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La France est-elle vraiment le pays d'Europe où l'électricité coûte le plus cher ?

Publié le 19 décembre 2022 à 17h57

Source : JT 13h Semaine

Des cartes partagées en ligne désignent la France comme étant le pays où l'électricité est la plus chère.
Il faut s'en méfier, car les prix sont ceux du marché de gros et ne représentent pas ce que paient réellement les consommateurs.
Le gouvernement a annoncé des hausses pour 2023, mais le bouclier tarifaire se verra prolongé.

Depuis plusieurs semaines, la question de la production d'énergie revient de manière régulière dans les débats. Faudra-t-il effectuer des coupures ciblées ? Le redémarrage de certaines centrales à l'arrêt va-t-il permettre d'augmenter nos capacités de production ? 

En marge de ces interrogations, l'un des enjeux majeurs sera aussi le prix. Et dans ce domaine, des internautes assurent que la France est la plus mal lotie en Europe. Une carte, relayée plus de 10.000 fois, montre que "la France a maintenant l’électricité la plus chère de l’UE". Une photographie trompeuse du marché, qui ne se traduit pas de la même manière sur la facture des consommateurs.

Les prix affichés montrent le marché de gros

Il faut se montrer vigilant à la lecture des messages qui indiquent que les prix de l'énergie en France sont les plus élevés de toute l'UE. Si la carte qui est ici prise pour preuve n'est pas fausse, elle ne présente pas les tarifs qui sont ceux facturés aux consommateurs. Les valeurs indiquées sont celles observées sur ce que l'on nomme le marché de gros. RTE, le responsable du réseau public de transport d'électricité haute tension en France métropolitaine, en assure un suivi "heure par heure" et souligne que l'on observe d'importantes variations. changement toutes les heures. Les fournisseurs d'énergie s'approvisionnent sur ce marché, ajoute RTE, ainsi que "les grosses industries qui consomment beaucoup d'électricité".

Ce lundi, sur le marché de gros, c'est en Suisse, dans le Nord de l'Italie ou en Autriche que les prix de l'électricité sont les plus élevés. Grâce à un outil développé par RTE et qui présente des données en temps, Eco2mix, il est possible de consulter les variations des tarifs sur le marché de gros à travers le temps.

Capture écran RTE

Il y a quelques mois, TF1info rappelait que les consommateurs français sont protégés des variations de prix grâce à ce que l'on nomme le "tarifs réglementés de vente" (TRV). Il s'agit de montants décidés par la Commission de régulation de l'énergie et qui font l'objet d'une réévaluation tous les ans, en février.  Ces TRV sont fixés "en fonction des différents coûts d’un fournisseur type" tout en garantissant une libre concurrence par les offres de marché. Les tarifs réglementés de vente de l’électricité sont "commercialisés uniquement par les fournisseurs dits 'historiques' : EDF et les entreprises locales de distribution (environ 150 sur le territoire)", glisse le ministère de la Transition écologique. Une réévaluation unique chaque année qui permet une plus grande résilience vis-à-vis des fluctuations observées sur les marchés de l'énergie.

Pour mieux visualiser les montants réellement payés par les consommateurs dans les différents pays, c'est vers les données d'Eurostat qu'il faut se tourner. L'institut de la statistique propose des comparatifs portant sur le premier semestre 2022, et qui montrent que la France n'est pas le pays où l'on paie son électricité le plus cher, loin de là.

Les Vérificateurs / TF1info

La carte ci-dessus (accessible ici en version interactive) montre qu'au premier semestre, c'est en Grèce que les montants du kilowattheure étaient les plus élevés. Chez nos voisins et partenaires directs, en Allemagne, Espagne, Italie ou encore en Belgique, les factures sont plus élevées. En revanche, les particuliers qui résident dans les pays des Balkans apparaissent comme ceux bénéficiant de l'électricité la moins onéreuse.

Si la France s'en tire plutôt bien à l'échelle de l'UE, cela s'explique en grande partie par le fait qu'elle ait instauré un "bouclier tarifaire". Ce dispositif, dont le gouvernement a annoncé le renouvellement pour 2023, va permettre d'éviter une flambée des prix. Si une hausse est bel et bien prévue à partir de février 2023, elle ne sera "que" de 15%, soit assez nettement inférieure aux augmentations des prix de l'énergie constatées sur le marché de gros.

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Thomas DESZPOT

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