Inflation : les prix s'envolent

Tout comprendre au dividende salarié, que le gouvernement veut rendre obligatoire en 2023

par Sébastie MASTRANDREAS
Publié le 29 novembre 2022 à 16h31
JT Perso

Source : TF1 Info

Le dividende salarié, mécanisme de partage de la valeur en entreprise, est une promesse de campagne de Macron.
Le gouvernement veut le rendre obligatoire pour "toutes les entreprises" en 2023.
Dans un contexte inflationniste, Matignon espère appliquer ce mécanisme pour soigner le portefeuille des Français.

Le gouvernement avance sur l’un des "grands chantiers de la majorité", comme le qualifie Bruno Le Maire. Les dividendes versés aux salariés, promesse de campagne d’Emmanuel Macron, sont sur la table des discussions du parti présidentiel depuis plusieurs semaines. Après que le ministre de l’Économie a appelé à légiférer sur cette mesure début novembre, les plans de la majorité se précisent : elle souhaite rendre obligatoire ce dividende salarié à toutes les entreprises. 

Mais, si une convention sur le dividende salarié, rassemblant l’ensemble des acteurs économiques, devrait avoir lieu début 2023 à Bercy, syndicats et patronats ne sont, pour le moment, pas convaincus par la mesure. Retour sur ce mécanisme de partage de la valeur en entreprise que le gouvernement espère utiliser, dans un contexte inflationniste et de flambée des prix de l’énergie, pour soigner le portefeuille des Français.  

Une "logique du partage de la valeur"

Le dividende salarié consiste au versement de dividendes aux collaborateurs d’une entreprise de façon identique à ceux perçus par les actionnaires. Son mécanisme est simple : "quand une entreprise augmente les actionnaires, elle le fait aussi pour les salariés : c’est la logique du partage de la valeur", résumait le ministre de l’Économie, Bruno le Maire, auprès du Parisien début novembre. 

Une logique gaulliste, remise au goût du jour par l’ex-vice-président du Medef, Thibault Lanxade dans son manifeste "Participation et intéressement : le dividende salarié" (Télémaque 2021) et portée par Emmanuel Macron, lors de sa campagne à sa réélection. "Quand vous avez d'un seul coup une augmentation des dividendes pour vos actionnaires, alors l'entreprise doit avoir un mécanisme qui est identique pour les salariés", défendait ainsi le chef de l’État le 26 octobre sur France 2.

Un "réel 13e ou 14e mois"

L’introduction d’un dividende obligatoire aux salariés permettrait d’élargir et de simplifier la participation, ce mécanisme de redistribution des bénéfices aux salariés, à toutes les entreprises (depuis 1990, la participation n’est obligatoire que pour les structures de plus de 50 salariés). Pour Thibault Lanxade, interrogé mi-novembre par Franceinfo, ce dividende salarié équivaut à "dépoussiérer" la participation, pour la rendre "plus contributive" pour les salariés, de sorte qu’elle devienne un "réel 13e ou 14e mois". Concrètement, si les contours de cette mesure sont encore flous, ce dividende prendrait la forme d’une "prime de participation ou d’intéressement obligatoire", a expliqué ce mardi sur la radio publique l'eurodéputé Pascal Canfin (Renaissance). 

Ce dividende salarié étofferait ainsi les outils de partage de la valeur existants, aux côtés de l’intéressement / participation ou encore de la prime Macron. Ce nouveau venu permettrait une "forme de solidarité et de cohésion", selon Bruno le Maire, dans un contexte de hausse généralisée des prix. D’autant que cette mesure facilite les hausses de rémunération, sans indexer les salaires sur l’inflation. Un avantage pour l’entreprise, car cela n’alourdit pas ses coûts fixes (puisqu’il s’agit d’une répartition des profits, dissociée d’une hausse des salaires).

Syndicats et patronats pas convaincus

La mesure n’est pas reçue favorablement par le patronat ou les syndicats. La majorité des chefs d’entreprises, dont le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, y voient avant tout une contrainte de plus. Ils estiment en outre que la vocation du dividende est de récompenser les prises de risque des fonctionnaires, ce qui n’est pas le cas des salariés. 

Un rejet qui se ressent aussi du côté des syndicats. La CGT a d’ores et déjà rejeté l’idée, redoutant que cette mesure se fasse au détriment de l’augmentation des salaires. Luc Mathieu, secrétaire national de la CFDT, nuançait cet avis dans les colonnes du Parisien fin octobre, plaidant pour "une généralisation de la participation à toutes les entreprises, avec un dispositif simple, basé sur le versement aux salariés d'un pourcentage du bénéfice net"


Sébastie MASTRANDREAS

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