Céréales ukrainiennes : quelles conséquences sur les prix après le retrait russe ?

Publié le 18 juillet 2023 à 15h23

Source : JT 20h Semaine

L'accord entre la Russie et l'Ukraine sur les exportations de céréales a pris fin dans la nuit de lundi à mardi.
Moscou refuse de le prolonger tant que ses exigences n'ont pas été écoutées.
Quelles peuvent être les conséquences de cette décision sur les prix ?

C'est un accord vieux d'un an qui s'est terminé ces dernières heures. Le 22 juillet 2022, Russie et Ukraine signaient, sous l'égide des Nations unies et de la Turquie, un texte garantissant l'exportation sécurisée des céréales ukrainiennes via la mer Noire. Prolongé à plusieurs reprises, il a pris fin dans la nuit de lundi 17 à mardi 18 juillet. Il a permis de sortir 33 millions de tonnes de grains d'Ukraine, mais pas un de plus, car la Russie a souhaité y mettre un terme tant que ses exigences ne sont pas remplies (en particulier concernant ses propres exportations de nourriture et d'engrais).

Cette décision pourrait entraîner plusieurs conséquences. Y compris sur l'économie. Ce qu'a immédiatement dénoncé le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, lundi soir. Le choix de Moscou de se servir "de la nourriture comme d'une arme [...] va compliquer l'acheminement d'aliments dans les endroits qui en ont désespérément besoin et entraîner une hausse des prix", a-t-il prévenu. Qu'en est-il ?

Peu de changements à court terme...

Pour l'heure, le cours du blé conserve sa relative stabilité, malgré la fin des exportations. "C'est une période calme sur les marchés, qui ont très peu réagi à la suspension de l'accord", explique Gautier Le Molgat, analyste au cabinet Agritel, auprès de l'AFP. Le cours du blé a ainsi augmenté de moins de 1%, à 232 euros la tonne ce mardi, très loin des 369 euros la tonne atteints en mai 2022.

Une situation qui s'explique par un poids moins important des céréales ukrainiennes sur le marché mondial. En deux ans, leur production a diminué presque de moitié, d'après les estimations du ministère américain de l'Agriculture. "La guerre a fortement réduit le potentiel de production, et donc d'exportation, de l'Ukraine", analyse auprès de TF1info Marine Raffray, économiste aux Chambres d'agriculture de France. "Que ce soit sur le blé, le maïs, le tournesol ou le colza - les principales cultures ukrainiennes -, une part des surfaces agricoles est impropre à la production suite au conflit."

L'impact de la fin de l'accord est également atténué par l'actuelle période de récolte que connaissent les pays de l'hémisphère nord. "Les marchés avaient anticipé le risque de non-reconduction", poursuit Marine Raffray. "D'autres pays sont aptes à prendre la place de l'Ukraine, puisque la récolte s'annonce bonne dans de nombreuses zones du monde. La France s'achemine par exemple vers un très bon niveau de récolte sur le blé." Et les céréales ukrainiennes, elles, peuvent toujours partir à l'export via quelques solutions alternatives, certes moins capacitaires, comme le ferroviaire.

... mais des inquiétudes plus lointaines

Toutefois, si la Russie ne change pas d'avis, l'accalmie sur les cours pourrait ne pas durer. "Une fermeture durable du corridor aura un impact sur l'inflation alimentaire", prévient Olia Tayeb Cherif, responsable d'études au sein de la Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde (Farm), auprès de l'AFP. Ce que confirme Marine Raffray. "À plus long terme, peut-être connaitrons-nous un nouvel emballement", indique-t-elle. "Nul ne peut statuer sur la manière dont la Russie va réagir dans les prochains mois."

L'Ukraine pourra-t-elle poursuivre ses exportations via d'autres canaux ? La production mondiale sera-t-elle toujours suffisamment bonne pour répondre à la demande de la planète ? Autant d'incertitudes capables d'alimenter une hausse des cours. "D'autant que la place de la Russie sur les marchés agricoles - dont les engrais - a continué sa progression depuis le début du conflit", rappelle l'économiste. "La capacité d'influence de Moscou sur les prix augmente. Sur le moyen et long terme, cela va jouer."


Idèr NABILI

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