VIDÉO - "Une cicatrice qui ne se refermera jamais" : Sébastien Soulé, un des policiers qui a inspiré le film "Bac Nord", témoigne

par M.T | Propos recueillis par Audrey Crespo-Mara
Publié le 11 février 2024 à 21h03

Source : Sept à huit

Sébastien Soulé était l'invité d'Audrey Crespo-Mara dans "Sept à Huit" ce dimanche.
En octobre 2012, son destin bascule lorsqu’il est interpellé par l’IGPN, avec 11 autres de ses collègues pour trafic de drogue.
Totalement innocenté, il raconte le cauchemar qui a failli le détruire, dans l'interview à retrouver en replay ici.

Sébastien Soulé courait après les flagrants délits dans les quartiers Nord de Marseille, mais sa carrière au sein de la brigade anticriminalité (Bac) s’est brutalement interrompue quand ses collègues et lui ont été soupçonnés de se livrer eux-mêmes à du racket et du trafic de stupéfiants. Ce matin du 2 octobre 2012, sa vie bascule. "Je suis à mon domicile, il est huit heures du matin, les policiers de l'IGPN frappent à la porte (...). Ils me disent que je suis placé en garde à vue", se souvient Sébastien Soulé. 

Au terme des 96 heures de garde à vue, le policier ne comprend toujours pas ce qui lui est reproché. "Quand l'IGPN m'a transporté, j'ai croisé ma femme, je lui ai dit 'à ce soir'. Finalement, je suis revenu 70 jours après", raconte-t-il. À ce moment, un ancien collègue de la BAC affirme la culpabilité de Sébastien Soulé. "C'est compliqué d'apprendre qu'on se base sur ce type d'individu, qui avait déjà été renvoyé de la police nationale. C'était une contrepartie : 'je donne quelques détails pour l'affaire de la Bac Nord en espérant être réintégré'", explique-t-il.

Vous avez l'impression d'être essoré
Sébastien Soulé

Sébastien Soulé change alors totalement de statut. Il passe de policier décoré par le ministère de l'Intérieur un an auparavant, à celui de "ripou". "Vous avez l'impression d'être essoré. L'actualité prend le dessus et vous subissez tout ce que vous vivez sans trop le vivre", confie-t-il. Sébastien Soulé se souvient des heures placé à l'isolement, pendant lesquelles il entendait des cris de détenus. "C'était mon prénom. Ils le répétaient toute la nuit jusqu'à ce qu'ils s'endorment. Je me suis toujours demandé comment ils ont pu avoir mon prénom", s'interroge-t-il. 

"En plus, ça tapait avec un objet qui tapait sur le sol, donc c'était forcément quelqu'un qui était en dessous de moi", se remémore-t-il, avant d'ajouter : "Je me suis dit 'est-ce que quelqu'un peut venir, mettre le feu à la cellule...'". Détention provisoire, déflagration politico-médiatique... L’affaire a été adaptée au cinéma par le réalisateur Cédric Jimenez. "Personne n'a parlé de la souffrance parce que derrière tous ces policiers (...) il y a des vies brisées, et ça personne n'en a parlé (...). Il y a toujours une cicatrice qui ne se refermera jamais", affirme-t-il, la voix tremblante et les larmes aux yeux. 

70% des sonorisations qui ont été réétudiées sont fausses
Sébastien Soulé

Dans le cadre de leur enquête, les policiers de l'IGPN avaient également fait placer des micros dans le véhicule utilisé par l'équipe de jour de la Bac Nord. Si les retranscriptions laissent penser que des "ripoux" agissent au sein de la Bac Nord, l'analyse de ces enregistrements sonores par le laboratoire d'analyse technique et scientifique va faire basculer l'affaire. "70% des sonorisations qui ont été réétudiées sont fausses. Des mots ont été changés ou laissaient libre cours à l'imagination", renchérit Sébastien Soulé. 

Il est finalement relaxé. "La délivrance", réagit-il immédiatement. "Une vanne de procédures qui se termine enfin, une vanne de soupçons qui s'arrête". Le sentiment qui prédomine tout de même pour le relaxé : la honte. "J'ai quand même ma mère qui voyait son fils passer à la télé, traité de 'ripou'...", confie-t-il, les larmes aux yeux. 


M.T | Propos recueillis par Audrey Crespo-Mara

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