Youssoupha : "Peut-être que Marion Maréchal-Le Pen sort avec un renoi ?"

Le service METRONEWS
Publié le 25 juin 2015 à 17h26
Youssoupha : "Peut-être que Marion Maréchal-Le Pen sort avec un renoi ?"

INTERVIEW - Son album "Négritude" (Bomaye Musik) est l'une des perles rap du moment. Invité d'honneur du 10e Festival Paris Hip-Hop, Youssoupha s'est confié à metronews. Sur ce disque au titre très politique, sur la place du hip-hop en France. Mais aussi au sujet des déclarations d'une fan surprise... Marion Maréchal-Le Pen.

Trois ans se sont écoulés entre Noir Désir et Négritude. C'est indispensable pour avoir de nouvelles histoires à raconter ?
C'est vrai que j'aime prendre le temps. On est dans une époque où on demande aux artistes de faire la course. Moi j'ai besoin de vivre des choses. Et puis avec Noir Désir, j'ai remporté mon premier succès populaire (plus de 100 000 exemplaires vendus – ndlr). Quoi qu'on en dise, ça change les gens. Pas forcément en mal, hein ? Mais j'ai vécu des émotions, des situations enrichissantes et nouvelles. Sur la chanson "Memento", je dis : "avant je mangeais aux Restos du cœur, maintenant je traîne aux Enfoirés". Puis "Je suis trop ghetto pour le showbiz, mais j'suis trop riche pour traîner dans un hall". C'est un peu ironique. Mais la vérité c'est que pour la première fois de ma vie, je peux offrir à mes proches un confort qu'ils n'ont jamais eu auparavant.

Négritude, c'est un courant fort, porté par des écrivains noirs comme Césaire ou Senghor. Que signifie-t-il pour vous dans la France d'aujourd'hui ?
La négritude, c'est une identité, une différence. Une différence dont j'ai pris conscience en vivant en France, moi qui suis né à Kinshasa. J'ai grandi là-bas et c'est en arrivant ici que j'ai découvert les Portugais, les Algériens, les Polonais, les Italiens et les "Français de souche". Ces différences-là m'ont enrichi. Et je trouve bizarre qu'aujourd'hui ce pays essaie de les gommer, de standardiser les gens par l'assimilation. Comme ce fameux débat sur l'identité nationale. Moi je trouve que ma différence enrichit la France et que la différence des autres m'enrichit moi. La négritude, elle nous tire vers le haut.

Intituler l'album ainsi, c'est une forme de déclaration politique ?
Bizarrement j'ai l'impression d'être moins politisé qu'avant. D'être revenu à l'échelle humaine. Les gens me disent que c'est mon album le plus personnel alors qu'ils s'attendaient à un album de revendication pour les autres. Je pars de mon expérience personnelle pour aborder des thématiques plus larges. Ce n'était pas calculé mais c'est ainsi.

Sur "Où est l'amour" vous dites "Mon album n'est pas l'disque de l'année, c'est déjà l'disque de l'année prochaine"....
Juste avant je dis "je suis tellement en avance bordel !" (rires). C'est une manière de faire un pied de nez aux tendances du moment. Il y a sans cesse des sons qui cartonnent mais si je ne sais pas faire, je ne fais pas. Quitte à ne pas être à la mode. Je préfère qu'elle se fasse sans moi. Parce que de toute façon, on revient toujours aux classiques, quels que soient les genres musicaux.

"Aujourd’­hui le rap est une culture principale"

Musicalement, c'est un album ouvert sur plusieurs époques, plusieurs continents. C'est le reflet de ce que vous écoutez ?
J'écoute quand même beaucoup de rap. Parce que ça reste ma musique préférée. Mais j'en écoute plein d'autres aussi, autant en tant que consommateur que musicien. J'essaie de comprendre les structures, les univers. Ça nourrit mes titres et ça donne un album dans lequel je ne me refuse rien, clairement.

Vous vous produisiez dans le cadre du Festival Paris Hip-Hop qui fête ses dix ans, au moment où de nombreux rappeurs se classent au sommet des ventes. Est-ce que le genre est enfin devenu "mainstream" ?

Le rap underground, c'est mort. Aujourd’­hui on représente une culture principale, "mainstream", oui. Quand effectivement les albums se classent n°1, qu'on fait des Zénith, des Bercy, des tournées, il faut ouvrir les yeux. Si bien que c'est dans l'ordre des choses qu'il y ait un festival comme Paris Hip-Hop, des radios rap, des chaines dédiées aux musiques urbaines. C'est dans l'ordre des choses et tout le monde doit en prendre conscience. Or souvent les institutions ne le prennent pas suffisamment en compte, on est encore parfois traités de manière marginale. Même nous les rappeurs se croient encore "alternatifs" alors qu'en réalité on s'adresse au plus grand nombre.

C'est parce que le rap est devenu grand public que Marion Maréchal-Le Pen peut se déclarer fan de Youssoupha (dans un entretien paru dans la revue Charles) ?
(rires). Elle écoute la musique de son époque, celle des jeunes de son âge. Certains me disent que c'est un coup de com'. Mais elle est peut-être vraiment fan de rap. Peut-être même que c'est sa posture Front National qui est un coup de com'. Qu'en réalité elle sort avec un renoi et qu'elle n'ose pas le dire à son grand-père ! (rires)

Si vous vous retrouviez face à elle, vous lui diriez quoi ?
J'irais lui parler. Je serais curieux de savoir ce qu'elle fait du rap, ce qu'elle aime du rap. Parce que ça ne servirait à rien qu'on parle politique, non ?

>> Youssoupha se produira le 4 juillet prochain au Festival Effervescence, à 17h à Clichy-Sous-Bois, dans le cadre des 10 ans de Paris Hip-Hop. Un concert gratuit sur la pelouse de la mairie.


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