"The Crown" : une nouvelle saison qui déchaîne les passions

Imelda Staunton, nouvelle Elizabeth II de "The Crown" : "Ça ne sert à rien de faire une imitation"

Propos recueillis par Delphine DE FREITAS
Publié le 7 novembre 2022 à 18h02
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Après Claire Foy et Olivia Colman, c’est au tour d'Imelda Staunton, actrice anglaise vue dans "Harry Potter" et "Downton Abbey", d’incarner la reine d’Angleterre dès le 9 novembre sur Netflix.
"C’était un défi et un privilège", nous explique-t-elle depuis Londres.
TF1info l’a rencontrée virtuellement en compagnie de Lesley Manville, qui interprète la princesse Margaret.

Son intense regard bien trop souvent empli de larmes plane sur une saison 5 aussi intime que déchirante. Imelda Staunton s’installe à Buckingham Palace dans la suite de The Crown, prenant le flambeau allumé avec force par Claire Foy et Olivia Colman. Deux mois après la mort de la reine d'Angleterre, l’actrice anglaise de 66 ans devient Elizabeth II lors du pire moment de son règne. Une décennie 1990 qui n’a pas fait de cadeaux aux siens, touchés par les scandales en tout genre, alors que la monarchie, elle, était bousculée par l’opinion publique.

Avant que les polémiques ne s’enchaînent et que la production ne doive assurer le service après-vente de la série Netflix accusée de "sensationnalisme grossier", Imelda Staunton nous a parlé de cette saison tant attendue accompagnée de Lesley Manville, qui incarne, elle, une saisissante princesse Margaret. Les deux amies de longue date répondent en chœur quand on leur demande si elles ont la sensation de faire partie de l’héritage des Windsor. "Non ! Nous faisons partie de celui de Peter Morgan", le créateur de The Crown. Rencontre royale avec deux actrices d’exception.

Cette saison 5 ne semble être qu'une histoire de connexion, de déconnexion et de reconnexion, que ce soit entre la reine et le peuple britannique, entre Mohamed Al-Fayed et la famille royale, entre les princes et leurs épouses…

Lesley Manville : Oui, vous visez juste. C’est l’histoire d’une famille, donc vous les verrez toujours se connecter et se déconnecter - pour reprendre vos mots -, bien s’entendre et ne pas s’entendre du tout. On voit d'ailleurs Margaret se reconnecter avec Elizabeth dans ces nouveaux épisodes. Ç'a toujours été comme ça avec The Crown, c’est ce qui la rend si fascinante. Ce n’est pas un documentaire. Vous voyez ce qui se passe en privé, ce que vous ne pouvez pas voir de la famille royale dans la vraie vie. Mais évidemment c’est une série, donc il y a de nombreux sous-textes à étudier.

La décennie 1990 est l'une des plus difficiles pour les Windsor. Le premier épisode évoque un sondage du Sunday Times appelant à l’abdication de la reine. Dans quel état d’esprit se trouve Elizabeth II à cette époque ?

Imelda Staunton : C'est la première fois dans cette saison 5 que vous voyez une réaction du public un peu ambiguë face à la reine. Au début de la série, on assiste en quelque sorte à son invention et tout le monde adore la famille royale. Dans les saisons 3 et 4, elle continue à travailler et est très respectée. Là, nous arrivons à un moment où tout ça est remis en question. Le sondage du Sunday Times a vraiment été publié. Le spectateur observe comment Elizabeth II, la famille royale et l’institution y font face. Nous savons ce qui se passe par la suite mais c’est très intéressant de découvrir son parcours pour retrouver une stabilité. Peter Morgan a imaginé ce qu’elle ressentait.

J'espère que nous ne décevrons pas le public

Imelda Staunton

"Quand tu portes la couronne, tu es transfigurée", dit la reine-mère à Elizabeth II. Imelda, avez-vous ressenti la même chose en mettant votre perruque royale pour la première fois ?

