Madres paralelas : au cinéma le 1er décembre

VIDÉO - Penélope Cruz, l'interview : "Pedro Almodóvar est le plus grand des féministes"

Propos recueillis par Jérôme Vermelin
Publié le 26 novembre 2021 à 12h46
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

INTERVIEW – L’actrice espagnole Penélope Cruz est dirigée pour la septième fois par Pedro Almodóvar dans "Madres Paralelas", en salle mercredi prochain. Depuis Madrid, elle nous a raconté ce nouveau rôle, qui lui a valu le prix d’interprétation à la Mostra de Venise, et sa relation particulière avec le cinéaste.

Entre eux, c’est pour la vie. Penélope Cruz est désormais LA muse ultime de Pedro Almodóvar. Non seulement il la dirige pour la septième fois dans Madres Paralelas, en salle en France le 1er décembre prochain. Mais il a écrit pour elle le rôle de Janis, une photographe qui après être tombée enceinte d’un homme marié, va dissimuler un terrible secret à tous ceux qui l’entourent. C’est depuis Madrid, dans les bureaux de la société de production du cinéaste, El Deseo, que la comédienne nous a parlé de cette nouvelle collaboration, couronnée par le prix d’interprétation à Venise en septembre dernier.

Dans votre premier film avec Pedro Almodovar, En chair et en os en 1997, vous mettiez un enfant au monde dans un bus. Cette fois, ça se passe à l’hôpital. C’est une nette amélioration, non ? 

Une nette amélioration, mais toujours pas mal d’ennuis ! (Sourire)

On dirait qu’il aime vous mettre dans des situations compliquées…

Oui, mais j’aime ça aussi !  C’est pour ça que lorsque des gens me demandent "Alors, c’était difficile ce personnage ? Est-ce que tu as souffert ?", j’ai du mal à voir les choses comme ça. C’est pour ça que j’aime ce métier, c’est pour ça que j’aime jouer la comédie. Je n’ai pas envie de faire des trucs faciles où je ne vais jouer que des femmes heureuses. Ce ne serait pas très intéressant… Et puis qui est heureux tout le temps, de toute façon ? Mais c’est vrai que les personnages me bousculent beaucoup parce qu’il leur arrive tellement de trucs très particuliers.

Madres paralelas : la bande-annonceSource : Sujet TF1 Info
JT Perso

A-t-il écrit le rôle de Janis rien que pour vous ? 

Oui, il m’a dit qu’il avait écrit celui-là pour moi, et celui de Raimunda dans Volver aussi. C’est un honneur incroyable !

Dans ces cas-là, on ne peut pas dire non. Avez-vous quand même votre mot à dire sur le personnage ? 

J’aimais tellement le scénario que je n’avais pas le moindre doute sur le fait d’accepter ou non. J’adorais le personnage et je le voyais comme un cadeau merveilleux de sa part, comme un trésor. J’étais très reconnaissante. À chaque fois qu’il m’a proposé un projet, je suis tombée amoureuse de l’histoire, du scénario, et Madres Paralelas et l’un de mes préférés. Je les aime tous, parce que j’ai tellement appris avec lui. J’ai apprécié chaque seconde passée avec lui. 

Pedro, c’est comme un membre de la famille, un ami, une relation professionnelle aussi. Je n’arrive pas bien à séparer les choses

Penélope Cruz

Sans trop en dévoiler aux futurs spectateurs, comment pourriez-vous décrire Janis ? 

C’est une femme complexe et forte. La vie lui a présenté pas mal de challenges. Et qui doit apprendre à devenir une grande menteuse. Ce qui était très drôle à jouer. Parce qu’elle est forcée à mentir, ce n’est pas une actrice. Elle ment pour survivre. Elle se retrouve dans une situation où elle a le choix entre dire sa vérité, LA vérité. Ou ne rien dire pour toujours et vivre avec le poids et la pression de ce mensonge.

Pour vous Pedro, c’est un grand frère ou un amant secret ? 

