Plusieurs grands exportateurs pétroliers ont surpris les marchés en annonçant dimanche réduire leur production dès le mois de mai.
Dans la foulée, le prix de l'or noir a bondi.
Une hausse dont les répercussions devraient très bientôt se ressentir à la pompe en France, sans pour autant entraîner de flambée des tarifs ni de pénuries de carburants, selon les experts.

Il n'aura pas fallu attendre longtemps avant que les prix du pétrole s'envolent. Au lendemain de l'annonce surprise par huit pays exportateurs d'une coupe drastique de leur production dès le mois prochain, les tarifs du baril de brut ont bondi de plus de 6%. "Pour les producteurs, il y a la volonté de ne pas laisser durablement le prix du baril sous les 80$, ce qui était le cas depuis la mi-mars, pour assurer l’équilibre budgétaire de nombre d'entre eux", analyse auprès de TF1info Patrice Geoffron, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine. 

Après la crise bancaire survenue le mois dernier, le baril avait en effet chuté jusqu'à 70$ au plus bas, mais il est désormais remonté ce mardi matin à 86$, retrouvant ses niveaux du début d'année, explique Olivier Gantois, président du syndicat des entreprises pétrolières (Ufip). Et cette hausse devrait être répercutée à la pompe en France sous quelques jours seulement, alors même que le prix des carburants est déjà en augmentation ces dernières semaines

"Une hausse de trois à cinq centimes à la pompe"

Le cours des produits finis, coté au marché de Rotterdam en Europe, se calque en général sur celui du pétrole brut et commence déjà à monter, explique le spécialiste. "La hausse devrait se poursuivre cette semaine. Certains acteurs comme la grande distribution achètent directement à ce prix, donc la répercussion à la pompe se fera très rapidement : on peut attendre une hausse de trois à cinq centimes à la pompe d'ici la fin de la semaine", déroule-t-il. 

À une échéance un peu plus lointaine, la majoration de quelque 6% du brut "correspond à une augmentation de 2% environ à la pompe pour le gazole d’ici deux à trois semaines, pour une répercussion complète", explique Carine Sebi, professeur titulaire de la Chaire Energy for Society à Grenoble Ecole de Management, se référant à des études de la Banque de France. Selon l'institution, "une hausse de 1% du prix du gazole raffiné importé se traduit in fine par une hausse de 0,75% du prix HT et de 0,3% du prix TTC du gazole à la pompe en France", un "ajustement progressif mais rapide"

Il ne faut pas pour autant s'attendre à une flambée des prix, d'une part parce que l'augmentation du prix du baril elle-même reste "contenue", selon l'Ufip, et d'autre part grâce au rôle d'amortisseur que jouent les taxes sur les carburants. Celles-ci représentent plus de la moitié du prix final de l'essence et du gazole à la pompe. "Lorsque le prix du brut et des produits finis évolue, ce changement ne se répercute donc que sur la moitié du tarif du produit à la pompe. L'impact sur le prix final est ainsi limité, que ce soit à la hausse comme à la baisse", déroule le président de l'Ufip. "Les prix vont quand même augmenter, mais pas de la même ampleur que le prix du baril", abonde Carine Sebi.

Peu de risques de pénuries d'approvisionnement

Quant à l'approvisionnement des stations elles-mêmes, d'ici la fin de l'année le volume laissé sous terre sera "d'environ 1,66 million de barils quotidiens", a précisé l'Opep+, qui réunit l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires. La demande mondiale grimpe en général à quelque 100 millions de barils par jour. Mais pour l'Ufip, il ne faut pas pour autant craindre des pénuries. "Les producteurs veulent surtout créer un effet d'annonce, par crainte que la demande ne baisse. Il y aura des coupes effectives, mais pas sûr qu'elles restent dans les proportions avancées", tempère Olivier Gantois. 

Les producteurs continuent d'ajuster leur offre : si la demande redémarre, sous l'effet par exemple de la reprise industrielle en Chine après la levée des restrictions sanitaires, ils devraient répondre aux besoins. Par ailleurs, l'expert note "un certain délai entre l'annonce et la conséquence sur l'approvisionnement, qui ne change pas du jour au lendemain".

Peu de risques donc que ces annonces viennent aggraver à l'avenir la situation des stations-service françaises, dont 11% étaient encore touchées lundi par des difficultés sur au moins un carburant, suite au mouvement social contre la réforme des retraites. La situation est d'ailleurs en train de s'améliorer sur ce front, puisque les problèmes d'approvisionnement en Île-de-France "devraient commencer à se résorber dès cette semaine", glisse le patron de l'Ufip. 

Les incertitudes continuent tout de même de peser sur les mois à venir : l'évolution du prix du pétrole est difficile à anticiper. "Plus l’Opep diminuera sa production, plus il sera difficile de convaincre ses membres de faire des efforts pour éviter de nouvelles augmentations. En outre, il y a aussi des craintes de voir la demande baisser, du fait des perturbations résultant de la guerre en Ukraine, des risques bancaires...", liste Patrice Geoffron. "Bref, il y a autant de facteurs qui pourraient conduire le prix du baril vers 100$, que vers 60$", résume le spécialiste. 


Maëlane LOAËC

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