Le 8 septembre 2022, le prince Charles perdait sa mère en même temps qu’il héritait du rôle pour lequel il s’est préparé toute sa vie.
Devenu roi à 73 ans, il marquera en privé, vendredi, cette date à double tranchant que son aînée aussi se refusait à célébrer.
Retour sur une année de premières pour un monarque sans cesse rattrapé par les conflits familiaux.

Elizabeth II avait fait le choix, chaque année, de passer cette journée à Sandringham, la propriété familiale du Norfolk. Là où son père est mort le 6 février 1952, faisant d’elle la reine d’Angleterre alors qu’elle n’avait que 25 ans. Son fils Charles III fait de même. Ce 8 septembre, c’est au château de Balmoral, à l'abri des regards indiscrets, qu’il marquera le premier anniversaire de la mort de la reine, coïncidant avec son accession au trône. Aucun évènement public ne se tiendra pour honorer la mémoire de la défunte souveraine. Un sobre message a été posté la veille sur les réseaux sociaux. Une discrétion à l’image d’une première année de règne sans accroc majeur pour le nouveau monarque, mais toujours plus compliquée dans l’intimité.

Le couronnement, moment suspendu d'un autre temps

Premier discours de Noël, premier défilé d'anniversaire... L'année n'aura été qu'une succession de premières fois. Mais s’il n’y avait qu’un coup d’éclat à retenir au cours des douze derniers mois, ce serait le couronnement. Le premier, célébré le 6 mai dernier, plus imposant que le second, organisé le 5 juillet en Écosse. Le Royaume-Uni n’en avait pas organisé depuis 70 ans et a prouvé qu’il n’avait pas perdu la main. Sous une pluie fine mais insistante, Charles III et sa reine Camilla ont fait l’aller-retour entre Buckingham Palace et l’abbaye de Westminster dans des rues de Londres bondées. Mais derrière le faste et les dorures, cet évènement d’un autre temps a cristallisé les critiques, notamment pour son coût. Près de 117 millions d’euros dépensés pour ses préparatifs qui s’ajoutent aux 190 millions d’euros utilisés huit mois plus tôt pour les funérailles d’État d’Elizabeth II.

CHRIS JACKSON / BUCKINGHAM PALACE / AFP

Les anti-monarchistes, qui se font davantage entendre depuis que le trône a changé de propriétaire, sont venus enrayer une mécanique royale pourtant bien huilée. Le mouvement #NotMyKing - "Pas mon roi" - suit chacun des déplacements de Charles III à la rencontre d’une nation morcelée qu’il semble redécouvrir à l’approche de ses 75 ans en novembre. Entre deux poignées de main et des bons mots, le monarque a aussi appris à esquiver les jets d’œufs, drôle de méthode choisie par certains opposants pour exprimer leur mécontentement. Biberonné au "never complain, never explain" - "ne jamais se plaindre, ne jamais expliquer" -, il serre les dents en public. Mais tape du poing sur la table, loin des caméras.

Andrew et Harry, les chats noirs des Windsor

Les tabloïds continuent à se délecter des bisbilles internes chez les Windsor. Si la monarchie est resserrée, la famille est elle toujours plus éclatée. Il y a le cas du prince Andrew, son frère banni en public mais chéri en privé. Puis il y a le prince Harry, qui n’a lui jamais semblé aussi loin des siens que lors de sa présence aux funérailles de sa grand-mère et du couronnement de son père. La sortie de ses mémoires et ses interviews télévisées dans la foulée, dans lesquelles il rhabillait notamment sa belle-mère Camilla pour l'hiver, n'ont rien arrangé. 

La presse se délecte de son côté d’éventuelles retrouvailles familiales, une hache de guerre si attendue qu’elle éclipserait presque les ambitions de Charles III. Le septuagénaire aura attendu un an pour dévoiler le premier projet de son règne, le Coronation Food Project qui veut lutter contre le gaspillage et l’insécurité alimentaires. Sur le plan international, il a reçu les présidents ukrainien et américain dans ses palais. Il avait prévu de faire son premier voyage officiel à l’étranger en France, mais les manifestations violentes contre la réforme des retraites l’ont contraint à revoir ses plans avec Emmanuel Macron.

À croire que les rendez-vous manqués font partie de son ADN. Lui, doyen des princes de Galles, qui restera l’héritier du trône le plus âgé de l’histoire britannique à être devenu roi. Si Charles III est désormais le garant d’une Couronne fragilisée par la mort d'Elizabeth II, celle qui en a été le visage pendant 70 ans continue à l’incarner, même après sa disparition. Elizabeth II s’affiche partout dans les magasins de souvenirs à Londres, bien plus que son successeur, dont les objets dérivés à son effigie se font rares. Ceux représentant Camilla sont carrément inexistants. 

Selon un sondage YouGov, Elizabeth II reste le membre de la famille royale la plus populaire (76%) devant le prince William (67%). Le souverain ne se classe que cinquième avec 55% d’opinions favorables. Entrer dans les bonnes grâces de ses sujets, voilà peut-être le plus grand défi qu’il lui reste à relever.


Delphine DE FREITAS

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