"Dahmer" : les enfants qui maltraitent des animaux sont-ils des serial killers en puissance ?

Jérôme Vermelin
Publié le 4 octobre 2022 à 15h50
JT Perso

Source : TF1 Info

Dans la série "Dahmer", le célèbre tueur en série développe une fascination morbide pour les cadavres d'animaux durant l'enfance.
Pour l'association PETA, détecter très tôt ce genre de comportement permettrait de prévenir de nombreuses tragédies.
Depuis les années 1960, plusieurs études font un lien entre les violences commises sur les animaux et celles commises sur les humains.

Carton d’audience sur Netflix, la série Dahmer raconte l’histoire de l’un des pires serial killer de l’histoire des États-Unis. Arrêté en 1991, Jeffrey Dahmer a reconnu avoir tué 17 jeunes hommes depuis la fin des années 1970, avant d’être condamné à 957 ans de prison. En novembre 1994, il sera assassiné par l’un de ses co-détenus au pénitencier de Portage, dans le Wisconsin.

Dès le deuxième épisode, les scénaristes explorent l’enfance du personnage et révèlent qu’après avoir collectionné les squelettes d’animaux, il a appris à disséquer leurs cadavres avec l’aide de son père, un ensemble de techniques qu’il utilisera plus tard sur ses victimes humaines. D’après ses biographes, il n’aurait toutefois jamais tué d’animaux vivants lui-même. 

Fallait-il y voir des signes annonciateurs de sa folie meurtrière ? "Alors que de nombreuses personnes ont exprimé leur horreur face à l'extrême violence décrite dans la série, imaginez combien de vies humaines auraient pu être sauvées si la fascination de Jeffrey Dahmer pour la torture d'animaux avait été prise au sérieux par sa famille, ses amis et la police locale", estime l’association PETA dans un communiqué.

"La recherche dans les domaines de la psychologie et de la criminologie montre de manière récurrente comment les individus qui commettent des actes de cruauté envers les animaux - comme Jeffrey Dahmer l'a fait - passent ensuite aux humains s'ils ne sont pas appréhendés et s’ils ne reçoivent pas l'aide dont ils ont besoin", poursuit-elle. Comme Jeffrey Dahmer, vraiment ?

Un sujet d'étude récurrent depuis les années 1960

D’après la Fondation Droit Animal, Éthique et Sciences, une soixantaine d’études ont été réalisées depuis les années 1960 sur les liens entre les violences commises sur les animaux et celles commises sur les humains, notamment aux États-Unis. Neuf d’entre elles rapportent chez les écoliers des corrélations entre le fait de maltraiter des animaux et le fait d’être auteur, mais aussi souvent victimes, de harcèlements ou de violences, en milieu scolaire ou au sein de la cellule familiale.

D'après une étude menée en 2015 par Frank Ascione, professeur à l’université de Denver, les enfants ayant subi des violences sexuelles auraient une probabilité de commettre des actes de cruauté contre des animaux multipliée par cinq. Et sur les humains ? La plupart des recherches montrent que la maltraitance d’animaux durant l’enfance pourrait être un facteur prédictif de conduites agressives ultérieures envers les personnes ou d’infractions violentes.

L'exemple de la tuerie de Parkland

Toutes ces études sont en tout cas prises très au sérieux par les autorités américaines puisque depuis 2015, la police collecte des données sur les actes de cruauté envers les animaux domestiques qui sont ensuite mises en relation avec les violences familiales et les homicides. Ce qui n'empêche malheureusement pas encore de nombreux drames, comme la tuerie du lycée de Parkland qui a fait 17 morts en 2018.

Nikolas Cruz, l'auteur des faits alors âgé de 19 ans, était un passionné d’armes et de chasse. D'après des témoignages recueillis auprès de son entourage, il tirait sur des écureuils, des poules ou des oiseaux avec une carabine à plomb, il transperçait des crapauds, il enfonçait des bâtons dans des terriers de lapins pour tenter de les écraser... Il essayait même de faire attaquer par des chiens les cochons nains de son voisin.

"Des tendances anxieuses et dépressives"

En France, la première étude de grande ampleur a été réalisée en 2020 par Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale à l’université de Grenobles-Alpes qui a interrogé 12.344 adolescents âgés de 13 à 18 ans, dont une courte minorité de filles.

7,3% d'entre eux, dont une large majorité de garçons (67,7%), ont admis avoir déjà volontairement fait du mal à un animal. 

Ces violences ont concerné surtout des chats (22,5% des réponses) et des chiens (13,9%), ainsi que des poissons (6,4%), des rongeurs (8,2%) et d'autres animaux (37,3%). Dans 54,9% des cas, l'auteur était seul. Dans 25% des cas, une autre personne était impliquée et dans 20,1% des cas, ils étaient trois ou plus.

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L’étude de Laurent Bègue confirme ce que ses collègues anglo-saxons avaient déjà montré, à savoir qu'un certain nombre de fragilités psychologiques sont constatées chez les auteurs d'actes de cruauté. "Ils sont en moyenne plus touchés par des tendances anxieuses et dépressives, sont moins socialisés et attachés à leurs parents, à leurs amis, au monde scolaire, et se montrent également enclins à d'autres déviances type harcèlement ou ébriété ", estime-t-il.

Le Français est en revanche le premier à établir un lien avec le spécisme, cette vision du monde postulant la supériorité de l'homme sur les autres espèces. À la question "la vie d'un être humain a-t-elle plus de valeur que celle d'un animal ?", les réponses des adolescents font ressortir un niveau d'adhésion plus important chez les auteurs d'actes de cruauté.


Jérôme Vermelin

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