L'équipage du mini-submersible, disparu depuis dimanche, a perdu la vie dans l'implosion de l'appareil près de l'épave du Titanic, ont révélé jeudi les garde-côtes américains.
Des doutes sur la sécurité de l'engin avaient été émis de longue date, a rappelé James Cameron, réalisateur du film culte sur l'épave.
Des alertes sur lesquelles la société qui exploitait le sous-marin a fermé les yeux, a-t-il dénoncé.

Plus d'un siècle après le naufrage du Titanic, c'est une nouvelle tragédie qui frappe les eaux de l'Atlantique Nord. Le submersible Titan, parti à la découverte de la mythique épave du paquebot échoué en 1912, était porté disparu depuis dimanche. Au terme de quatre jours de recherches acharnées, les cinq passagers de l'appareil ont été déclarés morts, à la suite d'une "implosion catastrophique" dans les profondeurs de l'océan, selon les garde-côtes américains. Le drame a suscité la colère de James Cameron, réalisateur du film Titanic et lui-même explorateur passionné des fonds marins, contre la société qui exploitait le petit sous-marin touristique, lui reprochant d'avoir "ignoré" des "avertissements" sur la sécurité du Titan.

L'engin était source de nombreuses inquiétudes au sein du petit monde de l'exploration sous-marine, a rappelé le cinéaste, qui a visité l'épave à de nombreuses reprises pour produire son succès planétaire de 1997, qui a raflé 11 Oscars. Dès 2018, des experts avaient alerté la direction de l'entreprise OceanGate, a-t-il souligné sur la chaîne américaine ABC News. "Un certain nombre des principaux acteurs de la communauté des ingénieurs spécialisés dans la submersion profonde ont même écrit des lettres à l'entreprise pour lui dire que ce qu'elle faisait était trop expérimental pour transporter des passagers, que c'était irresponsable et que cela pouvait conduire à une catastrophe", a insisté le cinéaste canadien.

"Frappé par la similitude avec la catastrophe du Titanic"

Le réalisateur féru de plongée a dressé un parallèle entre ce nouvel accident et le naufrage du paquebot en 1912, qui a causé la mort de 1500 personnes. "Je suis frappé par la similitude avec la catastrophe du Titanic, où le capitaine a été averti à plusieurs reprises de la présence de glace devant son navire, et où il a pourtant foncé à pleine vitesse dans un champ de glace par une nuit sans lune", a-t-il remarqué. "Ce navire git au fond de l'océan, non pas en raison de la nature de son acier ou de ses compartiments, mais simplement à cause d'un mauvais matelotage", a-t-il aussi souligné. 

"Qu'un drame très similaire, où les avertissements ont été ignorés" se produise "au même endroit, (...) c'est tout simplement stupéfiant", a cinglé le réalisateur du film "Abyss". "C'est vraiment surréaliste." Le risque d'implosion d'un submersible est toujours une préoccupation de "premier plan" lors de sa construction, a rappelé James Cameron, qui est devenu en 2012 la première personne à plonger en solitaire dans les profondeurs océaniques à bord d'un engin sous-marin qu'il a lui-même aidé à concevoir. "C'est le cauchemar avec lequel nous avons tous vécu depuis que nous sommes entrés dans ce domaine", a-t-il insisté, en soulignant que la plupart des acteurs du monde de l'exploration sous-marine garantissaient une sécurité impeccable pour leurs engins. 

Depuis le début des recherches, des informations mettant en cause OceanGate sont dévoilées sur de possibles négligences techniques de l'appareil de tourisme sous-marin. Selon une plainte de 2018, un ex-dirigeant de la compagnie, David Lochridge, avait été licencié après avoir émis de sérieux doutes sur la sûreté du submersible.

"Je savais ce qu'il se passait"

Quant aux circonstances du drame lui-même, le réalisateur a par ailleurs affirmé avoir été rapidement informé d'une implosion de l'appareil. Selon plusieurs médias américains, une "anomalie" qui pourrait être liée à une implosion avait aussi été repérée dès dimanche par la marine américaine. Le cinéaste a quant à lui été mis au courant grâce à des sources dans l'industrie de l'exploration des grands fonds marins. "Nous avons eu la confirmation dans l'heure qui a suivi qu'il y avait eu une forte détonation au moment où les communications avec le sous-marin ont été perdues", a-t-il indiqué le cinéaste dans une interview à l'agence de presse Reuters

"Une forte détonation sur l'hydrophone. Perte du transpondeur. Perte des communications. Je savais ce qu'il se passait. Le sous-marin a implosé", a-t-il détaillé. "Nous avons perdu des amis", le mini-submersible "est au fond de l'eau, en pièces détachées", a-t-il écrit dès lundi dans un mail transmis à ses collègues. 

Le cinéaste a aussi dit regretter de ne pas avoir tiré la sonnette d'alarme plus tôt sur ce type d'explorations, à cause de ses doutes sur la sécurité de l'appareil, en particulier de sa coque en fibre de carbone et en titane. "J'ai pensé que c'était une idée épouvantable. J'aurais aimé en parler, mais j'ai supposé que quelqu'un avait été plus intelligent que moi, parce que je n'ai jamais expérimenté cette technologie. Mais cela semblait néfaste à première vue", a-t-il souligné.

James Cameron s'est également ému de la mort de Paul-Henri Nargeolet, l'explorateur français qui fait partie des cinq victimes de l'accident. Le réalisateur connaissait depuis 25 ans cet homme surnommé "Monsieur Titanic" pour ses nombreuses plongées sur le site. "Il m'est presque impossible d'accepter qu'il soit mort tragiquement de cette manière", a-t-il regretté, rendant hommage à un "ami" et un "pilote légendaire"


M.L (avec AFP)

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