Le gouvernement a décidé d'autoriser la vente de carburant à perte à compter de début décembre.
Les distributeurs pourront donc vendre essence et gazole à des prix moins élevés que leur coût d'achat.
Les stations-service indépendantes, dont la survie dépend de ces marges, craignent le pire.

Comment diminuer les prix des carburants, qui atteignent des sommets depuis plusieurs semaines ? Pour endiguer la hausse, le gouvernement a décidé d'autoriser les distributeurs à vendre essence et gazole à perte - c'est-à-dire à des prix moins élevés que leur coût d'achat - à compter du début du mois de décembre, si le texte de loi est adopté.

Les stations-service indépendantes, elles, tirent la sonnette d'alarme. En France, environ un tiers des 10.000 à 11.000 stations sont gérées par TotalEnergies, et une moitié ont une enseigne de la grande distribution. Les autres sont indépendantes : leur chiffre d'affaires dépend en bonne partie des marges réalisées sur les carburants.

"Nous ne pourrons pas faire la course"

"J'ai appris avec effroi que certains qui auraient les moyens pourraient vendre en dessous de leur prix d'achat", réagit sur LCI Francis Pousse, président du syndicat professionnel Mobilians, représentant 5800 stations-service hors grandes surfaces (voir vidéo en tête de cet article). "Chez nous, ce n'est absolument pas possible", car certaines stations indépendantes réalisent plus de la moitié de leur marge brute avec l'essence et le gazole. Pour elles, vendre à perte reviendrait à mettre peu à peu la clé sous la porte.

Les grandes et moyennes surfaces, elles, sont beaucoup moins dépendantes de la vente de carburants, en raison de la diversité de leur offre. Ces dernières semaines, elles ont d'ailleurs multiplié les opérations de vente à prix coûtant. Ce que ne peuvent pas se permettre les stations indépendantes, déstabilisées. "Nous faisons une à deux centimes de marge nette" par litre vendu, poursuit le représentant des stations indépendantes. "Nous ne pourrons pas faire la course. Déjà, nous n'avons jamais pu faire de prix coûtants, alors raison de plus pour ne pas faire des ventes à perte."

Forcément, les indépendants craignent une fuite de leurs clients vers les grands groupes. "Les consommateurs vont évidemment aller chercher le moins cher", regrette Francis Pousse auprès de franceinfo. Selon lui, il pourrait exister des différences de "10, 20 ou 30 centimes" le litre entre les stations. "Je suis très, très inquiet pour le devenir de mes stations. Si demain, tout le monde dégaine ses meilleurs prix, dans le mois qui suit, nous allons commencer à avoir de graves problèmes."

L'inquiétude du secteur semble être remontée jusqu'aux oreilles du gouvernement. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, doit s'entretenir ce lundi après-midi avec le syndicat Mobilians à ce sujet.


Idèr NABILI

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