Interview

Guillaume Gallienne dans "The Regime" : "Je débarque comme un débutant sauf que j’ai 30 ans de métier"

Publié le 4 mars 2024 à 10h58

Source : TF1 Info

Guillaume Gallienne incarne avec malice l’époux dépassé de Kate Winslet, qui dirige d’une main de fer un pays d’Europe centrale au bord de l’explosion.
Une délicieuse satire en six épisodes à découvrir à partir du 4 mars sur le Pass Warner via Prime Video.
"Tous les personnages sont complètement décalés dans cette série", s’amuse l’acteur français, qui nous révèle le secret de son anglais parfait.

C’est l’un de nos acteurs les plus singuliers. L’un des plus anglophiles aussi. Déjà au générique des films Marie-Antoinette de Sofia Coppola et The French Dispatch de Wes Anderson, Guillaume Gallienne s’exporte cette fois-ci sur le petit écran. Dans The Regime, le sociétaire de la Comédie-Française de 52 ans se retrouve plongé au cœur d’un État autoritaire d’Europe centrale sur le point de s’effondrer. Son personnage, Nicholas Vernham, n’est autre que l’époux de la chancelière Elena Vernham (fabuleuse Kate Winslet), aussi insolente et assoiffée de pouvoir qu’elle est germaphobe.

L’équilibre de leur vie dorée sera mis à mal par l’arrivée du soldat Herbet Zubak (le Belge Matthias Schoenaerts) qui va s’immiscer dans l’esprit, et surtout le cœur, de la redoutable dirigeante. Réalisée par Stephen Frears (The Queen) et Jessica Hobbs (The Crown), cette mini-série à l’humour grinçant née de l’imagination de Will Tracy (Succession, Le Menu) se compose de six épisodes qu’il vaut mieux déguster patiemment plutôt qu’enchaîner.  "Je suis bien d’accord", nous répond Guillaume Gallienne alors que le premier est disponible ce lundi 4 mars sur le Pass Warner via Prime Video.

Kate Winslet, elle est démente !
Guillaume Gallienne

Il y a trois ans, vous étiez le père de Timothée Chalamet dans The French Dispatch de Wes Anderson. Vous voici marié à Kate Winslet. Comment le scénario de The Regime est-il arrivé jusqu’à vous ?

Grâce à Leo Davis, la directrice de casting de Stephen Frears. On s’est rencontrés en 2014 au Festival de Berlin quand je présentais Yves Saint Laurent, ça remonte ! Depuis, tous les ans, elle revenait vers moi en me disant qu’elle avait "un projet génial". Mais j’étais retenu au théâtre. J’avais demandé du temps pour travailler sur une autre série internationale, qui ne s’est pas faite au final. Puis Leo m’a appelé à nouveau. Cadeau !

C’est la plume corrosive de Will Tracy qui vous a séduit ?

En premier lieu, oui ! L’humour noir, le côté déjanté et l’originalité de la série. Je n’avais jamais lu ça. Puis c’est quand même Stephen Frears. Je suis fan de son travail depuis My Beautiful Laundrette et Prick Up Your Ears. Et puis Kate Winslet ! Elle est démente, aussi géniale humainement qu’en tant qu’actrice. Vraiment !

Comment s’est passée la première rencontre avec Kate Winslet ?

C’était pour une lecture, on devait enchaîner les six épisodes autour d’une table absolument gigantesque. Il y avait tout le monde, les équipes de HBO en Californie étaient sur Zoom. On m’a mis dans une loge, j’en suis sorti pour aller me prendre un café et je suis passé devant une porte ouverte. C’était la loge de Kate, qui m’a vu et a fait "Oh my god !". On s’est pris dans les bras et c’était fait.

Il ne fallait pas penser que c'était 'The Crown', parce que ce n'est pas 'The Crown'
Guillaume Gallienne

La série a d’abord été annoncée sous le titre The Palace avant d’être renommée The Regime. Qu’est-ce que ce changement dit de cette fiction ?

Il ne fallait pas penser que c’était The Crown. Parce que ce n’est pas The Crown. C’est une satire, presque plus sur le pouvoir que sur le statut. C’est quand même le régime autoritaire d'une chancelière qui est vraiment dans la dualité entre son amour pour le pouvoir et son amour pour cette espèce de soldat inconnu, Zubak, qui débarque pour sa sécurité. Lui-même est partagé entre la culpabilité d’un acte qu’il a commis, son ambition et son désir.

Dans les notes de production, Kate Winslet explique justement que The Regime, c’est aussi "une histoire d'amour tordue entre deux personnes qui n'auraient jamais dû tomber amoureuses". Pas de chance, votre personnage tient la chandelle. Vous diriez que Nicholas Vernham, c’est un fusible mais un fusible combattif ?

