Le député RN Alexandre Loubet s'inquiète d'une future "explosion" de la contribution française au budget de l'UE.
Si une hausse est bien actée en raison du Brexit, d'autres évolutions restent pour l'heure hypothétiques.
Explications.

Trop coûteuse pour les finances françaises, l'Union européenne ? C'est ce que soutient le député RN Alexandre Loubet, qui évoque une "gabegie d'argent public". L'élu relaie un article des Échos et met en garde contre une "explosion du budget de la France versé à l'Union européenne" : 27 milliards d'euros par an en moyenne prévus d'ici à 2027, souligne-t-il, "et potentiellement 2,5 milliards par an en plus pendant 30 ans".

Rappelons d'emblée que la contribution française varie d'année en année, et qu'après avoir atteint 22 milliards d'euros en 2013, elle avait diminué jusqu'en 2017, à 16,3 milliards d'euros, avant de connaître une nette hausse en 2021 et 2022, avec 27,2 puis 26,4 milliards d'euros. 

Un effet du Brexit

La presse n'évoque pas innocemment une hausse prochaine de la contribution française. La Cour des comptes s'est penchée sur le sujet dans des travaux dévoilés le mois dernier. Elle a d'ailleurs formulé "trois recommandations pour mieux suivre les dépenses européennes en France", à prendre en compte pour orienter les politiques publiques et mettre en place des mesures budgétaires.

Avec le départ du Royaume-Uni, la contribution des pays européens (aussi appelée PSR-UE, pour "prélèvement sur recettes en faveur de l'UE") va progresser. Si la France n'est évidemment pas la seule concernée, les montants en jeu sont plus importants que pour d'autres États membres, notre pays étant déjà à l'heure actuelle l'un des plus gros contributeurs. Sur l'ensemble de la période 2023-2027, la hausse totale de la PSR-UE devrait s'établir autour de 6 milliards d'euros.  

Si cette progression était anticipée, un autre point soulevé par "les Sages" demeure plus flou. Il s'agit du remboursement du plan de relance acté à la suite du Covid en 2020, dont le montant global s'élevait à 750 milliards. Cette somme, obtenue à l'époque par le biais d'emprunts, fera l'objet de remboursements sur une période de 30 ans à partir de 2028. Une situation qui suppose de trouver de nouvelles recettes au sein de l'UE. 

Une taxe carbone aux frontières, ou sur les transactions financières, fait partie des pistes envisagées, note le journal Les Échos, tout comme la création d'une "redevance numérique", mais rien n'est encore tranché du côté des Vingt-Sept, qui doivent s'accorder sur les orientations budgétaires à privilégier. Parler d'une future "explosion" budgétaire semble donc quelque peu exagéré ou prématuré à cette heure, puisqu'une partie des hausses futures reste aujourd'hui hypothétique.

Historiquement, la France contribue plus qu'elle ne reçoit

La mise en garde de la Cour des comptes, qui incite le gouvernement à prendre en considération l'évolution de la contribution française au budget de l'UE dans ses politiques, nous rappelle aussi le rôle central joué par la France en Europe. Deuxième pays le plus peuplé derrière l'Allemagne, elle est aussi le deuxième plus important financeur des 27 et un bénéficiaire majeur. L'an passé, TF1info rappelait qu'en 2020, "la France a versé 7,8 milliards de plus qu’elle n’a reçu des institutions européennes". Ce différentiel varie chaque année (il était de 2,8 milliards en 2017), mais le fait que la France donne davantage qu'elle ne reçoit est une constante. Il en va d'ailleurs de même pour l'essentiel des pays d'Europe de l'Ouest.

Cette carte, réalisée par le site Toute l'Europe avec des données de 2018, montre que les contributeurs nets sont surtout en Europe de l'Ouest. Les bénéficiaires nets sont plutôt en Europe centrale et de l'Est.
Cette carte, réalisée par le site Toute l'Europe avec des données de 2018, montre que les contributeurs nets sont surtout en Europe de l'Ouest. Les bénéficiaires nets sont plutôt en Europe centrale et de l'Est. - Toute l'Europe

Faut-il s'émouvoir et dénoncer cette situation ? Oui, selon les élus du RN, mais la Commission européenne invite toutefois à ne pas s'en tenir à des simples calculs comptables pour évaluer l'impact de l'UE. "Le budget européen finance des projets qu’aucun État membre ne pourrait mener seul", insiste-t-elle, "tels qu’ITER, le réacteur expérimental de fusion nucléaire de Cadarache ou Galileo, le GPS européen. Ensemble, on peut faire plus : le budget de l’UE favorise notamment la cohésion économique et sociale entre régions."

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Thomas DESZPOT

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