Une visite privée du musée Rodin avec Alexis Jenni, ex-Goncourt reconverti en "rêveur d’art"

Jennifer Lesieur
Publié le 13 septembre 2016 à 11h24, mis à jour le 13 septembre 2016 à 17h30
Une visite privée du musée Rodin avec Alexis Jenni, ex-Goncourt reconverti en "rêveur d’art"

Source : Jennifer Lesieur / LCI

REPORTAGE – Prix Goncourt en 2011 avec "L’art français de la guerre", Alexis Jenni publie aujourd’hui un essai sur l'art en forme d’hommage sensuel à sa femme, "Dans l’attente de toi" (L’Iconoclaste). A cette occasion, le musée Rodin, à Paris, lui a ouvert ses portes.

Le plus beau jour, pour visiter un musée, c’est celui de sa fermeture. Lundi 5 septembre, le musée Rodin embaume la cire fraîchement passée sur ses parquets blonds. Il est vide, à l’exception d’un petit groupe qui suit un homme en veste claire, l’œil et le sourire pétillants. Alexis Jenni fait la visite : celui qui a reçu le Goncourt en 2011 pour L’art français de la guerre publie aujourd’hui un essai amoureux, Dans l’attente de toi. Amoureux parce qu'il y évoque son impossibilité à décrire le contact de la peau de son épouse. Alors, il convoque ses autres amours, la peinture et la sculpture, pour tenter de saisir ce mystère à travers une quarantaine de textes splendides.

Je ne suis pas le moins du monde historien d’art, je suis plutôt un rêveur de tableaux, et un raconteur de rêves.

Alexis Jenni

"Je ne suis pas le moins du monde historien d’art, je suis plutôt un rêveur de tableaux, et un raconteur de rêves", se défend Alexis Jenni, alors que c’est justement l’atout de son livre. Il déambule entre les sculptures, humblement : "je vais essayer de vous raconter quelque chose autour de Rodin, du toucher, de la création et du désir. Mon livre traite de ça, c’est une réflexion amoureuse et sensuelle sur la notion du toucher, en utilisant la peinture."

Alexis Jenni au musée Rodin - Jennifer Lesieur / LCI

Plus que les sculptures achevées, ce sont les ébauches grossières de Rodin, ses "brouillons", qui attirent l’écrivain. Il y voit "le tâtonnement de la main qui va penser et qui va agir", le premier acte créateur de "cet homme myope, qui voit du bout des doigts". On est tenté de toucher à son tour, surtout le marbre follement lisse et blanc de la Danaïde : "c’est une statue tactile, une caresse qui s’extrait du marbre ; heureusement qu’il y a une vitrine, sinon on ne pourrait pas s’empêcher de la toucher !"

A l’étage, l’auteur s’arrête devant Balzac en pièces détachées, une tête ici, une robe de chambre là-bas : "ces masses telluriques ne sont pas très réalistes. Rodin disait qu’il était contre l’anatomie, par opposition à ce qui se faisait à l’époque, ça me plaît beaucoup." Rien à voir avec ces deux mains géantes qui s’effleurent, et qui portent le beau nom de Cathédrale : "ce sont deux mains droites, remarque Jenni, donc il s’agit de deux personnes. L’interprétation est infinie..." 

Dans le secret des aquarelles de Rodin

Comme c'est une aquarelle de Rodin qui orne la couverture du livre d’Alexis Jenni, la directrice du musée lui offre un autre privilège : sortir des coffres une série de dessins et d’aquarelles. L’auteur les contemple, ému, avant de les faire passer à son petit groupe qui jouerait bien les Arsène Lupin.

Des postures érotiques, des corps cabrés, croqués au crayon gras, inspirent à Alexis Jenni cette hypothèse, "qui est encore une fois celle d’un rêveur d’art : c’est que les aquarelles de Rodin sont l’antidote à la fragmentation de sa sculpture, car elles sont toujours entières. C’est une ligne continue, un fil qui décrit la totalité du corps. Et ce qui va relier tout ça, c’est le désir." Un désir qui reste le fil conducteur de son très beau livre. 

Aquarelles de Rodin - Jennifer Lesieur / LCI

Jennifer Lesieur

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