"Tout est organisé" : Line Renaud évoque ses dernières volontés dans "Sept à Huit"

par Virginie FAUROUX | Propos recueillis par Audrey Crespo-Mara
Publié le 4 février 2024 à 20h37
PORTRAIT – Line Renaud était l'invitée d’Audrey Crespo-Mara. À 95 ans, elle nous livre un témoignage exceptionnel sur la vie. Elle peut aujourd'hui en tirer des leçons tout en maintenant intact son appétit de continuer à vivre dans de bonnes conditions.
PORTRAIT – Line Renaud était l'invitée d’Audrey Crespo-Mara. À 95 ans, elle nous livre un témoignage exceptionnel sur la vie. Elle peut aujourd'hui en tirer des leçons tout en maintenant intact son appétit de continuer à vivre dans de bonnes conditions.

À l'occasion de la sortie de son autobiographie, "Merci la vie !", Line Renaud se livre sans tabou ce dimanche dans Sept à Huit.
Elle confie les leçons que lui a apprises l'existence, ainsi que les secrets de son incroyable longévité.
Face à Audrey Crespo-Mara, la chanteuse et comédienne évoque par ailleurs la fin de sa vie dont elle a déjà tout prévu dans les moindres détails.

On la croirait immortelle tant elle fait partie du paysage culturel. Et pourtant, à 95 ans, Line Renaud se confie dans un livre : Merci la vie ! (Éditions Robert Laffont) sur son dernier voyage qu'elle suppose tout proche. Paradoxalement, c'est une ode à la vie et à l'amour que la chanteuse et comédienne livre sans concession sous la forme d’une dernière lettre, comme "un dernier baiser que l’on donne sur un quai de gare". "Ce n'est pas un adieu, mais ça prépare un adieu, c'est-à-dire que je suis arrivée à un âge où on est plus près de la fin que du début. Et puis, ça peut arriver subitement. Alors, donc, j'avais envie de leur dire au revoir, car le public m'a suivi toute sa vie (...). Au cas où il m'arrive quelque chose et que je n'ai pas eu le temps de le faire", précise-t-elle dans la vidéo en tête de cet article.

Une vie sans enfant

Mais avant de regarder la mort en face, Line Renaud s'est replongée dans les moments importants de son existence : ses plus belles rencontres et ses souvenirs, notamment avec son époux disparu, le compositeur Louis Gasté, surnommé "Loulou". Car selon elle, "l'amour est la plus grande aventure de la vie". "On ne peut pas faire la route, sans la faire à deux. J'ai fait la route à deux avec ma mère longtemps, la route à deux pendant cinquante ans avec Loulou. On a eu des problèmes comme tous les couples, mais on les a raisonnés nos problèmes. Il faut toujours donner plusieurs chances à son couple. On en a donné plusieurs, nous, et ça valait la peine", affirme-t-elle. 

Malgré tout, une part d'ombre subsiste toujours, comme cet avortement clandestin qu'elle va subir à l'âge de 18 ans, dans des conditions effroyables. "Loulou ne voulait pas d'enfants. Quand je suis tombée enceinte, je l'ai supplié pour qu'il change d'avis, mais non", raconte-t-elle, avant d'enchaîner : "je me souviens d'un escalier noir, je me souviens de l'aiguille à tricoter, ils sont allés tripoter là-dedans, et puis les souffrances", détaille-t-elle, sans oublier les complications de retour à la maison avec un début de septicémie. "On a appelé un gynécologue de toute urgence. Il a pratiqué un curetage sur la table de la salle à manger. C'est là que j'ai découvert que je n'aurais jamais d'enfants. J'ai eu beaucoup de chagrin. Je disais toujours : 'pour moi, une femme qui n'a pas d'enfants, c'est inutile'", ajoute-t-elle. 

Si je dois souffrir, je veux partir tout de suite. C'est mon ultime liberté, choisir sa mort.
Line Renaud

À travers ce livre, Line Renaud revient également sur les combats essentiels de sa vie, comme la lutte contre le sida à travers le Sidaction ou encore la recherche médicale pour laquelle elle a créé un Fonds de dotation. Après sa mort, elle souhaite d'ailleurs que tous ses biens aillent pour soutenir la science. Une façon de donner un sens à sa vie. "J'ai l'impression de faire quelques chose d'autres que chanter. Ça me fait du bien", souligne celle qui considère chaque anniversaire comme un "bonheur nouveau". 

L'artiste milite par ailleurs depuis plusieurs années pour le droit de mourir dans la dignité et appelle à "légaliser l'aide active à mourir", car s'il y a bien une chose qu'elle n'acceptera pas, c'est de "souffrir". "Si je dois souffrir, je veux partir tout de suite. C'est mon ultime liberté, choisir sa mort. On a choisi sa vie, on doit pouvoir choisir sa mort. D'ailleurs, ça viendra, c'est en cours de route", insiste-t-elle, martelant une fois de plus son message : "Quand il n'y a vraiment plus rien à faire, que la médecine est d'accord, pourquoi prolonger la souffrance ?", interroge-t-elle. 

Déterminée, la chanteuse semble même avoir tout prévu. Elle assure ainsi vouloir rendre son dernier souffle à La Jonchère, sa maison à Rueil-Malmaison. "Je ne bouge pas d'ici. C'est bien spécifié, je veux rester ici, être dans mon lit, dans ma chambre, avec la jolie vue sur Paris et mourir ici", lâche-t-elle, précisant avoir aussi tout préparé pour ses funérailles lorsqu'elle disparaîtra. "Tout est organisé. Je me vois chez moi avec les gens qui sont autour de moi, mes amis les plus proches. Tout est prévu depuis le départ ici, l'arrivée à Saint Sulpice. Même la liste des amis à inviter en leur disant que ce n'est pas pour diner, y compris mon attaché de presse", ironise-t-elle. Comme un dernier pied de nez à la vie. 


Virginie FAUROUX | Propos recueillis par Audrey Crespo-Mara

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