Après avoir été dénigrée par les fans du jeu vidéo "The Last of Us", Bella Ramsey impressionne dans son adaptation qui bat des records d'audiences.
Révélée dans "Game of Thrones", cette jeune actrice britannique a souffert d'anorexie mentale durant l'adolescence.
Aujourd’hui épanouie, elle a tout pour devenir l’une des plus grandes stars de sa génération.

La veille de ses 18 ans, Bella Ramsey plantait un couteau dans le crâne d’un zombie. C’était en septembre 2021, sur le tournage homérique de The Last of Us, la série dont tout le monde parle. Dans cette adaptation du jeu vidéo à succès, diffusée en France sur Prime Vidéo, cette comédienne britannique incarne Ellie, une ado qui pourrait détenir la clé du remède au virus qui a décimé l’humanité suite à la propagation d'un (très) vilain champignon.

Avec plus de 18 millions de spectateurs aux États-Unis, le premier épisode a déjà fait exploser les compteurs. Un succès qui n’est pas sans rappeler celui de Game of Thrones, une autre création HBO que l’enfant prodige connaît bien. À partir de 2016, elle était durant trois saisons Lyanna Mormont, la toute jeune lady qui finissait broyée dans la main d’un géant… après lui avoir transpercé l’œil avec son épée. Faut pas pousser.

À l’écran, Bella Ramsey dégage une maturité qui s’explique sans doute par son expérience précoce du métier d’acteur. Née à Nottingham, elle découvre la scène dès l’âge de quatre ans, après avoir accompagné sa grande sœur à un cours de théâtre. Elle en a 11 lorsqu’elle tape dans l’œil des équipes de The Television Workshop, une plateforme qui détecte les jeunes talents de demain à travers le Royaume-Uni.

Avant elle, ses équipes ont lancé la carrière de Samantha Morton, Jack O’Connell ou encore Felicity Jones. Le rôle de Lyanna Mormont sera ni plus ni moins sa première apparition à l’écran. Une sacrée carte de visite qui lui permet de décrocher le rôle principal de la série pour enfants Amandine Malabul, la sorcière maladroite, diffusée sur Netflix. 

En coulisses, toutefois, Bella dissimule un mal-être profond. En 2018, alors qu’elle vient de tourner la première saison, elle révèle que ses médecins lui ont diagnostiqué une anorexie nerveuse, qui se caractérise par de graves troubles alimentaires. "Parlez, ne vous taisez pas", écrit-elle à seulement 15 ans sur Twitter. "Continuons à briser le silence autour des maladies mentales (…) Il y a toujours une lumière au bout du tunnel, même très faible". 

Deux ans plus tard, c’est pour préserver un équilibre encore précaire qu’elle décide de renoncer à la quatrième saison du programme. Ce qui ne l’empêchera pas de rebondir très vite. Elle fait une apparition dans la série fantastique His Dark Materials, tourne une poignée de courts-métrages pour de jeunes réalisateurs de cinéma et prête sa voix à l’héroïne de Hilda, une série animée sur Netflix.

Ce profil hors norme explique sans doute pourquoi les producteurs de The Last of Us ont fait appel à elle. Dans un grand portrait que lui consacre le New York Times, le créateur du jeu Neil Druckmann avoue qu’il n’a pas hésité un seul instant. "Nous étions à la recherche d’une combinaison spécifique de contradictions. Une personne qui pouvait être drôle, bizarre, violente et dure à la fois", raconte-t-il. "Lorsque j’ai découvert son audition, je n’ai pas vu Bella jouer Ellie. J’ai vu Ellie."

Insultée par les fans du jeu vidéo

Un avis que les fans, habitués à la blonde Ashley Johnson dans le jeu vidéo, n’ont pas franchement partagé au départ. En février, lorsque le casting est annoncé, Bella Ramsey fait un tour sur les réseaux et découvre le flot de haine à son encontre. "C’était la première fois que je lisais quelque chose de négatif sur moi", raconte-t-elle. Accro, elle dévore tous les commentaires. "Parfois c’était très drôle. Et puis au bout de dix minutes, je posais mon téléphone et je me disais que ce n’était peut-être pas une bonne idée".

Pour incarner Joel, le contrebandier qui prend Ellie sous son aile, après avoir perdu sa fille vingt ans plus tôt, l’équipe de la série a fait appel à Pedro Pascal, après avoir essuyé les refus de Matthew McConaughey et Maershala Ali. Hasard du destin, la star américano-chilienne de The Mandalorian avait fait une apparition dans Game of Thrones, dans le rôle d’Oberyn Martell. Mais c’était durant la saison 4, avant l’arrivée de sa future partenaire dans The Last of Us.

Son alchimie avec Bella Ramsey joue pour beaucoup dans le charme des premiers épisodes. Elle s’explique bien sûr par leurs talents d'acteurs. Mais aussi par les circonstances du tournage, entre le Canada et les États-Unis, dans un contexte bien particulier. La faute au Covid, ils ne s’étaient jamais rencontrés avant le tournage ! "On a appris à se connaître comme Joel et Ellie apprennent à se connaître", s’amuse la jeune comédienne.

Depuis le lancement de la série, Bella assure la promo avec un mélange de candeur et d’humour pas si éloigné de son personnage. On l’a vu raconter ses souvenirs de tournage en veste de costume et jeans troué dans le talk-show de Jimmy Kimmel. Ou bien imiter le grincement caractéristique des "clackers", les vilaines créatures de la série, lors de l’avant-première américaine.

Enfant, lorsque quelqu’un disait 'lui' en parlant de moi, je trouvais ça un peu excitant
Bella Ramsey dans le "New York Times"

Dans le New York Times, c’est avec beaucoup de naturel qu’elle s’est confiée sur les questions d'identité qui parcourent la série et qui expliquent en partie son succès auprès de la jeune génération. "Je dirais que mon genre a toujours été très fluide", confie-t-elle. "Mais enfant, lorsque quelqu’un disait 'lui' en parlant de moi, je trouvais ça un peu excitant." Non-binaire ? "Je suis juste une personne. Être genrée n’est pas quelque chose que j’aime particulièrement. Mais pour ce qui est des pronoms, je n’en ai vraiment rien à faire".

Fraichement nommée aux Critic’s Choice Awards pour son rôle de princesse rebelle dans Le livre de Catherine, la comédie médiévale de Lena Dunham disponible sur Prime Vidéo, Bella n’a pas retrouvé le chemin des plateaux depuis la fin du tournage de The Last of Us. En attendant le feu vert pour une saison 2, a priori inévitable, elle vient de s’inscrire à la fac pour suivre des cours sur les sciences de l’environnement, un thème cher à sa génération.

La jeune actrice, qui vit toujours chez ses parents, compte également passer son permis de conduire... et pourquoi pas quitter le cocon familial pour s'installer à Londres. "À une époque, j’étais si anxieuse à l’idée de sortir de la maison", avoue-t-elle. "L’idée de me dire que je pourrais prendre un appartement toute seule est très excitante. Grâce à la série, mon univers s’est élargi". Le cercle de ses admirateurs aussi.


Jérôme VERMELIN

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