SOLIDARITÉ - A compter de jeudi, le e-commerce comptera un nouvel acteur quelque peu inattendu. Le mouvement Emmaüs lance en effet un site de vente en ligne des objets dont on lui fait don et qu’il reconditionne. Explications.

C'est une petite révolution pour le mouvement créé par l’Abbé Pierre il y a plus de 65 ans. Jeudi, Emmaüs lancera une plateforme de vente en ligne des objets que ses centres récupèrent auprès des généreux donateurs. Meubles, vêtements, objets de déco, smartphones… Pas moins de 3.000 objets seront ainsi mis à la vente dès le 8 décembre sur le site label-emmaus.co.

 "L’ambition est de proposer sur Internet une véritable alternative aux sites marchands classiques, en portant les valeurs du mouvement Emmaüs : une deuxième vie pour les objets, une seconde chance pour les hommes !", annonce ainsi le communiqué de la fédération, confrontée ces dernières années à une forme de concurrence des sites de commerce en ligne ou de petites annonces, tels que Le Bon Coin. Si le volume d’objets récupérés par les centres n’a pas diminué, en revanche, la qualité des biens qui lui sont donnés, elle, est en recul.

Un projet ambitieux

Entre les dons d’objets vintage ou de vêtements de marque, notamment, et le reconditionnement d’objets par les compagnons d’Emmaüs, le mouvement a de quoi attirer les acheteurs motivés par un acte solidaire. Les recettes générées par ces ventes seront en effet exclusivement réinjectées dans l’activité d’Emmaüs. Pour le moment, seule une vingtaine de centres participe au projet, sur les 350 que compte le mouvement en France. De quoi permettre à terme de développer le nombre d’objets proposés sur le site.  

Et le mouvement nourrit des ambitions au regard des moyens investis : pas moins de 500.000 euros. Une start-up a ainsi été créée afin de gérer l’aspect logistique du projet, que ce soit au niveau de la sécurisation des paiements en ligne ou des liens avec les transporteurs. Ainsi, les internautes pourront soit se déplacer dans les centres Emmaüs pour récupérer les objets achetés, soit se les faire envoyer. Des studios photo ont également été créés pour mettre en valeur les biens postés sur label-emmaus.co, et les membres de l’association ont bénéficié de formations pour participer à cette nouvelle activité. 

"Délivrer un message"

La coopérative en charge du site emploiera des personnes en insertion sur les métiers en développement tels que le webmarketing,  la logistique ou le service après-vente. "Nous souhaitions être présents sur internet, d’une part pour ne pas rater ce virage mais également pour en faire un levier de création  d’emplois pour des personnes en difficulté, qui peuvent ainsi acquérir de nouvelles compétences", explique à LCI le président d’Emmaüs France, Thierry Kuhn. 

Le virage vers le e-commerce n’a cependant pas été simple à prendre au sein du mouvement, certains critiquant une démarche contraire aux principes fondateurs de l’Abbé Pierre. "C’est une continuité, répond Thierry Kuhn. Finalement, nous avons en quelque sorte été les pionniers de l’économie circulaire et solidaire avec le mouvement lancé par l’Abbé Pierre. De plus, le web n’est pas un monde inconnu pour le mouvement. Emmaüs connect, par exemple, se penche avec des opérateurs sur la question de l’accès au numérique des plus démunies." 

Autre ambition poursuivie par le développement numérique de l’action d’Emmaüs : amener de nouvelles personnes à découvrir le travail caritatif d’Emmaüs et, le cas échéant, s’y investir si elles le souhaitent. "Dix ans après le décès de l’Abbé Pierre, c’est également l’occasion de faire passer un message notamment aux plus jeunes afin de les inviter à travers leur acte d’achat à devenir des acheteurs-citoyens, des acheteurs-solidaires", souligne le président du mouvement. 


Nicolas VANEL

Tout
TF1 Info