Les agences Fitch et Moody's rendent ce vendredi 26 avril leur verdict sur la note de la dette de la France.
Face aux perspectives économiques revues à la baisse, elles pourraient décider de rétrograder la note d'un cran.
Une baisse aurait-elle vraiment des conséquences ? TF1info fait le point.

Le couperet va tomber sur la France. Ce vendredi 26 avril, Fitch et Moody's, deux des principales agences de notation, vont rendre leur verdict : comment la dette du pays est-elle évaluée ? Actuellement, les deux agences considèrent la France respectivement au niveau AA- et Aa2, avec perspective "stable", des notes supérieures à la plupart de nos voisins. Mais les dernières données n'incitent pas à l'optimisme, le gouvernement ayant revu ses prévisions économiques à la baisse jusqu'à la fin du quinquennat, et dégainé un plan imprévu d'économies de plusieurs dizaines de milliards d'euros.

Dès lors, le spectre d'une dégradation de la note souveraine refait surface. D'autant que le montant de la dette est désormais supérieur à 3000 milliards d'euros, représentant 110,6% du PIB en 2023 (112,3% selon les prévisions pour 2024). Trois options s'offrent à ces agences de notation : conserver la note actuelle, faisant ainsi confiance au gouvernement pour remettre la France dans le vert, abaisser la perspective de "stable" à "négative", un moindre mal, ou diminuer la note, la sentence la plus rude.

Une décision plutôt neutre économiquement...

D'un point de vue économique, les conséquences d'une dégradation de la note sur les finances du pays seraient faibles, voire inexistantes. Jusqu'ici, la notation de la France est équivalente à un "18 sur 20", indique à TF1info Éric Heyer, directeur du département "Analyse et prévisions" à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). "Une baisse, ce serait 17 sur 20. Cela reste une zone de dette dite de 'haute qualité'."

En ce sens, "cela ne changera rien", affirme Éric Heyer. "Les investisseurs recherchent de la haute qualité et souhaitent diversifier la monnaie pour ne pas tout mettre en dollars", explique-t-il. "Il y a d'autres pays à la dette de 'haute qualité' en euros, comme l'Allemagne, les Pays-Bas ou l'Autriche. Ces pays sont mieux notés que nous, mais n'émettent que peu de dette. Dès qu'un investisseur veut de la haute qualité en euros, il achète donc de la dette française. Certes, ce n'est pas bon d'être dégradé, c'est un mauvais signal, mais les marchés financiers s'en contrefichent. La demande pour la dette française va rester très élevée."

...plus compliquée politiquement

En revanche, une dégradation de la note de la France représenterait tout de même un coup dur pour le gouvernement, à un mois et demi des élections européennes pour lesquelles la liste de la majorité patine dans les sondages. "Le seul risque est politique", analyse Éric Heyer. "Les oppositions vont expliquer que la France court à la catastrophe et que ce ne sont pas elles qui le disent, mais les agences de notation."

Une aubaine pour les forces politiques... qui pourrait tout de même influer sur la politique économique du gouvernement. "Le gouvernement a déjà changé de cap", observe l'économiste. "Il a indiqué que nous entrions dans une phase de rigueur budgétaire avec des annonces de milliards d'euros d'économies", 40 au total en 2024 et 2025. "Une dégradation signifierait-elle encore plus d'économies ? C'est surtout cela le danger. Ce serait dommageable."


Idèr NABILI

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