Elizabeth II : 70 ans de règne en dix temps forts

Publié le 6 février 2022 à 7h18

Source : Sujet TF1 Info

La monarque fête son jubilé de platine ce 6 février, célébrant sept décennies passées à Buckingham Palace.
De son couronnement à ses poignantes prises de parole lors de la crise du coronavirus, retour sur les moments marquants.

Elle avait peu de chances de devenir reine. Le destin en a pourtant décidé autrement. Elizabeth II fête ce dimanche 6 février le 70e anniversaire de son accession au trône. Elle n'a que 11 ans quand elle se retrouve propulsée de la troisième à la première place dans l'ordre de succession après l'abdication de son oncle Edward VIII, ce dernier ayant préféré épouser une Américaine divorcée plutôt que de régner. 

Afin de préparer au mieux la succession de son père, devenu le roi George VI en 1936, la future reine étudie le droit et l'histoire constitutionnelle, apprend le français avec ses gouvernantes belges, approfondit ses connaissances religieuses aux côtés de l'archevêque de Canterbury et s'éveille aux arts et aux sports, dont l'équitation et la natation. 

À 18 ans, elle rejoint l'armée britannique en pleine Seconde Guerre mondiale où elle travaille en tant que mécanicienne et conductrice de camion à Londres. Trois ans plus tard, Elizabeth épouse un cousin lointain, le lieutenant Philip Mountbatten. Elle donne naissance à Charles en 1948 puis à Anne en 1950. Elle est en voyage avec son époux au Kenya quand elle apprend la mort de son père, gravement malade. Nous sommes le 6 février 1952. Elizabeth devient Elizabeth II, la première souveraine en plus de deux siècles à accéder au trône alors qu'elle se trouve à l'étranger. En sept décennies de règne, elle aura connu de nombreux changements et évolutions. TF1info a sélectionné dix temps forts qui resteront dans l'Histoire. 

1953 : le couronnement

Ce n'est qu'un an et quatre mois après son accession au trône que se tient la cérémonie du couronnement. Le 2 juin 1953, des milliers de badauds sont réunis dans les rues de Londres malgré la forte pluie qui s'abat sur la capitale anglaise. 8251 invités prennent place dans l'abbaye de Westminster. Parmi eux, membres de la Chambre des communes et de la Chambre des Lords, Premiers ministres des pays du Commonwealth et représentants de 129 Etats étrangers. Toute la tradition royale est respectée, du trône antique de Saint-Edouard, sur lequel furent couronnés tous les rois d'Angleterre, aux insignes du pouvoir remis à Elizabeth (l'épée de l'État, le globe, le spectre à la croix et le spectre à la colombe). 

La jeune femme de 27 ans, vêtue de la robe impériale et de la ceinture d'or, se voit poser sur la tête la couronne de Saint-Edouard par l'archevêque de Canterbury devant son fils Charles, premier enfant de l'histoire britannique à assister au couronnement de sa mère. Et devant la nation entière. Pour la première fois, et à la demande de la reine, les trois heures de la cérémonie sont diffusées en direct à la télévision. Ce jour-là, 27 millions de Britanniques, sur les 36 millions de sujets que compte le royaume, sont devant leur petit écran. Un record. 

Elizabeth II : une popularité conquise au gré des épreuves traverséesSource : Les vidéos infos
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1973 : une entrée parfumée au sein de l'Europe

1er janvier 1973. Après dix ans d’âpres négociations, le Royaume-Uni rejoint enfin la Communauté européenne. L’adhésion a été décidée l’année précédente par un vote du Parlement. Les électeurs britanniques, contrairement à ceux des deux autres entrants l’Irlande et le Danemark, n’ont pas été consultés par référendum. L'AFP décrit alors une opinion publique britannique "hésitante" et "profondément divisée"

Des tensions qui vont se matérialiser dès le 3 janvier. Elizabeth II, le prince Philip et le Premier ministre Edward Heath assistent à la première grande soirée de gala de l’ère européenne à l'opéra de Covent Garden. Ils y sont accueillis sous des jets de boules puantes par 200 militants du Front national, un parti nationaliste. On a connu plus chic chez les Windsor.

1982 : la guerre des Malouines

Sous Elizabeth II, le Royaume-Uni n'a été impliqué que dans deux conflits. Le plus marquant personnellement pour la souveraine étant sans doute la guerre des Malouines, archipel situé au large de l'Argentine. Le 2 avril 1982, la junte militaire du général Galtieri envahit les îles, occupées tour à tour par les Espagnols, les Argentins et les Britanniques, afin d'en revendiquer la souveraineté. Margaret Thatcher réplique et envoie des troupes, dans les airs et en mer. Parmi les militaires engagés, le prince Andrew, troisième enfant de la reine, qui rejoint les eaux des Malouines à bord du HMS Invincible. Pilote d'hélicoptère, il participe à plusieurs missions. 

