court. Mais pour avoir jugé le travail des 16 finalistes, sur les centaines qui ont été soumis, on en sait déjà beaucoup grâce à un synopsis et un chapitre. En tout cas on perçoit déjà beaucoup de l’auteur en question. On voit la faculté à accrocher ou non, dans la manière de formuler la présentation de l’histoire. Savoir faire un pitch, c’est tellement essentiel aujourd’hui. C’est d’ailleurs un conseil que je peux donner aux jeunes auteurs : si vous n’arrivez pas à raconter brièvement votre projet de livre, si ça part dans tous les sens et que vous n’arrivez pas à dégager un fil rouge, c’est qu’il y a un petit problème ! Pour ce qui est du chapitre, certains des auteurs ont peut-être mal choisi celui qu’ils nous ont présenté. Mais ça fait aussi partie de l’intelligence de l’auteur, je pense. Ce qui est certain, c’est qu’en un seul chapitre, on arrive déjà à cerner ceux qui ont de la fluidité dans le style, des qualités littéraires, le sens de la formule… Des qualités qui au final vont donner un bon roman.

Raphaëlle Giordano et la lauréate Elisa Sagnelonge

Comment s’est porté votre choix sur le projet de la gagnante, Elisa Sagnelonge ? 

Le choix n’a pas été évident parce qu’il y avait tous les styles littéraires. Des romans d’époque, des "pages turner", du feel good. Le livre de Jade d’Elsa Sagnelonge nous a tous attrapés. C’est l’histoire d’une professeure de français qui a toujours rêvé de devenir écrivain et qui, dans sa classe, repère une élève qui a un grand potentiel. La jeune fille a 16 et finit par lui confier un manuscrit. Et là, c’est la claque : elle réalise que cette ado timide et maladroite a un talent éblouissant qu’elle n’aura jamais. Ce qui m’a captivé, c’est moins le côté thriller qui se déploie par la suite que la manière de l’auteure de décrire les émotions très intimes de cette femme avec beaucoup de précision. J’ai trouvé beaucoup d’audace dans la description de la médiocrité de cette femme, des choses qu’on a tous pu ressentir, sans le dire à haute voix. 

Reste maintenant à écrire le roman entier. Est-ce que pour Elsa, le plus dur commence maintenant ? 

C’est vrai qu’il faut plusieurs souffles lorsqu’on écrit un livre. Il peut y avoir des courses de fond, et puis après des sprints, bref plein de fluctuations d’énergie. Il faut s’accrocher pour emmener le livre à son meilleur et c’est le défi d’Elsa. Mais elle va beaucoup travailler avec la maison Michel Lafon, avec un vrai éditeur qui va l’emmener au bon endroit, j’espère !

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Votre choix s’est porté vers un roman à l’univers assez sombre. Est-ce que ça vous a donné envie d’explorer des horizons similaires, vous qui avez une image d’écrivain plutôt "feel good" ?

Complètement ! J’ai bouclé mon prochain roman qui ne sortira qu’en octobre à cause de la présidentielle entre temps. Mais je travaille déjà sur le suivant et le travail de Jade est entré en résonance avec cette description d’un intime un peu inavouable qui me plaît beaucoup. Évidemment que j’ai envie de faire du bien aux gens. Mais ce ne sera pas la même mécanique que dans mes précédents romans. Moi aussi je cherche à creuser autre chose et à amener des bénéfices à mes lecteurs autrement. Il y aura toujours de l’optimisme parce que c’est moi, je ne peux pas faire autrement. Mais j’ai envie d’aller vers encore plus d’authenticité dans ce qui constitue l’âme humaine. C’est comme un dessin : lorsqu’on réalise le portrait d’un être, c’est avec les ombres et les lumières.

>>  Le jury a remis son deuxième prix à Florence Fischel pour "Des milliers de ronds dans l’eau" qui se voit attribuer une participation à un atelier d’écriture à l’École des Mots. Le troisième prix  a été attribué à Diane Frachon pour "Direction n’importe quoi", retitré "Des crocodiles sur le bitume". Elle remporte une dotation de 20 livres du catalogue Michel Lafon et Pocket. Enfin le prix des internautes a été remis à Claire Vergier pour Egotrip. Retrouvez le palmarès complet ici.


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