"The Killer" débarque sur Netflix : alors, il vaut quoi le nouveau Fincher ?

Publié le 9 novembre 2023 à 11h24, mis à jour le 9 novembre 2023 à 11h35

Source : TF1 Info

Le réalisateur américain est de retour avec "The Killer", disponible ce vendredi sur Netflix.
L’adaptation d’une BD française qui raconte les déboires d’un tueur à gages interprété par Michael Fassbender.
Un film d’action hyper stylé dans lequel l'auteur de "Fight Club" renoue avec la veine sarcastique de ses débuts.

D’abord un petit "Cocorico". Disponible ce vendredi 10 novembre sur Netflix, The Killer est l’adaptation d’une série de BD française, Le Tueur, crée en 1998, par le scénariste Matz et Luc Jacamon. Professionnel solitaire, son héros se caractérise par autant par sa manière de se fondre dans la foule que par ses profondes réflexions sur le sens de l’existence. Grand fan, le réalisateur américain David Fincher en a commandé l’adaptation à Andrew Kevin Walker, un scénariste qu’il connaît bien puisqu’il est l’auteur de Seven, le film qui a lancé sa carrière.

Délaissant toute forme de background, The Killer plante son décor à Paris où le tueur est en planque dans un espace de bureau en travaux, en face de l’immeuble haussmannien où sa prochaine cible doit débarquer d’ici peu. En attendant, le jour J, il bichonne sa carabine longue distance en écoutant les Smiths, surveille son rythme cardiaque avec la précision d’un horloger suisse et déambule dans le quartier un bob vissé sur le crâne "parce que personne n’a envie de discuter avec un touriste allemand". 

Un sentiment de tension permanente

Si l’impénétrable Michael Fassbender ne prononce pas un mot à l’écran durant tout le premier chapitre qui se déroule dans la capitale française, il s’adresse au spectateur en voix off d’un ton blasé qui le rend tout de suite très sympathique. Manière habile pour David Fincher de nous plonger dans la psyché très particulière de cet individu solitaire qui a davantage de passeports que de chemises.

Suite à une bavure malencontreuse, le tueur se retrouve lui-même dans le viseur de ses patrons. Et va devoir remettre de l’ordre dans son existence jusque-là réglée au millimètre, des plages de Saint-Domingue aux premières neiges de New York en passant par la moiteur de la Nouvelle-Orléans. Ce qui fait la différence avec 99,9% des films de vengeance ? La mise en scène, bien sûr.

"The Killer" est l'adaptation de la BD française "Le Tueur", succès d'édition depuis la fin des années 1990.
"The Killer" est l'adaptation de la BD française "Le Tueur", succès d'édition depuis la fin des années 1990. - Casterman

En combinant chaque plan d’une précision chirurgicale avec le travail sonore sophistiqué de Trent Reznor et Atticus Ross de Nine Inch Nails, David Fincher installe un sentiment de mouvement perpétuel et place le spectateur sous tension même lorsque le tueur prend sa douche ou patiente dans le hall d'un aéroport. Que les amateurs d’action pure se rassurent : lorsqu’il se décide à faire parler la poudre, ça fait mal. Très très mal.

Au début de sa carrière de cinéaste, David Fincher a dû prouver qu’il était davantage qu’un brillant technicien, lui qui venait du monde du clip et de la publicité. Après avoir dynamité la saga Alien de l’intérieur dans un troisième opus d’une noirceur absolue, il est devenu le champion d’une certaine forme de nihilisme mainstream avec Seven, The Game et Fight Club, voire plus tard The Social Network.

Renouant avec une veine similaire, The Killer peut se lire comme une satire de la société de consommation, dressant le portrait d'un nettoyeur de haut vol qui cumule les miles à la manière d’un représentant de commerce lambda. Lequel se donne bonne conscience en rappelant au spectateur qu’avec ou sans lui, le nombre de naissances chaque seconde sur Terre compensera toujours celui des décès. Vu comme ça...

Malgré toute l'admiration qu'on peut avoir pour David Fincher, ce cousin intello-chic de John Wick n'est pas totalement à la hauteur de ses chefs d'oeuvre. La faute à une intrigue trop linéaire, des seconds rôles un peu faiblards, hormis l'apparition jouissive de Tilda Swinton, et une conclusion un brin bâclée. Reste que grâce à sa classe visuelle et son humour noir bien dosé, c'est le genre de divertissement haut de gamme qu'on aimerait voir plus souvent sur Netflix.

>> The Killer de David Fincher. Avec Michael Fassbender, Tilda Swinton, Arliss Howard. 1h59. Le 10 novembre sur Netflix


Jérôme VERMELIN

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