Camaïeu, San Marina, Celio, André... Comment expliquer la crise du secteur de l'habillement ?

Felicia Sideris
Publié le 29 septembre 2022 à 17h00
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Camaïeu a été placé en liquidation judiciaire ce mercredi par le tribunal de commerce de Lille.
Le nom du géant nordiste du prêt-à-porter s’ajoute à la longue liste d’entreprises en faillite dans le secteur de l’habillement.
On vous explique les raisons de ce déclin.

La liste ne cesse de s'allonger. Et montre peu à peu l'ampleur des difficultés pour un secteur entier. À l'instar de l'industrie textile avant lui, c'est désormais l'habillement qui est malmené. Dernière victime en date, Camaïeu. Devant des salariés en larmes, le tribunal de commerce de Lille a annoncé ce mercredi 28 septembre avoir placé l'enseigne en liquidation judiciaire. 

Une annonce qui arrive quelques jours à peine après qu'un autre tribunal de commerce, celui de Marseille, a décidé de placer en redressement judiciaire l'entreprise San Marina. Avant elles, ce sont Celio, André ou encore La Halle qui ont montré de graves difficultés. Alors que ces grands noms semblaient inamovibles dans le paysage français, comment expliquer cette crise qui ne semble épargner personne ?

"Conséquences" du premier confinement

Le principal argument avancé par Camaïeu, mais aussi par le magasin de vente de chaussures, n'est autre que l'épidémie de Covid-19. Classés comme les autres magasins du secteur comme commerces "non essentiels" lors du premier confinement, ils ont dû garder leurs portes closes…. Tout en payant leur loyer, comme les obligeait un arrêt de la Cour de cassation rendu en juin dernier.  Camaïeu avait ainsi accumulé 240 millions d'euros de dette dont 70 millions pour les seuls loyers impayés pendant la crise sanitaire. Une somme impossible à rembourser pour des entreprises déjà affaiblies par le confinement du printemps. C'est le Covid-19 qui avait d'ailleurs fait vaciller plusieurs enseignes. Celio a été placé en procédure de sauvegarde en 2020 et Pimkie mis en vente cet été. La Halle avait quant à elle demandé à être placée sous la protection d'un tribunal de commerce, avant d'être rachetée par le groupe Beaumanoir. 

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Mais le confinement n'est pas seul responsable d'après les observateurs. L'inflation actuelle joue aussi sur les comportements des consommateurs. "L'augmentation du coût de l'énergie, des loyers et salaires", mais aussi "le remboursement des prêts garantis par l'État (PGE) souscrits pendant la crise du Covid-19" ont provoqué la hausse des prix dans le secteur, comme l'a expliqué à l'AFP Emmanuel Le Roch, délégué général de Procos, fédération du commerce spécialisé. Avec l'augmentation des prix du carburant, du chauffage et de l'alimentation, les Français ne font plus les magasins. Pour preuve, en 2022, il y avait 15% de clients en moins dans les magasins par rapport à 2019, selon les chiffres d'Emmanuel Le Roch. 

Une crise qui dure depuis plusieurs années

Reste que le secteur aurait peut-être pu faire face à ces difficultés... S'il n'était pas dans une crise bien plus structurelle. Tout d'abord, évidemment, à cause de la concurrence des ventes en ligne. Ici, les chiffres parlent d'eux-mêmes. D'après une étude de l'Institut Français de la Mode, un cinquième des ventes de vêtements en 2021 ont eu lieu en ligne, contre seulement 6% il y a douze ans. 

Ensuite, et ce phénomène est lié, c'est le milieu de gamme dans son ensemble qui est en souffrance. "Ces chaines souffrent d'un rapport qualité-prix défavorable", comme l'a expliqué Yves Marin, spécialiste de la grande consommation, au micro de TF1. Pris en étau entre la "fast fashion" disponible en ligne – voir "l'ultra fast fashion" comme la marque Shein pour les plus jeunes – et une offre plus haut-de-gamme qui attire la clientèle en boutique, cette tendance de l'habillement peine à se faire sa place.

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C'est donc un panel de raisons, certaines structurelles, d'autres plus circonstancielles, qui expliquent les difficultés du secteur de l’habillement. Au détriment des salariés.  Avec son placement en liquidation judiciaire, ce sont les 514 magasins Camaïeu et 2600 salariés qui perdent leur emploi.


Felicia Sideris

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