Comment "Everything Everywhere All At Once" a mis une claque aux Oscars

Publié le 13 mars 2023 à 9h49, mis à jour le 13 mars 2023 à 10h10

Source : TF1 Info

Avec 7 récompenses sur 11 possibles, Everything Everywhere All At Once est le grand vainqueur de la 95ème cérémonie des Oscars.
Un triomphe plutôt surprenant, au départ, tant le film de Daniel Scheinert et Daniel Kwan casse tous les codes de la narration traditionnelle.
Au fil des mois, il s'était imposé comme un favori logique, tant pour ses qualités artistiques que pour les symboles qu'il véhicule.

Le plus surprenant avec le sacre de Everything Everywhere All At Once ? C’est qu’il était sans surprise ! Dévoilé en mars 2022 au festival South By Southwest, le deuxième long-métrage des trentenaires Daniel Scheinert et Daniel Kwan avait suscité l’enthousiasme des amateurs de cinéma de genre, fascinés par cet objet hybride où les têtes se transforment en confettis, les mains en saucisses et les sex-toys en armes de poing. Le voir triompher un an plus tard sur la scène des Oscars semblait alors hautement improbable…

EEAAO, si vous avez manqué le début, raconte l’histoire d’Evelyn et Waymond Wang, un couple d’immigrés chinois qui a égaré son Rêve américain sous la pile de factures en retard de leur laverie automatique. Lors d’un rendez-vous aux impôts, le couple en crise se retrouve propulsé dans le multivers et fait la découverte simultanée d’une multitude d’existences, toutes plus loufoques les unes que les autres…

Ces dernières semaines, ce film hors norme était devenu le favori de la presse spécialisée, porté par une incroyable moisson depuis le début de la saison des prix. Avant les 7 statuettes sur 11 possibles glanées dimanche soir sur la scène du Kodak Theater de Los Angeles, l’équipe cumulait déjà 158 récompenses, du jamais vu dans l’Histoire du cinéma ! Pourquoi tant d’amour ? On vous explique tout.

Une alternative excitante aux blockbusters

L’an dernier, c'est CODA, le remake de La Famille Bélier, qui s’était imposé aux Oscars. Un film de plateforme qui avait eu une diffusion très limitée en salles, donnant le sentiment que le streaming venait de gagner la bataille. Or, avec plus de 100 millions de dollars de recettes dans le monde, Everything Everywhere All At Once a rassuré Hollywood sur la possibilité d’attirer un large public devant un grand écran avec une histoire originale et une forme audacieuse à l’heure des franchises qui répètent les mêmes formules à l’infini. 

Pour un James Cameron qui innove encore avec la saga Avatar, combien de films de superhéros où la profusion de trucages numériques ne suffit plus à masquer l’indigence de scénarios sans queue ni tête ? Avec EEAAO, les Daniels en mettent plein la vue, quitte à refiler une migraine ophtalmique à certains. Ils prouvent aussi qu’on peut être créatif sans dépenser des fortunes puisque leur bébé a coûté à peine 20 millions de dollars. 

La communauté asiatique à l’honneur

Depuis la création du hashtag #OscarsSoWhite en 2016, le cinéma américain a pris conscience du manque de visibilité des minorités ethniques dans ses productions. La communauté afro-américaine en a clairement profité avec la victoire du très beau Moonlight l’année suivante. Puis la création de quotas visant à renforcer leur présence à l’écran. Depuis, les Oscars ont tendu la main à la communauté asiatique en faisant un triomphe au film Sud-coréen Parasite en 2020. 

Cette année, la presse hollywoodienne a régulièrement mis en avant le caractère inédit du casting de Everything Everywhere All At Once en amont des Oscars. Dimanche soir, la Malaisienne Michelle Yeoh est devenue la première femme asiatique à remporter le trophée de la meilleure actrice. Et son partenaire Ke Huy-Quan le premier comédien né au Vietnam à remporter un Oscar, 50 ans après le retrait des troupes américaines. Des symboles comme on les adore à Hollywood.

L’éloge des comédiens "d’âge mur"

Le talent de Michelle Yeoh, 60 ans, et Ke Huy Quan, 51 ans, ne saurait heureusement se résumer à leurs origines ethniques. Pour la première, l’Oscar est à la fois une reconnaissance et une revanche. Victime de discrimination à ses débuts à Hollywood, cette icône du cinéma d’action asiatique a connu les sommets avec Tigre et Dragon, puis le rôle d’Aung San Suu Kyi dans The Lady de Luc Besson en 2011. Passé le cap de la cinquantaine, les grands rôles se faisaient rares pour elle. Et comme elle l’a rappelé dimanche, sa victoire donne de l’espoir a beaucoup d’actrices.

Pour Ke Huy Quan, c’est encore plus fou. Révélé enfant dans Indiana Jones et le Temple Maudit et Les Goonies, il avait abandonné sa carrière d’acteur depuis un quart de siècle, désespéré par l’absence de propositions pour des "profils" comme le sien. Son sacre prouve aussi que rien n’est jamais acquis puisqu’avant la sortie de Everything Everywhere All At Once, il avait perdu la protection santé dont bénéficient les acteurs syndiqués à Hollywood, faute de projets concrets. Depuis, son téléphone n'arrête plus de sonner.


Jérôme VERMELIN

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