"Je n'aurais jamais dû être actrice" : Jodie Foster se confie dans "Sept à Huit"

par Virginie FAUROUX Propos recueillis par Audrey Crespo-Mara
Publié le 18 février 2024 à 21h14, mis à jour le 19 février 2024 à 12h02

Source : Sept à huit

Jodie Foster endosse à nouveau le costume d’une cheffe de la police dans la quatrième saison de la série True Detective.
De passage à Paris, l’actrice américaine de 61 ans, qui entretient un lien particulier avec la France, a répondu ce dimanche aux questions d'Audrey Crespo-Mara dans "Sept à Huit".
Retrouvez ici l'essentiel et le replay de cet entretien.

C'est certainement la plus francophile des stars hollywoodiennes. Et pour cause, Jodie Foster manie la langue de Molière à la perfection, ce qui lui fait dire d'ailleurs, avec une pointe d'ironie, que c'est pour cela que les Français l'aiment tant. Et si l’actrice et réalisatrice américaine manie aussi bien nos mots, c’est qu’elle a étudié au lycée français de Los Angeles. "Ça m'a pris un an pour parler couramment", lâche-t-elle dans la vidéo en tête de cet article, son "portrait de la semaine" diffusé ce dimanche dans "Sept à Huit".  

Il faut dire que sa mère, qui a élevé seule ses quatre enfants, était elle-même férue de culture française et des réalisateurs de la Nouvelle Vague. "Elle m'emmenait voir beaucoup de films, surtout des films européens. Elle me prenait de l'école et on allait tout de suite voir des films italiens, allemands, français", raconte-t-elle face à Audrey Crespo-Mara. Et c'est tout naturellement que sa mère lui a ensuite fait courir les castings. "J'ai commencé à l'âge de trois ans. Mon frère aussi était acteur. C'était un peu le business de Los Angeles, tout le monde le faisait, alors pourquoi pas", se souvient-elle. 

A l'époque, beaucoup de rôles de femmes, c'était la femme de, la sœur de, l'enfant de...
Jodie Foster

Résultat, Jodie Foster commence à montrer sa frimousse dans des pubs, puis dans des séries télés. Mais, à l'âge de 12 ans, elle est propulsée star mondiale avec son rôle de gamine prostituée dans "Taxi Driver". Une destinée qui était loin d'être toute tracée, sans l'insistance de sa mère à faire d'elle une star. "Je ne serais jamais devenue actrice, ça, c'est certain. Moi, mon premier amour, c'étaient vraiment les mots, les livres", se souvient-elle. 

Pour autant, Jodie Foster n'est pas une actrice comme les autres. Son credo pour se démarquer : choisir des rôles généralement dévolus aux hommes, comme agent du FBI dans le Silence des agneaux. "Ce que je recherchais, c'était que j'avais la possibilité de jouer de vrais personnages qui étaient compliqués. Et à l'époque, beaucoup de rôles de femmes, c'était la femme de, la sœur de, l'enfant de... Quand je regarde en arrière, ce dont je suis très fière, c'est que mes personnages étaient des vrais personnages", explique-t-elle. 

"Une bonne distance entre vie personnelle et travail"

C'est donc tout naturellement que Jodie Foster a de nouveau endossé le rôle d'une cheffe de la police dans la quatrième saison de la série True Detective. Elle y mène une enquête sur la disparition de scientifiques en Alaska quelques jours avant Noël, quand la nuit est permanente. Une façon de renouer trente ans après avec son personnage fétiche de Clarice Starling dans "Le silence des agneaux" ? Pas si sûr... "Pendant très longtemps, je ne voulais pas jouer une autre policière parce que Clarice Starling était tellement rentrée dans l'inconscient des gens que je ne voulais pas vraiment me répéter. Mais là, c'est un personnage différent. C'est quelqu'un qui est corrompu, méchant, inconscient, raciste, toutes les pires choses", explique-t-elle. 

Cerise sur le gâteau, cette quatrième saison de la série témoigne de la montée en puissance des femmes dans le cinéma : elle est jouée par deux héroïnes enquêtrices, réalisée par une femme et produite par une femme, en l'occurrence Jodie elle-même. 

Mais la comédienne ne veut pas tout réduire à une question de genre, estimant qu'elle a passé "toute sa vie à faire des films avec de super metteurs en scène". Toutefois, elle admet avoir travaillé avec très peu de femmes réalisatrices. "Et là, dans les dix dernières années, j'ai travaillé avec trois femmes, c'est incroyable. Il y a une évolution. Nous représentons quand même la moitié de la population", lance-t-elle. 

Six ans après le début du mouvement #MeToo né aux États-Unis, Jodie Foster estime aussi que cela a changé la donne. Pour sa part, elle se dit très consciente de la protection dont elle a bénéficié de la part des producteurs et des metteurs en scène qui la voyaient comme leur fille. "J'ai vécu des micro agressions comme chaque femme au monde, mais pour moi le monde du cinéma, c'étaient des pères et des frères qui m'aimaient et qui voulaient me protéger. Et puis, j’avais un certain pouvoir dans l'industrie et les gens avec le pouvoir, c'est difficile de les rendre victimes", souligne-t-elle. 

Son autre façon de prendre le pouvoir, ça a été de révéler il y a plus de dix ans son homosexualité. Une évidence pour Jodie Foster, même si la comédienne doublement oscarisée reconnait que si elle est toujours là, c'est parce qu'elle a gardé "une bonne distance entre sa vie personnelle et son travail". 


Virginie FAUROUX Propos recueillis par Audrey Crespo-Mara

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