Brexit : goodbye United Kingdom

Ce que le Brexit va changer dans notre quotidien

Cédric Ingrand
Publié le 1 janvier 2021 à 8h47, mis à jour le 1 janvier 2021 à 10h44
JT Perso

Source : La Matinale LCI

L'essentiel

FORMALITÉS - Si en évitant un "No Deal", le divorce entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne s'est fait à l'amiable, de nouvelles règles et de nouvelles barrières réglementaires sont en vigueur depuis ce jeudi minuit.

C'était là tout l'enjeu de l'accord : préserver un commerce simplifié entre l'Union Européenne et son désormais ex-pays membre, sans pour autant donner au Royaume-Uni les droits d'un pays membre, dont il n'aurait plus les obligations. Si les conséquences du Brexit, officiel depuis minuit dans cette nuit de jeudi à vendredi, toucheront surtout les entreprises et les échanges trans-Manche, une série de changements va immédiatement affecter tous ceux qui visitent le Royaume-Uni, veulent y émigrer ou y poursuivre des études. De nouvelles règles qui font de notre voisin un pays toujours aussi proche, mais un peu plus étranger qu'avant.

Commercer

C'est l'essentiel du contenu du traité annoncé le 24 décembre, difficile de rentrer dans la myriade de détails prévus pour chaque type de commerce, d'entreprises, ou de produits dont les échanges vont être affectés par les conséquences du Brexit. Dans les grandes lignes, la fin de la libre circulation des biens et des services aura des répercussions profondes, mais moins sévères que n'auraient été celles d'un "No Deal" Brexit. Et si le principe d'un commerce sans taxes et sans quotas est au cœur du traité, ces échanges ne se feront plus sans friction. Les contrôles douaniers vont ainsi faire leurs retours aux frontières, dans les deux sens, tant pour vérifier les biens entrant au Royaume-Uni que la conformité de ce que le pays exportera vers l'UE.

Nombre de services sont aussi affectés par le Brexit, comme les services bancaires et financiers, qui ne bénéficieront plus du "Passeport Européen des Services Financiers" qui permettait jusque-là aux entreprises du secteur d'opérer dans tous les pays de l'UE.

Dans les heures qui ont suivi l'annonce de l'accord, la Commission Européenne a publié sur son site web et sur les réseaux sociaux plusieurs résumés et plusieurs tableaux de bords des changements qui auront un impact sur le commerce avec le Royaume-Uni. Autant de choses qui restent d'ailleurs conditionnés à la validation du traité, tant par le parlement britannique que par les pays membres de l'UE.

Voyager

C'est peut-être là que les changements seront les plus immédiatement perceptibles. Si le Royaume-Uni n'a jamais fait partie de l'espace Schengen, et a donc toujours conservé des contrôles à ses frontières, la sortie de l'UE va rendre ces derniers plus sévères. C'en est ainsi fini de la liberté de circulation, retour à la situation d'avant 1973 et à un système de visas touristiques, un peu comme pour les États-Unis, avec là aussi une exception pour tous les séjours de moins de 90 jours par période de six mois. Au 1er janvier prochain, vous pourrez encore vous présenter à une des frontières du Royaume-Uni muni de votre carte d'identité, mais attention, à partir d'octobre 2021, celle-ci ne sera plus acceptée, il vous faudra obligatoirement être pourvu d'un passeport en cours de validité. À noter : votre animal de compagnie pourrait devoir en passer par une quarantaine, le passeport pour animaux de l'UE n'étant plus reconnu outre-Manche.

Autre détail d'importance, qui concerne lui votre smartphone : la fin des frais d'itinérance, le fameux "roaming" qui permet depuis juin 2017 de rester connecté aux réseaux mobiles des pays de l'UE sans supplément sur sa facture mensuelle, ne concernera plus le Royaume-Uni à compter du 1er janvier. Tout au plus, selon les négociateurs anglais, l'accord contient-il des mesures "encourageant la coopération et la promotion de tarifs justes et transparents pour l'itinérance".

VIDÉO LCI PLAY - Goodbye Europe ! Le Brexit, c'est enfin fini !Source : Sujet Digital LCI
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En prévision du Brexit, le parlement de Westminster a déjà voté une loi limitant les surfacturations pour les Britanniques visitant un pays étranger, mais ces limites ne concernent pas la situation inverse. La balle est donc dans le camp des opérateurs, qui pourraient conclure des marchés bilatéraux avec leurs homologues au Royaume-Uni, pour simplifier la vie de leurs abonnés. Une chose est sûre : avant votre prochain voyage outre-Manche, rapprochez-vous de votre opérateur mobile pour savoir précisément à quels nouveaux tarifs vous pourriez vous exposer.

Enfin, les compagnies aériennes britanniques - dont certaines des low-cost préférées des Français - n'auront plus le droit au 1er janvier d'opérer de vols intra-UE, ou y faisant une escale commerciale. Easyjet par exemple ne pourrait plus opérer un vol Paris-Barcelone, tandis que British Airways ne pourrait plus vendre un Londres-Amsterdam-Tokyo.  Des restrictions qui touchent en fait toutes les compagnies dont le capital n'est pas détenu par des Européens, et concernerait également RyanAir, compagnie irlandaise, mais à capitaux en bonne partie britanniques. Autant de compagnies qui disent être en train de réorganiser leur actionnariat, pour pouvoir continuer à faire parti du "ciel unique" européen.

Travailler

En droite conséquence de la fin de la liberté de circulation, aller travailler à Londres, Manchester ou Liverpool ne sera plus un droit acquis, pour les citoyens européens. À compter de 2021, le Royaume-Uni exigera pour cela un visa de travail, visa qui sera attribué au travers d'un système de points, sur le modèle de ce qui se fait déjà dans des pays comme le Canada ou l'Australie. 

Parmi les choses qui vous feront marquer des points, votre maîtrise de l'anglais, ou encore le fait que votre demande soit appuyée par une offre d'emploi d'une entreprise britannique. Seront privilégiés les emplois les plus qualifiés, mais aussi tous ceux pour lesquels le Royaume-Uni manque de candidats. Des offres d'emploi qui seront aussi un peu plus difficiles à décrocher, dans tous les métiers où les équivalences de diplômes ou de qualifications reconnues dans toute l'UE ne le seront plus, ou plus automatiquement, au Royaume-Uni. Un changement qui concerne les professions médicales, ingénieurs, architectes, entre autres.

Dans tous les cas, la plupart des emplois justifiant le visa devront apporter un revenu supérieur à 25.600 livres par an, soit environ 28.500 euros. Des règles qui ne s'appliquent pas aux citoyens de l'UE déjà installés outre-Manche.

Étudier

Erasmus au Royaume-Uni, c'est fini. Comme Boris Johnson l'a annoncé dès hier, le pays va sortir du programme européen, qui organisait les échanges et le séjour des étudiants dans l'UE, et que Londres avait rejoint en 1987. Désormais, au-delà de six mois d'études outre-Manche, il faudra obligatoirement détenir un visa étudiant. Surtout, le prix des études devrait grimper en flèche, là où Erasmus organisait des frais de scolarité très bon marché pour les étudiants étrangers. Des changements qui concernent dès aujourd'hui  près de 150.000 étudiants européens résidant au Royaume-Uni. 

Pour la suite, le Premier ministre britannique a promis que son pays organiserait "son propre programme mondial d'échanges", baptisé du nom du mathématicien Alan Turing. Un programme dont les contours restent à préciser. 

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