Avec "Reste un peu", dans les salles ce mercredi 16 novembre, il livre son film le plus personnel et le plus touchant.
Gad Elmaleh raconte sa quête identitaire et sa crise de foi dans un docu-fiction qui s'amuse à brouiller les pistes.
Rencontre avec l'humoriste qui signe un ovni cinématographique à la fois intimiste et universel.

Il nous a donné rendez-vous au collège des Bernardins. "C'est vrai que c'est original ! Ça change de la promotion dans les grands hôtels. Mais ça a du sens parce que je suis étudiant en théologie ici et j'aime cette maison", nous explique explique Gad Elmaleh qui assure, dans cet ancien collège cistercien de l'historique Université de Paris, une promotion intensive pour son dernier film, Reste un peu. Un ovni cinématographique très personnel, aussi drôle que touchant, dans lequel l'humoriste dévoile le questionnement spirituel qui l'habite depuis quelques années. 

L'histoire ? Après trois années passées aux États-Unis, Gad Elmaleh décide de rentrer en France, car sa famille et ses amis lui manquent. Du moins, c’est la raison officielle pour justifier son retour. Si le comédien né au Maroc dans une famille juive est rentré, c'est parce qu'il a décidé de se convertir au christianisme. Pour ses proches, c'est le drame…

Est-ce qu'on peut dire qu'avec Reste un peu, vous faites un coming out catholique ? 

Je n'emploierai pas le mot de "coming out", bien qu'il me fasse sourire. Ce serait trop simplifier, car Reste un peu n'est pas un film vraiment sur la religion. C'est plus un film sur la foi et sur le chemin de vie d'un homme en pleine crise. Disons que je partage à voix haute les questions que je me pose. J'avais envie d'être vrai, sincère, même si ce n'est pas simple. 

C'est presque plus facile presque de faire un coming out sur son identité sexuelle que sur un changement de religion
Gad Elmaleh

Reste un peu est un film courageux aussi, car parler de religion aujourd'hui, c'est très tabou…

C'est vrai. C'est presque plus facile presque de faire un coming out sur son identité sexuelle que sur un changement de religion ! C'est fou quand on y pense. Moi, j'avais très envie de parler de religion. Je trouve qu'on peut parler en profondeur de nos pratiques respectives et de nos communautés pour pouvoir mieux se connaître. Si la laïcité est indispensable, la spiritualité l'est tout autant. Aujourd'hui tout le monde est en mode méditation, pleine conscience, coaching, développement personnel. On cherche le bien pour s'élever. Alors pourquoi pas le faire grâce la spiritualité, avec ou sans Dieu. 

Vous vous rendez compte que c'est un sujet qui risque de dérouter le public ? 

C'est vrai que c'est un sujet délicat, casse-gueule même, je dirai. Les gens sont habitués à me voir dans des comédies. Mais ça me plait de sortir de cette zone de confort pour aller parler de choses profondes, mais toujours avec humour, c'est important de le souligner. Je pense qu'on peut parler de religion et en rire. Malheureusement en France, le sujet crispe tout de suite…

Dans le film, vous vous amusez aussi à brouiller les pistes. Pourquoi ?

Parce que je ne le dois à personne, à part à moi. Dans le film, il y a des choses vraies, il y a des choses fausses, mais je ne dirai pas lesquelles. D'ailleurs quand on me demande de classer le film, je n'y arrive pas. Est-ce que c'est un docu-fiction, une autofiction, du cinéma vérité ? Je n'arrive pas trop à savoir parce que le genre s'est imposé à moi une fois que j'ai monté le film. Au départ, je ne savais pas du tout où tout cela allait m'emmener. 

Cinéma : Gad Elmaleh en adoration devant la ViergeSource : JT 13h WE

Ne plus avoir peur du regard des autres : c'est ça la maturité ? 

Oui, ça joue. Je mentirais si je disais que je n'ai pas d'appréhension. Je doute beaucoup, je suis envahi par le questionnement. C'est profondément talmudique ça aussi. Je crois que je n'aurais pas pu faire ce film avant. Il y a des films qu'on a envie de faire et d'autres qu'on a besoin de faire. Celui-ci, j'en avais besoin. Et c'est une grande joie, car il provoque beaucoup d'échanges et de réflexion. 

Aujourd'hui, la religion est souvent associée au communautarisme, pas à la spiritualité. Le regrettez-vous ?

C'est vrai qu'en France, on parle fréquemment de la communauté juive, sans vraiment parler de la lumière du judaïsme. On parle de l'islam, mais en parlant des dérives ou de l'islamophobie. Pareil pour la communauté catholique dont on pointe les dérives. Mais on peut aussi voir les religions et la spiritualité à travers une lumière. Et moi, je cherche la lumière. 

Si j'avais fait lire le scénario à mes parents, ils ne l'auraient jamais fait, car ils auraient eu trop peur
Gad Elmaleh

Vous faites aussi jouer tous vos proches. Il parait que vous avez menti à vos parents pour qu'ils acceptent…

Je vais être très sincère. Je pense que si j'avais fait lire le scénario à mes parents, ils ne l'auraient jamais fait car ils auraient eu trop peur. Peur du regard des autres, de la famille, du public, des médias. Mais c'était tellement joyeux de tourner avec eux et de leur faire jouer leur propre rôle. C'est important de préciser que tous les lieux où on a tourné sont de vrais lieux et que tous les personnages sont joués par les vrais personnages. Le prêtre est un vrai prêtre, pas un acteur. Quand j'entre à l'église Sainte-Cécile, je filme les fidèles qui prient. C'est peut-être pour ça que tout semble être vrai, et tant mieux.

Vous parlez aussi de votre fascination pour la Vierge Marie, depuis votre enfance. C'est le personnage central du film au fond, non ?  

La vraie star du film, c'est la Vierge Marie. C'est par elle que la douceur et le bonheur arrivent. Mais le scandale aussi. Lorsque les parents trouvent une statuette à son effigie dans la valise de leur enfant, c'est la fin du monde pour eux. J'ai voulu montrer la superstition des séfarades, mais avec tendresse. 

Qui est véritablement Gad Elmaleh aujourd'hui ?

C'est celui qui cherche et qui considère important de continuer à chercher. Et franchement, je ne suis pas inquiet de ne pas avoir de réponses. 


Rania HOBALLAH

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