"Je ne suis pas encore tiré d'affaire" : six mois après son agression, Salman Rushdie s'exprime pour la première fois

par F.Se
Publié le 7 février 2023 à 9h22

Source : TF1 Info

Salman Rushdie a accordé une interview au New Yorker, la première depuis son agression en août dernier.
L'écrivain, qui a perdu un œil et l'usage d'une main, apparaît portant des lunettes avec un verre noir à l'œil droit.
Il confie avoir désormais beaucoup de mal à écrire, et souffrir de stress post-traumatique.

Pour la première fois depuis qu'il a été attaqué au couteau aux États-Unis l'été dernier, l'écrivain britannique Salman Rushdie a accordé une interview à un prestigieux journal new-yorkais, à la veille de la parution de son dernier roman, Victory City, le "récit épique d'une femme" au XIVᵉ siècle. 

La photographie qui accompagne l'article montre Salman Rushdie portant des lunettes dont le verre droit est noir, rappelant l'agression dont il avait été victime, au cours d'une conférence littéraire dans l'État de New York, le 12 août dernier. Au moment de sa prise de parole, un jeune Américain d'origine libanaise soupçonné d'être sympathisant de l'Iran chiite s'était jeté sur lui, armé d'un couteau, et l'avait poignardé une dizaine de fois. L'écrivain vit depuis 1989 sous la menace de mort d'une fatwa émise par l'Iran, après la publication de son livre Les Versets sataniques

"Je m’assois pour écrire et il ne se passe rien ; j'écris, mais c'est un mélange de vide et d’âneries, des choses que je rédige et que j'efface le lendemain", confie l'écrivain dans l'entretien au New Yorker. "Je ne suis pas encore tiré d'affaire", estime-t-il en prévenant son intervieweur, l'écrivain David Remnick : "Le PTSD existe, vous savez", laissant entendre qu'il souffre lui-même de stress post-traumatique (TSPT en français, PTSD en anglais, NDLR). 

"Très, très difficile d'écrire"

Son agent littéraire Andrew Wylie avait révélé en octobre qu'il avait perdu la vue d'un œil et l'usage d'une main. Alors que Victory City a été achevé avant son agression, Salman Rushdie dit désormais trouver "très, très difficile d'écrire". Même si sa guérison "progresse", selon les termes de son agent, l'écrivain ne fera aucune promotion publique pour ce 15ᵉ roman, qui sort ce mardi aux États-Unis, et jeudi au Royaume-Uni.  

L'ouvrage raconte l'épopée de Pampa Kampana, une jeune orpheline dotée de pouvoirs magiques par une déesse, qui va créer la ville de Bisnaga - littéralement "La ville de la victoire". L'héroïne vivra près de 250 ans, sera aussi le témoin de "l'orgueil de ceux qui sont au pouvoir", assistera à l'essor puis à la destruction de Bisnaga et subira l'exil. Le roman se conclut ainsi : "Les mots sont les seuls vainqueurs".  

Né à Bombay en juin 1947, juste avant la partition de l'Inde, dans une famille bourgeoise musulmane laïque, Rushdie publie son premier roman Grimus en 1975 et devient une célébrité mondiale dans les années 1980 avec Les Enfants de minuit qui lui vaut le célèbre Booker Prize au Royaume-Uni. Malgré la fatwa iranienne jamais levée depuis 1989, Rushdie se sentait plus libre et avait repris une vie en société ces dernières années à New York. 

"J'ai connu mieux, mais vu ce qui s'est passé, je ne vais pas si mal", assure aujourd'hui Salman Rushdie, ajoutant toutefois "tenir [son agresseur] pour responsable" de son état de santé. Victory City sortira en septembre en France sous son titre original, chez Actes Sud. 


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