Covid-19 : le défi de la vaccination

Covid-19 : Sanofi pressé de toutes parts de produire les vaccins des autres

Cédric Ingrand
Publié le 26 janvier 2021 à 17h28
Logo du groupe pharmaceutique Sanofi, novembre 2018

Logo du groupe pharmaceutique Sanofi, novembre 2018

Source : ERIC PIERMONT / AFP

EFFORT DE GUERRE - En attendant que ses propres vaccins contre le Covid-19 n'aboutisse, le géant Français pourrait bien mettre à profit son outil industriel pour produire les doses de vaccins concurrents.

Produire plus, plus vite, au plus près de là où le vaccin sera délivré. Pour Pfizer/BioNTech et Moderna, dont les vaccins sont déjà distribués, c'est une course industrielle qui est en train de se jouer : trouver partout dans le monde des partenaires industriels capables de prendre en charge tout ou partie de la fabrication de leur vaccin, pour supplémenter leurs propres capacités de production. Une question qui se pose tant pour accélérer la livraison des vaccins là où ils ont déjà été achetés, que pour les proposer à d'autres pays, et les y livrer plus vite, ou en simplifiant la chaîne logistique.

Une bonne nouvelle pour la disponibilité des vaccins, mais pas une première pour autant : dans le médicament, la fabrication sous licence et les coopérations industrielles sont plutôt la règle que l'exception. Ainsi, s'il n'y a pas encore de vaccin 100% français, il y a déjà du "made in France" :  en Normandie, le sous-traitant pharmaceutique français Delpharm avait annoncé dès le mois de novembre qu'il produirait une partie des vaccins contre le Covid-19 de Pfizer et BioNTech. L'usine de son homologue Recipharm doit quant à elle produire le vaccin Moderna dès la fin du mois de février.

Mais il n'y a pas qu'une logique industrielle et commerciale qui pousse les laboratoires à la coopération. Il y a aussi des clients, en l'occurrence des États, qui ont un intérêt de santé publique - mais aussi politique - à faire accélérer la production de ces vaccins, quand chaque préachat de centaines de millions de doses sur l'année écoulée tenait du pari sur l'avenir. Si chez nous les contrats sont européens, la France verrait bien son champion local mettre à profit certaines de ses infrastructures pour aider ses concurrents, en attendant que son propre vaccin ne soit prêt à être distribué. 

Comme le dit Agnès Pannier-Runacher, deux laboratoires ont déjà été approchés. Si côté Sanofi on se borne à évoquer une réflexion "très préliminaire", le laboratoire évaluant "en particulier la faisabilité technique d'effectuer temporairement certaines étapes de fabrication pour soutenir d'autres fabricants de vaccins Covid-19", il ne nomme pas les deux partenaires potentiels... une pudeur que n'a pas la ministre, qui parle elle de Pfizer et son vaccin à ARN messager, et de celui de Janssen, filiale de Johnson&Johnson. Signe particulier de ce dernier : c'est un vaccin classique, qui n'a pas les exigences de stockage au froid des vaccins à ARN modifié, il pourrait donc être administré comme le serait un vaccin antigrippal, chez les médecins de famille, en pharmacie, ou par une infirmière à domicile. Surtout, atout majeur, le vaccin de Janssen serait le premier à protéger du Covid-19 avec une seule injection.

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Si l'urgence accélère les choses, la collaboration d'un Sanofi avec ses concurrents et néanmoins confrères ne se fera pas du jour au lendemain. Si les lignes de production du vaccin antigrippal semblent être de bonnes candidates à une coopération éventuelle, les transferts de technologie pourraient prendre trois à cinq mois au moins. Et comme le précisait ces jours derniers le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, même produits en France, ces vaccins entreront dans le quota de vaccins commandés par l'Union Européenne, et ne s'ajouteront pas à la quote-part française. Ils pourraient en revanche en accélérer significativement la livraison.


Cédric Ingrand

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