Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a confirmé dimanche dernier sur LCI la volonté de l'État de racheter "les activités souveraines" du géant français de l'informatique Atos, criblé de dettes.
Les créanciers de l'ex-fleuron de la French Tech ont également dévoilé ce samedi une offre commune de refinancement.
La firme, reconnue pour ses solutions en matière de cybersécurité, revêt un intérêt stratégique pour la France.

L'État et les créanciers volent au secours d'Atos. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a officialisé dimanche dernier la volonté du gouvernement de nationaliser une partie du géant de l'informatique français, en grande difficulté financière ces derniers mois. "J'ai déposé ce week-end une lettre d'intention" en ce sens, a indiqué le responsable sur le plateau de LCI. Concrètement, il s'agit pour l'État de proposer l'acquisition des "activités souveraines" d'Atos, qui revêtent un important intérêt stratégique pour la France. 

En outre, les créanciers et les banques du géant informatique français ont formulé une offre commune de refinancement du groupe, qui cherche 1,1 milliard d'euros de liquidités pour la période 2024-2025 et compte réduire sa dette, qui avoisine les 5 milliards, d'environ 3,2 milliards. 

Pourquoi cette entreprise est-elle si cruciale aux yeux du pouvoir français ? TF1info fait le point.

Une multinationale française

Atos est une entreprise créée en 1997, après la fusion de deux autres sociétés, Axime et Sligos. Plus de vingt ans après, elle est devenue le "numéro un européen du cloud, de la cybersécurité et des supercalculateurs", revendique fièrement le site sur son site web. Coté en bourse, ce spécialiste des nouvelles technologiques informatiques emploie désormais plus de 110.000 personnes dans le monde, dont environ 10.000 en France. Il opère à la fois sur commande de grands groupes privés, comme EDF, Air France-KLM, Accor Hotels ou encore GRDF, mais aussi certaines armées nationales (France, Espagne ou encore Allemagne).

Des supercalculateurs superstars

Atos s'est fait la spécialité de développer des supercalculateurs, ces ordinateurs XXL, toujours plus performants au fil des années. Leur rôle ? Compiler et mettre en relation des données pour permettre des avancées dans différents domaines : prévisions météorologiques, recherche de nouveaux vaccins – comme durant la pandémie de Covid-19 – ou encore solutions industrielles. Intelligence artificielle, informatique quantique... Ces immenses machines aux procédés de fonctionnement variés répondent à de nombreux besoins.

En octobre dernier, le groupe Atos annonçait que sa filiale Eviden avait été choisie par un centre de recherche allemand pour fabriquer le plus puissant supercalculateur construit en Europe. Développée à Angers (Maine-et-Loire), cette technologie, baptisée "Jupiter", sera capable d'atteindre une vitesse de mille milliards de calculs à la seconde. Elle devrait être utilisée pour mener des recherches "pour le développement de matériaux avancés, la création de jumeaux numériques du cœur ou du cerveau humain à des fins médicales, la validation d’ordinateurs quantiques et des simulations à haute résolution du climat pour l’ensemble du système terrestre", se réjouissait alors la filiale dans un communiqué.

Un savoir-faire stratégique pour la France

Dans le détail, l'État veut préserver ses intérêts en sécurisant plusieurs domaines d'Atos. Concrètement, cela concerne selon Bruno Le Maire "un certain nombre d'activités stratégiques pour la nation française, stratégiques pour notre souveraineté, stratégiques pour notre défense, en matière de cybersécurité, en matière de supercalculateurs, en matière de nucléaire". Sur le plan militaire, Atos détient en effet des contrats que l'État français n'aurait aucun intérêt à voir tomber dans l'escarcelle d'entreprises étrangères.

Le géant travaille notamment avec Dassault, le constructeur militaire français des Rafale, dont l'armée française compte de nombreux modèles dans ses hangars, pour sécuriser leurs communications. Toujours sur le plan militaire, Atos a aussi conçu une technologie, le système C4I, permettant aux militaires engagés dans un conflit de consulter une carte du champ de bataille actualisée en temps réel. Il dispose aussi d'un savoir-faire certain dans la protection des échanges informatiques pour l'armée de l'air ou la marine française, tout comme concernant la dissuasion nucléaire. Tant de spécialités à ne pas laisser échapper pour le pouvoir français.

Un colosse en grande difficulté financière

Si l'État en vient à vouloir reprendre à Atos certaines de ses activités les plus cruciales stratégiquement, c'est d'abord en raison de la mauvaise santé financière du groupe. Ce vendredi, le groupe a fait le point sur ses difficultés économiques, quelques heures après la confirmation de Bruno Le Maire des intentions du gouvernement. Résultat : une dette de 5 milliards d'euros à éponger en urgence. D'où l'intervention des créanciers, dont l'offre n'a pas encore été détaillée. 

Atos dit vouloir la réduire de 3,2 milliards d'euros, notamment en la convertissant en actions. La compagnie quantifie par ailleurs ses besoins d'argent frais à injecter pour son exercice à 1,2 milliard d'euros. Ses mauvais résultats financiers au premier trimestre 2024, avec un bilan inférieur à celui attendu, a aggravé ces estimations. Le souhait d'intervention de l'État a donc été accueilli avec "satisfaction" par Atos. En bien mauvaise posture, la firme voit dans cette probable opération une action qui "protègerait les impératifs stratégiques de souveraineté de l'État".

Un partenaire-clé pour les Jeux olympiques

À moins de 90 jours du début de la compétition, Atos reste en tout cas un partenaire important dans l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris cet été. L'entreprise a été chargée d'assurer la cybersécurité de l'événement, dont les systèmes informatiques pourraient faire face à de nombreuses menaces durant les Jeux. Elle sera ainsi chargée d'anticiper ces possibles attaques, de protéger de la fuite de données sensibles ou encore de prévenir la fraude en ligne. 


Theodore AZOUZE

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