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Plus de travail ou chômage constant ? Quel bilan d'Emmanuel Macron pour l’emploi ?

Caroline Quevrain
Publié le 13 avril 2022 à 19h06, mis à jour le 14 avril 2022 à 17h52
JT Perso

Source : TF1 Info

Le gouvernement met en avant la création d’un million d’emplois.
De son côté, Marine Le Pen maintient qu’il y a autant de chômeurs qu’avant.
Qui dit vrai et quelle est la situation du marché du travail en France ?

À une dizaine de jours du second tour, le bilan d’Emmanuel Macron est autant vanté par ses alliés que critiqué par le camp adverse du RN. Sur le sujet de l’emploi, des chiffres divers, et parfois contradictoires, ont pu être mis en avant. Dernièrement, le gouvernement insiste sur la création d’un million d’emplois depuis cinq ans, tandis que Marine Le Pen lui rétorque qu’il y a autant de chômeurs qu’en 2017. Derrière ces chiffres, des surestimations et différentes interprétations. Mais un constat global ; celui d’une amélioration sur le marché du travail. Explications.

"On a créé un million d’emplois" sous le quinquennat : après Bruno Le Maire, c’est au tour de Gérald Darmanin de brandir ce chiffre faisant office de bilan. Et c’est quasiment le cas, d’après l’Insee. Au deuxième trimestre 2017, au moment où Emmanuel Macron a été élu, on comptait 24,94 millions d’emplois salariés en France. Au dernier trimestre 2021, on en dénombre 25,89 millions dans le pays. Entre ces deux périodes, plus de 950.000 emplois salariés ont donc été créés, un chiffre proche de celui évoqué par le gouvernement. 

Moins de chômeurs qu'en 2017

De son côté, Marine Le Pen met en avant les chiffres du chômage et assure que le nombre de chômeurs est identique à il y a cinq ans : "Il y a 5, 7 millions de chômeurs en France, autant que quand Emmanuel Macron a été élu, et ça n’est pas de leur faute. C’est parce que la politique économique qui a été menée dans le pays est une mauvaise politique économique". La candidate renvoie ici aux statistiques de Pôle emploi. En effet, 5,65 millions de personnes étaient inscrites auprès de l’organisme au dernier trimestre 2021 dans les catégories A (aucune activité), B (activité réduite de moins de 78 heures) et C (activité réduite de plus de 78 heures). Plus de quatre ans plus tôt, au deuxième trimestre 2017, elles étaient 5,86 millions à être inscrites à Pôle emploi. 

Demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi, Catégorie A, ABC - France métropolitaine Du 1er trimestre 2017 au 4e trimestre 2021 - Pôle emploi -Dares

En évoquant ces plus de 5,7 millions de chômeurs, Marine Le Pen intègre donc les demandeurs d’emploi qui ont une activité réduite. Ce qui n'est pas forcément le cas : l'Insee, au sens du Bureau International du Travail (BIT), retient seulement ceux n'ayant pas travaillé du tout la semaine de référence et recherchant activement un emploi. Au total, cela concerne en 2021 2,3 millions de personnes… contre 2,8 en 2017. La candidate intègre aussi à son calcul les Outre-mer (sauf Mayotte, faute de données chez Pôle emploi). Souvent, les données sur le chômage ne renvoient qu’à la France métropolitaine. Mais elle se trompe en affirmant que les chômeurs sont aussi nombreux aujourd’hui qu’à l’élection d’Emmanuel Macron : sur les catégories A, B et C, ils sont 210.000 de moins entre la mi-2017 et la fin 2021. 

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Maintenant, comment expliquer que la création de quasiment un million d’emplois ne réduise pas plus le nombre de chômeurs en France ? Pour Matthieu Plane, directeur adjoint du département analyses et prévisions de l’OFCE, les deux chiffres avancés par chaque camp "sont réconciliables". Il serait en fait logique que le chômage baisse moins que l’emploi : "La population active (les personnes en emploi et les chômeurs, ndlr) augmente. Cela veut dire que pour maintenir le chômage constant, il faut créer des emplois. Une création d’emploi ne va pas faire forcément un chômeur en moins". 

Les chômeurs sont donc moins nombreux qu’il y a cinq ans, mais qui cette baisse concerne-t-elle ? Plutôt ceux sans aucune activité, et donc les plus éloignés de l’emploi, constate Matthieu Plane : "Si on regarde les catégories A, qui ne travaillent pas du tout, de mai 2017 à février 2022, on en a 527.000 en moins. Si on inclut les catégories B et C, qui travaillent, ça baisse de 349.000. En fait, les catégories B sont 5000 de plus et les catégories C sont 188.000 en plus". 

Hausse de l'intérim en 5 ans

Pour interroger la précarité du monde du travail, les données brutes ne suffisent pas. Il faut s’intéresser à d’autres indicateurs, comme le sous-emploi qui concerne ces personnes en recherche d’emploi, qui travaillent à temps partiel mais qui aimeraient travailler plus. En d’autres termes, celles qui "subissent" ce temps partiel. Elles représentent aujourd’hui 1,4 million de personnes, soit 426.000 de moins qu’au début du quinquennat, d’après l’Insee. "Si le chômage baisse et que le sous-emploi baisse aussi, c’est une bonne nouvelle", estime encore l’économiste de l’OCDE. "Globalement, on assiste à une amélioration réelle du marché du travail."

Malgré tout, des indicateurs montrent une précarité de l’emploi qui persiste. Comme le halo du chômage : cette catégorie, qui désigne les plus éloignés du marché du travail, n’a quasiment pas varié depuis le début du quinquennat (1,9 million de personnes). Ou encore, l’intérim qui a augmenté de 3 à 3,2% dans la part de l’emploi en France, soit 77.000 contrats intérimaires supplémentaires en cinq ans. 

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