En moins d'un mois, les deux pays parviennent à un cessez-le-feu. Le bilan humain est très lourd : 649 morts argentins, 255 britanniques. La dictature prend fin en Argentine tandis que la popularité de la Dame de fer s'envole et la mène à un second mandat l'année suivante. Et ce n'est pas sans difficulté pour Elizabeth II qui n'appréciait guère son Premier ministre, comme le rapporte la rumeur. "La reine n'approuvait pas la manière dont Thatcher adorait faire la leçon durant leurs rencontres hebdomadaires à Buckingham Palace et leurs relations ont atteint leur niveau le plus bas pendant la guerre des Malouines", explique Dean Palmer dans un livre consacré aux deux femmes.  

1992 : Annus horribilis

L'expression a été prononcée par la reine elle-même. Au début des années 1990, la famille royale est dans l'embarras. Pointée du doigt pour ses dépenses, elle expose surtout ses failles. La vie privée de trois des enfants d'Elizabeth fait la une des tabloïds. Andrew et son épouse Sarah Ferguson annoncent leur séparation en avril. Anne divorce le même mois et se remarie dans la foulée. Quant au mariage de Charles et Diana, il bat de l'aile. En novembre, c'est un symbole des Windsor qui est touché. 

Le château du même nom, l'un des préférés de la souveraine, est touché par un violent incendie accidentel qui ravage une partie de la structure de la demeure. Quatre jours plus tard, Elizabeth II prononce un discours très personnel resté dans les annales dans lequel elle affirme que "1992 n'est pas une année dont je me souviendrai avec plaisir. Comme le diraient mes correspondants les plus compatissants, cela s'est avéré être une 'Annus horribilis'." 

Le gouvernement suggère que les travaux de rénovation de Windsor soient pris en charge par des fonds publics. Mais fait marche arrière face au vent de protestations qui est soufflé par les médias et les contribuables. Alors pour régler la facture, Elizabeth, qui a commencé cette année-là à payer des impôts, décide d'ouvrir au public les portes de Buckingham Palace dès l'été suivant, moyennant finance. Une pratique toujours en cours. 

1997 : la mort de Diana

31 août 1997. Le monde se réveille en apprenant la mort de Lady Di, tuée dans un accident de la route sous le pont de l'Alma à Paris. Elizabeth II se trouve dans sa résidence d'été de Balmoral, en Écosse, avec ses petits-enfants les princes William et Harry. Le Royaume-Uni, sous le choc, perd sa princesse de cœur, celle qui a pourtant officiellement quitté la famille royale depuis son divorce avec le prince Charles l'année précédente. Quelques heures à peine après le drame, le Premier ministre Tony Blair exprime sa tristesse devant la presse. Il faudra attendre le 5 septembre, la veille des funérailles, pour que la reine prenne la parole lors d'une allocution télévisée très personnelle. 

  

"Je l'admirais et la respectais, pour son énergie et son dévouement aux autres, et spécifiquement son dévouement à ses deux garçons", déclare-t-elle, louant "l'être exceptionnel et talentueux" qu'était Lady Di. Un discours bien loin de l'animosité apparente entre les deux femmes. Le jour des obsèques, retransmises dans le monde entier, la souveraine - chose rare - s'inclinera devant le cercueil. Mais cela n'efface pas son silence, jugé trop long par bon nombre de ses sujets. L'épisode fera même l'objet du film The Queen de Stephen Frears (2006). 

2012 : le jubilé de diamant

Quand il s'agit des anniversaires, Elizabeth II n'est jamais oubliée. Après un jubilé d'argent en 1977 (25 ans) et un jubilé d'or en 2002 (50 ans), la reine célèbre ses 60 ans sur le trône en juin 2012. Des festivités en grande pompe et sur quatre jours qui renforcent un peu plus la réconciliation entre la famille royale et ses sujets, amorcée avec l'arrivée de Kate Middleton et son mariage au prince William l'année précédente. 

Au programme notamment, une grande parade nautique sur la Tamise et un concert gratuit organisé par la BBC devant Buckingham Palace. Elton John, Paul McCartney, Robbie Williams ou encore Stevie Wonder régalent les milliers de Britanniques qui se sont massés le long du Mall, la longue avenue qui mène au palais. Les commentateurs estiment que la foule a répondu présente par peur qu'il ne s'agisse du dernier jubilé de leur reine. Mais c'était sans compter sur sa santé de fer.

