Le pape François s’entretient avec dix jeunes hispanophones dans un documentaire disponible sur "Disney"+.
Un échange à bâtons rompus sur des questions sociétales qui vont de l’avortement à l’immigration en passant par le sexe et les réseaux sociaux.
L’occasion de découvrir le souverain pontif sous un jour inédit, après sa récente alerte de santé.

Ils viennent d’Espagne, d’Argentine, des États-Unis ou encore du Sénégal. Dix jeunes hispanophones âgés de 20 à 25 ans s’entretiennent avec le souverain pontife dans "Conversation avec le pape", un documentaire étonnant disponible depuis le 5 avril sur Disney+. Filmé par les réalisateurs Jordi Evol et Marius Sanchez en juin 2022 au Pigneto, un quartier branché de Rome, cet échange de plus d’une heure se révèle bien plus incisif et édifiant que la plupart des entretiens journalistiques. Le fait que tous parlent la même langue y contribue sans doute. Le casting aussi puisque les convictions des uns et des autres génèrent quelques échanges tendus auxquels le Saint-Père assiste avec un mélange de bienveillance et de perplexité.

Interrogé sur la crise des migrants par Khadim, un jeune Espagnol d’origine sénégalaise, le pape François se montre sévère à l’égard des pays membres de l’Union européenne, estimant que "le colonialisme est encore tapi derrière une politique migratoire immature". Pour lui, "les migrants devraient être accueillis, accompagnés, encouragés et intégrés". Tout en condamnant, les trafics, il dénonce la double peine dont sont victimes, selon lui, les populations venant du continent africain. "Si vous venez d’Ukraine, vous êtes mieux accueilli et avec plus de bienveillance. Mais si vous venez d’Afrique, vous êtes rejetés et ils trouvent tous les moyens pour vous renvoyer", regrette-t-il.

L’échange d’abord consensuel devient plus vif, voire dérangeant, lorsque l’Argentine Milagros aborde "l’intolérance" de certains croyants à l’égard des femmes qui ont recours à l’avortement. Sur ce point, le pape François se retranche dans un premier temps derrière un discours scientifique. "Un livre d’embryologie montre qu’un mois après la conception, l’ADN est en place et tous les organes sont tracés. Ce n’est pas un tas de cellule assemblées mais une vie humaine systématisée", explique-t-il à son auditoire attentif avant d’aborder la question sous l’angle de la morale.

"Est-ce légitime d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ?", s’interroge le pape. "Où si vous allez chercher un docteur, est-ce légitime de payer un tueur (sicario en espagnol – ndlr) ?". Un qualificatif qui fait tiquer la Péruvienne Mehra mais qu’approuve l’Espagnole Maria, l’aînée d’une famille de six enfants. Pendant quelques instants, l’octogénaire reste interdit devant les passions que suscite le débat. "Une femme qui subit l’avortement ne peut pas être laissée seule", finit-il par concéder. "On ne peut pas l’envoyer au diable où l’isoler."

Le sexe est une des plus belles choses que Dieu a donné aux autres humains. S’exprimer sexuellement, c’est quelque chose de riche
Le pape François

Plus loin, le pape François qui n'a pas de téléphone portable reconnaît qu’il n’a jamais entendu parler de l’application de rencontres Tinder. Et on le sent un brin décontenancé lorsque Alejandra, jeune maman, lui explique qu’après avoir lâché son job de bureau, elle gagne sa vie et s’épanouit en vendant ses charmes sur Internet. "La pornographie rabaisse. Elle ne vous aide pas à grandir", considère-t-il, n’hésitant pas à la comparer à une addiction à la drogue. En revanche, il estime que "le sexe est une des plus belles choses que Dieu a donné aux autres humains. S’exprimer sexuellement, c’est quelque chose de riche."

Le moment le plus émouvant du documentaire provient de l'intervention de Juan, un étudiant de 22 ans, victime d’abus sexuels de la part d'un enseignants de l’école de l’Opus Dei à Bilbao, cette organisation conservatrice au fonctionnement opaque que le souverain pontife tente de mettre au pas. Au jeune homme qui accuse le Vatican d'être hypocrite, le pape François répond "si quelqu’un a fait quelque chose de mal, il doit y avoir un rapport pour nettoyer". Regrettant qu'on "détruise les gens dans l'endroit où on devrait les protéger", il plaide pour l'imprescriptibilité des faits et "la tolérance zéro" en la matière. Depuis la diffusion de ce documentaire, une enquête a été rouverte sur les faits en question.


Jérôme VERMELIN

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