Brad Pitt star du cinéma muet dans "Babylon" : son personnage a-t-il vraiment existé ?

Publié le 14 janvier 2023 à 20h50, mis à jour le 15 janvier 2023 à 16h52

Source : TF1 Info

Brad Pitt sera l'invité d'Anne-Claire Coudray ce dimanche soir sur le plateau du 20H de TF1.
Il viendra présenter "Babylon", en salles le 18 janvier, en compagnie du réalisateur Damien Chazelle.
L'occasion pour TF1info de vous raconter le destin de la star du cinéma muet qui a inspiré son personnage à l'écran.

Avec sa nonchalance virile, sa gueule d’ange et ce je ne sais quoi de mélancolique dans le regard, Brad Pitt aurait sans doute fait fureur à l’époque du cinéma muet. Dans Babylon, en salles le 18 janvier en France, Damien Chazelle lui a confié le rôle de Jack Conrad, superstar des années 1920 dont la carrière décline à l’avènement du parlant.

Si des icônes comme Douglas Fairbanks et Rudolph Valentino viennent en tête, le réalisateur avoue s’être inspiré d’un acteur moins connu des cinéphiles et pourtant incontournable à l’époque : un certain John Gilbert dont le destin tragique avait déjà nourri le personnage de George Valentin joué par Jean Dujardin dans The Artist de Michel Hazanavicius (2011).

Un beau gosse qui rêvait d'être cinéaste

Issu d’un foyer modeste de l’Utah, John Gilbert, de son vrai nom John Cecil Pringle, débarque à Los Angeles à l’adolescence et débute à l’écran en 1915 dans Le lâche de Thomas H. Ince et Reginald Baker. À l’âge de 20 ans, il a déjà tourné près d’une cinquantaine de films lorsqu’il fait la rencontre de Maurice Tourneur, l’un des premiers grands cinéastes français à venir tenter sa chance à Hollywood.

Il sera son scénariste et la vedette de cinq de ses films dont le classique Dans la ville endormie (1923) où il joue un jeune touriste américain qui tombe amoureux de la muse d’un sculpteur, lors d’un séjour à Paris. Nous sommes en 1920 et il donne la réplique au légendaire Lon Chaney, surnommé l’homme aux mille visages.

MGM

Rompu aux différents métiers du Septième art, John Gilbert rêve de passer derrière la caméra. Il y parvient une première et dernière fois en 1921 avec Love’s Penalty. Rattrapé par son physique de jeune premier, il est en effet engagé par le grand patron de la MGM, Louis B. Mayer, à la recherche d’un rival "américain" au latin Rudolph Valentino qui affole les spectatrices et le box-office.

Cinéaste incontournable de l’époque, spécialiste des grands films épiques King Vidor en fait son interprète fétiche. Il le dirige à de nombreuses reprises dans Son heure (1924), La femme de Don Juan (1924) ou encore La Bohème (1926) avec l’actrice Lilian Gish dont il tombe follement amoureux au point de lui demander sa main. Cet aspect de sa personnalité a inspiré le Jack Conrad de Babylon puisque le personnage incarné par Brad Pitt enchaîne les mariages et les divorces avec ses partenaires à l’écran. 

Greta Garbo le plante le jour du mariage

On n’est pas très loin de la vérité car dans la vraie vie, John Gilbert va se marier à trois reprises. Il partage également la vie de Greta Garbo avec laquelle il a tourné dans trois films dont La Chair et le Diable (1926). À chaque fois, l’actrice suédoise éclipse son partenaire auprès de la critique, comme du public. Leur romance s’achève de manière tragicomique : après avoir refusé de l’épouser à plusieurs reprises, elle finit par accepter… avant de le planter à quelques heures de la noce.

D’après la légende hollywoodienne, Louis B. Mayer découvre ce jour-là son poulain en larmes, dans son beau costume de marié. "Couche avec elle, mais ne l’épouse pas !", ordonne-t-il au cœur brisé. Meurtri, l’acteur balance une droite au producteur qui, dès lors, aurait décidé de briser sa carrière. Mythe ou réalité, c’est bel et bien ce qui va arriver avec l’avènement du parlant.

Comme beaucoup d’acteurs de l’époque, John Gilbert est perturbé par cette nouvelle forme de cinéma qui requiert des qualités différentes. Dans Babylon, Jack Conrad a beau imprimer la pellicule comme personne… il joue faux, provoquant la risée des spectateurs. Dans la vraie vie, John Gilbert aurait été victime d’une rumeur, propagée par Louis B. Mayer, selon laquelle sa voix de fausset était en décalage total avec son physique. S’il parvient encore à trouver des rôles, son étoile a fini de briller à Hollywood.

Sombrant dans l'alcool, le sex-symbol n'est plus que l'ombre de lui-même. Après une ultime romance avec Marlene Dietrich, avec laquelle il devait jouer dans Désir de Frank Borzage (1936) – il est remplacé par Gary Cooper – il décède le 9 janvier 1936 des suites d’une crise cardiaque à l'âge de 38 ans. Le destin de Jack Conard dans Babylon est un peu différent. Mais on ne va quand même pas vous spoiler avant d'avoir découvert le film…

Dans un entretien accordé au grand critique américain Roger Ebert, spécialiste de l’âge d’or de Hollywood, Damien Chazelle avoue qu’en effectuant des recherches sur John Gilbert, il a eu vent des différentes théories sur sa fin de carrière de tragique. Avait-il vraiment une voix inadaptée au parlant ? A-t-il été victime de la vengeance de Louis B. Mayer ? Un peu des deux ? En écrivant le Jack Conrad joué par Brad Pitt, il a volontairement joué avec le mythe.

"Je voulais proposer l’explication la plus crédible et aussi la plus perturbante possible, explique-t-il. Les gens avaient grandi avec l’image d’un acteur muet, et lorsqu’ils l’ont vu embrasser quelqu’un avec du son, il y avait quelque chose qui ne fonctionnait plus. Il ne faisait rien de mal. Mais le public n’était pas prêt. C’est cette idée, qu’être une star c’est une histoire de timing, et cette bizarre concordance d’éléments qu’on ne peut pas vraiment contrôler."


Jérôme VERMELIN

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