Oui, oui ! Il a l’air comme ça perché dans son arrogance. Il n’est pas très intelligent, ça c’est sûr, mais il est malin. Il sait manœuvrer. Il est complice avec elle, notamment dans la corruption. Ils se connaissent très bien, depuis très longtemps. Ça a été une passion entre eux, il a quitté femme et enfants pour elle. Après, je crois qu’il est soumis. Il se fait bouffer par elle mais il aime bien ce rôle-là. Le deuxième jour de tournage, Stephen Frears m’a dit : "C’est quoi déjà, cette pièce de Molière ? Le cocu magnifique ? C’est toi" (il sourit).

Nicholas n’était pas français dans le scénario avant que vous ne soyez engagé. La première fois qu’on le voit, il donne une interview à Vogue US puis on apprend qu’il est la tête de l’ONG nationale de poésie. C’est vous qui lui avez insufflé votre amour des mots ?

Je crois que c’était déjà dans le scénario. La première fois que j’ai rencontré Stephen Frears, c’était par Zoom. J’étais dans ma loge à l’Opéra de Paris où je mettais en scène La Cenerentola. Il m’a demandé ce que je faisais là, je lui ai répondu et il m’a dit "Oh mon dieu, un intellectuel…" Donc ça correspondait, j’imagine. Ils ont décidé que Nicholas serait français parce que je crois que c’est impensable pour des Anglais qu’un Français puisse jouer un Anglais. (il sourit)

La question s’est posée pour vous de parler avec un accent français ?

Ils ne m’ont pas du tout demandé de prendre un accent français et ça m’arrangeait. Parce que je l’ai fait une fois dans ma vie et je n’ai jamais été aussi mauvais. Ils ont aussi profité du fait que je sois français pour que je puisse parler de temps en temps français dans la série avec Kate Winslet. C’est une langue commune entre nos deux personnages que les autres ne parlent pas, ça raconte un passé.

Qu’est-ce qui a été le plus impressionnant pour vous sur ce tournage : travailler dans d’immenses palais à Vienne ou être dirigé par Stephen Frears ?

Il est tellement gentil, très attendrissant et très sincère. C’est une grande qualité qu’il partage avec Kate aussi, qui est très honnête. C’était un tel climat de franchise, d’équipe. Vous avez raison de le souligner, les décors sont impressionnants. Ça nous a beaucoup aidé de commencer dans ces palais viennois. On a tout de suite senti le décalage que pouvait provoquer une scène de petit-déjeuner complètement banale dans une salle à manger en or de 500 mètres carrés. Jouer la routine dans des endroits pareils, c’était génial. On a immédiatement mis le doigt sur l’absurdité de ces gens. Et c’est vrai qu’on est tous complètement décalés dans cette série.

The Regime met en garde contre les dangers du pouvoir entre les mains d’une seule personne et taquine aussi le gendarme du monde américain. Qu’espérez-vous que le public retienne de cette série ?

Will Tracy a vraiment tout inventé. Après, qu’il se soit inspiré de plein de trucs… Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Mais l’idée de l’Amérique, c’est beaucoup plus de voir comment la chancelière fonctionne avec quelque chose qui a plus de pouvoir qu’elle et comment elle devient inconsciente de l’équilibre mondial en général. C’est parce que c’est une fiction qu’on peut s’autoriser à en rire comme ça. 

J'avais une nanny anglaise, je parle beaucoup anglais avec mon fils
Guillaume Gallienne

Il penserait quoi le jeune Guillaume qui s’amusait à imiter sa mère de celui que vous êtes devenu aujourd’hui, Commandeur des Arts et des lettres et héros d’une série hollywoodienne ?

(Il sourit) Je ne sais pas ce qu’il dirait. Je sais que ça surprend, un Français dans un projet hollywoodien, mais je suis assez à l’aise en anglais. Ça fait vraiment partie de ma vie. J’ai eu une nanny anglaise, je suis allé dans des camps de vacances aux États-Unis l’été plus jeune. J’ai eu ce privilège-là. Je parle aussi beaucoup anglais à mon fils.

Vous avez un accent impeccable…

(Il rit) Je n’ai aucun mérite, j’ai la chance d’avoir une bonne oreille. C’est la même chose en espagnol donc avis aux amateurs ! C’est très agréable aussi de jouer en anglais parce que je ne suis pas empreint d’étiquettes et de rôles déjà faits. Je n’ai pas l’impression de m’entendre déjà. Et puis les gens là-bas ne me connaissent pas du tout donc c’est génial parce que je débarque comme un débutant sauf que j’ai 30 ans de métier derrière. Ça, c’est assez rigolo.

>> The Regime - un épisode chaque lundi à partir du 4 mars sur le Pass Warner via Prime Video


Delphine DE FREITAS

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