2015 : record de longévité

Trois ans après avoir transformé la place devant Buckingham en salle de spectacle en plein air, Elizabeth II entre un peu plus dans l'histoire. Le 9 septembre 2015 à 17h30 précises, elle bat un vieux record familial détenu jusque-là par sa trisaïeule Victoria. Son règne, entamé en 1952, devient alors le plus long de l'histoire de la monarchie britannique. Les chiffres magiques ? 23.226 jours, 16 heures et 30 minutes. Soit plus de 63 ans, sept mois et deux jours.

Vous vous dites qu'elle a sans doute sorti le champagne et les petits fours pour l'occasion mais même pas. La reine célèbre cette étape importante de la plus simple des manières, en inaugurant une ligne de chemin de fer en Écosse. "Une longue vie est inévitablement marquée par des événements majeurs, la mienne n'y fait pas exception. Mais je vous remercie tous ici ainsi que ceux qui sont chez eux et à l'étranger pour leurs touchants messages d'une grande gentillesse", déclare-t-elle alors avant de dévoiler une plaque commémorant son passage du jour.

2020 : l'affront du Megxit

Le communiqué a surpris jusqu'à Buckingham Palace. Le 9 janvier, à l'heure où démarre habituellement l'apéro, le prince Harry et son épouse Meghan annoncent leur volonté de prendre leurs distances avec la famille royale. Les employés du palais transpirent, les tabloïds s'agitent. Car il se murmure que cette officialisation retentissante a été faite sans que la reine ne soit tenue au courant. Un quasi-crime de lèse-majesté qui vient regonfler un peu plus la popularité de la reine. 

Comment le duc et la duchesse de Sussex ont-ils pu mettre leur Granny de 93 ans devant le fait accompli ? La souveraine dit "comprendre" leur décision mais affirme que la situation est "compliquée". L'imbroglio familial est vite surnommé "Megxit" par la presse, en référence au Brexit imminent lui aussi. Pendant des semaines, les discussions traînent. Harry est convoqué pour une réunion d'urgence lors de laquelle tout le monde finit par se mettre d'accord. 

Finis les titres d'altesses royales, le couple reprend sa liberté le 31 mars et part s'installer sur le continent américain avec son fils Archie. Au grand dam de la reine qui voit s'exiler son petit-fils préféré. Les Sussex fêteront le premier anniversaire de leur liberté en s'épanchant auprès d'Oprah Winfrey dans une interview télévisée dévastatrice pour l'image de toute la famille royale.

2020 : le Brexit

Elle en a vu passer des crises en 70 ans de règne. Mais sans doute jamais aussi longue et incertaine que celle-ci. Après la victoire du "Leave" lors du référendum de juin 2016, Elizabeth II assiste, impuissante, à la quasi-désunion de son Royaume-Uni sur fond de sortie de l'Union européenne. Elle accepte la démission de deux de ses Premiers ministres, David Cameron et Theresa May, et voit le Parlement se déchirer sans jamais parvenir à se mettre d'accord. Le Brexit est reporté trois fois jusqu'à son application effective au 1er février.

Si elle est celle qui promulgue l'accord final, rien ne dit qu'elle est complètement d'accord avec les modalités. Certains tabloïds assurent que la reine est très critique de Bruxelles et favorable à un départ de l'UE. Mais droit de réserve oblige, elle n'en dira jamais rien. Ses opinions politiques, elle les garde pour elle. Et préfère jouer avec la presse qui s'amuse à trouver des indices un peu partout. Comme ce chapeau bleu au cercle jaune qui rappelait étrangement le drapeau européen. Un signe de son soutien au camp du "Stay" ? Nous ne le saurons jamais...

2021 : elle perd "son roc"

L'image est restée dans les mémoires. Seule dans la chapelle St George à Windsor, la reine adresse un dernier adieu au prince Philip ce samedi 17 avril. Celui qui partageait sa vie depuis plus de 70 ans est mort à l'âge de 99 ans une semaine plus tôt. Un choc pour celle qui n’a eu de cesse de louer son rôle vital à ses côtés. "Il a tout simplement été ma force et mon roc pendant toutes ces années. Ma dette envers lui est bien plus grande que ce qu'il ne pourrait jamais dire", avait-elle déclaré lors de leurs noces d’or. Après une période de deuil, elle a repris ses engagements quasi quotidiens. La fin d’année a été marquée par une courte nuit d’hospitalisation et des inquiétudes sur son état de santé. Mais pas de quoi ébranler la souveraine qui a continué ses consultations avec un agenda certes moins chargé mais jamais totalement vide.


Delphine DE FREITAS

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