Imelda Staunton : Tout à fait. Il n’y a bien qu’Elizabeth Debicki qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la princesse Diana (elle rit ) ! Nous faisons de notre mieux pour obtenir l’essence de nos personnages. Bien sûr que la perruque, le maquillage et le costume vous aident en ce qui concerne l’extérieur, mais il y a énormément de travail à faire en vous. Parce que vous pouvez avoir l’air bien mais ne pas être juste. Vous devez d’abord être juste. Et puis avec un peu de chance, le reste n’est que la touche finale.

Tout passe aussi par la voix. Les vôtres sont identiques à vos modèles…

Lesley Manville : Nous avons collaboré avec le formidable coach vocal William Conacher, qui a travaillé sur les saisons précédentes. Lui ou un de ses collègues était là tous les jours pour nous reprendre sur certains sons si on ne les prononçait pas correctement. 

Imelda Staunton : C’est comme pour s’approprier un accent, ça demande juste du travail. J’ai beaucoup écouté Elizabeth II. J’ai essayé de reproduire sa voix, mais sans m’éloigner de ma propre âme. Notre travail consiste à faire ressortir le sang, le cœur et l’âme de nos personnages. Ça ne sert à rien de faire une imitation. Perruque, maquillage, mouvement, voix ne sont que des extensions de ce qui se joue à l’intérieur… C’est un cocktail dont il faut bien doser tous les ingrédients.

Avez-vous hésité quand les rôles de Margaret et d’Elizabeth II vous ont été proposés ?

Lesley Manville : J'étais inquiète et nerveuse à l'idée de parvenir à incarner Margaret mais cette anxiété ne m'aurait jamais fait dire non. J’ai l’impression que je ressens ça pour la plupart de mes rôles. Je me dis : "Est-ce que je peux faire ça ? Serai-je capable de le faire comme je le souhaite, comme le public l’attend ?" Mais jamais ça ne m’a poussée à refuser un projet. C'était une offre palpitante à recevoir. 

Imelda Staunton : En tant qu’acteur, vous voulez relever des défis. Et The Crown est un énorme défi, non seulement par rapport à la vraie personne, mais aussi par rapport à cette production merveilleuse. N'oublions pas Helen Mirren (oscarisée pour le film The Queen, ndlr) ! J'avais un lourd héritage que j’ai dû mettre de côté (elle sourit). Mais je suis très reconnaissante de ce qui m’a précédée. C’était un défi et un privilège. C’était difficile mais la difficulté, c’est bien.

Lesley Manville est la princesse Margaret dans la saison 5 de "The Crown".
Lesley Manville est la princesse Margaret dans la saison 5 de "The Crown". - Netflix

Vous avez toutes les deux été décorées par la reine. L’avez-vous rencontrée ?

Imelda Staunton : Je l’ai rencontrée plusieurs fois, notamment quand elle venait au théâtre. Elle m’a faite officier de l’Ordre de l’Empire britannique, le prince William m’a remis les insignes de Commandant quelques années plus tard. J’ai même chanté lors de la soirée de son 90e anniversaire. La reine ne se comportait pas d’une façon spéciale, c’est nous tous autour d’elle qui disions "Oh mon dieu, c’est la reine !" C’est intéressant, non ? Au théâtre, vous ne jouez vraiment le roi ou la reine que si tout le monde fait la révérence. C’est ce que nous faisons qui les élève.

Comment espérez-vous que les spectateurs réagissent à cette cinquième saison ?

Imelda Staunton : J’espère que nous ne les décevrons pas, en particulier ceux qui ont aimé les saisons précédentes. Nous ne voulons pas qu’ils se disent "Oh non !" Nous voulons les divertir et peut-être aussi les réconforter, si vous voulez, après les évènements récents. La série est toujours aussi bonne que le premier épisode.

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Propos recueillis par Delphine DE FREITAS

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