VIDÉO - Andréa Furet dans "Il est elle" : "Les personnes trans méritent d'être aimées comme tout le monde"

Propos recueillis par Rania Hoballah
Publié le 1 novembre 2021 à 18h07
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Source : Sujet TF1 Info

INTERVIEW – Dans la fiction diffusée ce lundi sur TF1, elle joue le rôle d'une adolescente en transition. Un rôle puissant pour Andréa Furet, comédienne transgenre aussi lumineuse que talentueuse. Rencontre.

C'est son premier grand rôle dans une fiction. Et pas n'importe lequel. Dans Il est elle, ce lundi sur TF1, Andréa Furet se glisse dans la peau de Juju, un adolescent qui annonce à ses parents sa certitude d’être une fille dans un corps de garçon. Un rôle puissant et touchant qui fait écho à la propre expérience d'Andréa Furet, comédienne transgenre de 19 ans qui crève l'écran. 

Il est elle est une fiction très fidèle à la réalité. Quelle a été votre réaction quand vous avez lu le scénario ? 

J'avoue que j'étais un peu sceptique au départ. Mais quand j'ai lu le scénario, j'ai été tout de suite conquise et très émue. C'est un sujet très sérieux dont on ne parle quasiment pas à la télévision et qui a été traité avec beaucoup de respect. Je pense que la fiction touchera toutes les personnes qui se sentent mal dans leur peau et qui ont des difficultés à s'exprimer. 

Le film fait écho à votre propre histoire, c'était plus facile ou plus difficile à jouer ? 

C'était à la fois facile et assez compliquée, car on a cette même identité avec Juju, alias Emma, mais pas du tout le même parcours. La relation qu'il entretient avec son entourage est très différente de ce que j'ai vécu, par exemple. Je l'ai abordé comme un personnage, en fait. 

Ce n'est pas évident pour des parents d'accepter le changement d'identité de son enfant. Comment cela s'est-il passé pour vous ? 

Avec ma famille, tout s'est très bien passé. J'ai eu beaucoup de chance et c'est malheureux d'appeler ça une chance d'ailleurs. Évidemment, c'est un bouleversement car c'est un vrai changement de vie, ma mère me l'a assez répété ! 

J'ai toujours senti que j'étais différente

Andréa Furet

Et au lycée, comme Juju/Emma, avez-vous été moquée ou harcelée ? 

Quand j'ai entamé ma transition, je n'étais plus au lycée. J'ai passé mon bac en candidat libre pour avancer sur ma transition. Évidemment, j'ai fait un coming-out trans public. Je pense qu'il y a eu des surprises, car je n'en avais jamais parlé avant. Mais en même temps un peu d'indifférence aussi. Tant que j'étais heureuse, ça ne dérangeait personne. 

Le film montre aussi l'histoire d'amour compliqué d'Emma avec un musicien. Comment se construit-on à l'adolescence d'un point de vue amoureux quand on est transsexuel ou transgenre ?

C'est vrai que pour les personnes trans en général ce n'est pas toujours évident parce qu'il y a toujours ce truc de se dire "Est-ce que je le dis maintenant ? Est-ce que je le dis après ? Est-ce que la personne, je lui fais assez confiance ?" Mais comme tout le monde, les personnes trans méritent d'être aimées. 

À quel âge avez-vous réalisé que vous ne vous reconnaissiez pas dans une identité masculine ? 

C'est joliment dit ! J'ai toujours senti que j'étais différente. Ça a été le fruit d'une longue observation sur ce qui m'entourait, en regardant les filles et les garçons. Une fois que j'ai vraiment été sûre de moi et de cette identité, je me suis lancée. 

Ma transition est quasiment achevée et toutes les étapes ont été positives

Andréa Furet

On parle souvent de personnes nées dans le mauvais corps. Êtes-vous d'accord avec ça ?

Pas du tout, je déteste cette expression, d'ailleurs. Quand on dit mauvais corps, ça sous-entendrait que notre corps est mauvais, alors que le corps des personnes trans n'a rien d'anormal. Mais les gens font une fixette sur les attributs, car on vit dans une société très binaire. Pour certaines personnes, pénis égale homme, vagin égale femme. Mais tout se passe dans la tête en fait. 

Pourquoi la transsexualité fait-elle aussi peur ? 

Vu qu'on est dans une société marquée par des codes binaires et par le patriarcat, quand on se retrouve confrontés à des personnes qui déconstruisent tout ça, ça peut perturber. Les humains ont peur de l'ambiguïté. Et quand on est dans l'ignorance, souvent on est dans la haine. 

Avez-vous toujours voulu être comédienne ? 

Oui ! Je pense que ça vient de ma maman parce qu'elle m'a toujours répété qu'elle aurait bien voulu être danseuse ou actrice. Comme je ne parlais pas beaucoup quand j'étais plus jeune, la scène a toujours été un moyen de m'affirmer. Aujourd'hui, je suis très contente de faire ce métier. 

Êtes-vous heureuse aujourd'hui ?

Aujourd'hui, ma transition est quasiment achevée et toutes les étapes ont été positives. Je n'ai jamais eu d'embûches. Donc je ne peux qu'être heureuse ! 


Propos recueillis par Rania Hoballah

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