Pourquoi il faut voir "M", documentaire sur l'horreur pédophile dans la communauté ultra-orthodoxe de Tel-Aviv

Romain LE VERN
Publié le 20 mars 2019 à 8h19
Pourquoi il faut voir "M", documentaire sur l'horreur pédophile dans la communauté ultra-orthodoxe de Tel-Aviv

A NE PAS MANQUER - Tourné de façon clandestine, "M", le très courageux documentaire de Yolande Zauberman, suit la trajectoire d'un homme violé par des religieux pendant son enfance et rend compte du scandale de l'horreur pédophile dans la communauté ultra-orthodoxe de Tel-Aviv. Il sort en salles ce mercredi.

Sur une plage de Tel-Aviv, un homme aux yeux clairs et à la voix d’ange surgit de la nuit en chantant un air liturgique juif, avant de se présenter face caméra : "J’étais un porno kid, un garçon destiné au plaisir des hommes." La douceur sera de courte durée en d'aussi monstrueux parages. 

L'homme de 35 ans qui nous fait face a un prénom : il s'appelle Menahem (en hébreu, "le consolateur"). Enfant, il a grandi à Bnei Brak, capitale mondiale des Juifs ultra-orthodoxes. Prodige à la voix d’or, il a été violé à 7 ans par des religieux. Une fois adulte, il a réussi à attraper l’un d’eux et l’a filmé avouant son crime. Scandale dans les familles hassidiques. Courageux, il dénonce publiquement ses agresseurs à la télévision. Menacé, Menahem a dû fuir ce lieu pour mieux y revenir quinze ans plus tard avec une arme : une caméra au poing portée par la réalisatrice Yolande Zauberman. Son but, confronter ses bourreaux et faire éclater la vérité dans une communauté dévorée par les ténèbres, où les monstres agissent en toute impunité. A son contact, au gré de son errance nocturne, les langues se délient, les confessions accablent, comme cet ancien enfant violé avouant à visage découvert avoir violé à son tour et révélant toute la hantise du "cercle vicieux" transformant les violés en violeurs.

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Baptisé "M" (comme Menahem mais aussi en référence à cette autopsie du mal qu'est M le maudit de Fritz Lang), ce documentaire sur la résilience arrive quelques semaines seulement après le Grâce à Dieu de François Ozon, et il ne laisse pas la conscience tranquille. Tourné de façon clandestine, avec la trouille au ventre, il ressemble à une plongée en apnée qui tire sa puissance d'un cinéma-guérilla prêt à en découdre avec le réel. 

Bien sûr, dans ce qu'il raconte, dans sa façon de fréquenter le mal, le film fait peur et ne donne pas spécialement envie de s'y aventurer, mais il faut soutenir des démarches aussi courageuses et il faut dire aussi ce que cherche Menahem dans cette nuit noire : un paradoxal apaisement. Soit régler ses comptes avec les autres pour faire la paix avec soi-même. 

A une heure où certains se fourvoient sur les plateaux de télévision et où un pape refuse la démission d'un cardinal ayant couvert des agissements, voici un documentaire qui remet les pendules à l'heure. Il faut voir tous les sujets qu'il brasse (sexualité, identité, pardon...) et tous les tabous qu'il abat un à un, ceux que l'on tait au nom d'une tradition. On sort de la salle en gardant en tête cette phrase empruntée à Kafka, citée à la fin du documentaire  : “Je suis parmi les miens avec un couteau pour les agresser. Je suis parmi les miens avec un couteau pour les protéger. Ce film est mon couteau”. Un "film-couteau" qui crève toutes les hypocrisies sociales, religieuses, sexuelles dans une communauté où le silence coupable assourdit. 


Romain LE VERN

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