(Elle hésite) Je ne sais pas, c’est un peu de tout en fait. C’est comme un membre de la famille, un ami, une relation professionnelle aussi. Je n’arrive pas bien à séparer les choses. Mais en même temps lorsque nous sommes sur un plateau, on crée un peu de distance parce que c’est plus sain. On ne veut pas être trop à l’aise l’un avec l’autre. Je pense que c’est une question de respect pour le travail et aussi pour la relation.

C’est un grand mot, mais diriez-vous qu’il a changé votre vie ? 

Il y a trois ou quatre réalisateurs qui ont été cruciaux dans ma carrière parce qu’ils m’ont donné des opportunités différentes de ce qu’on me proposait avant, différentes de moi aussi. Mais bien sûr Pedro est celui avec qui j’ai travaillé le plus souvent et c’était incroyable à chaque fois.

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Dans le film, vous portez un t-shirt sur lequel il est marqué "We Should All Be Feminists" (Nous devrions tous être féministes). Qui a eu l’idée ? 

C’est une idée de Pedro. Il l’avait repéré il y a quelques années et il voulait que je le porte. Je crois que c’est le plus grand des féministes. Mais le bon genre de féministe. Il aime, il respecte, il admire tellement les femmes.

J’imagine que vous partagez son regard…

Comment pourrait-il en être autrement ? Je me considère comme une féministe parce que j’ai été élevée comme ça. Ma mère est une femme forte et pour elle, les choses doivent être égales entre les femmes et les hommes. On ne peut pas voir les choses différemment, il n’y a pas d’autre possibilité. En se donnant ce respect, elle me l’a transmis en grandissant. C’est pareil avec Pedro puisque chacun de ses films est un hommage aux femmes.

Pour ce rôle vous avez remporté le prix d’interprétation à la Mostra de Venise. C’est une récompense qui compte ? 

Ça compte tellement ! Barbara chez El Deseo, la société de production de Pedro d’où je vous parle, m’a appelé au téléphone pour m’annoncer la nouvelle. J’aime tellement les gens qui travaillent ici, c’est comme la famille. Lorsqu’elle m’a dit que j’avais gagné, je me suis mise à pleurer et m’a fille m’a regardé bizarrement. Elle m’a dit : "Maman, pourquoi tu pleures ? Ils viennent de te donner un prix ? Explique-moi pourquoi c’est si important ?". Alors je lui ai expliqué ce que ça représentait de gagner pour un film avec Pedro. De gagner dans ce festival où je suis allée pour la première fois à l’âge de 18 ans. C’était avec Javier (Bardem, son mari, ndlr) puisque nous étions dans le même film de Bigas Luna (Jambon Jambon en 1992, ndlr). Alors ça m’a fait un choc. Et bien sûr, c'était une nouvelle occasion de remercier de Pedro pour tout ce qu’il m’a apporté.

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Avec Javier Bardem, vous cumulez pas mal de récompenses – prix à Cannes, Oscars, Golden Globes, César, etc... Est-ce que vous avez une salle des trophées à la maison ? 

Ça ne marche pas vraiment comme ça avec nous…  Il y en a un peu à gauche à droite, certains sont dans la famille, chez nos mères… Mais ça me fait penser à une anecdote à propos de mon Oscar (pour Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen en 2009, ndlr). Après la cérémonie, l’Académie a gravé mon nom sur une plaque et mon père qui avait oublié ses lunettes l’a accroché à l’envers. Pour rien au monde, je ne la remettrais dans le bon sens. Parce qu’à chaque fois que je regarde l’Oscar, je pense à lui et j’ai envie de pleurer parce qu’il me manque (Eduardo Cruz est décédé en 2015, ndlr). C’est très personnel.

Javier est-il parfois un peu jaloux de votre relation avec Pedro ? 

Non, jamais ! Parce qu’il comprend et adore la relation que nous avons avec Pedro. Il était là au début puisqu’il tenait le rôle principal de En chair et en os. Et ma scène, c’était avec sa mère, Pilar Bardem ! Qui aurait cru que c’était presque une répétition pour la vie future ? Et que nous allions être aussi présente dans la vie l’une de l’autre ? C’est vraiment très beau.


Propos recueillis par Jérôme Vermelin

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