Le 15 février dernier, 115 000 personnes ont participé à un test visant à diminuer la puissance électrique à leur domicile.
Selon les résultats dévoilés par TF1, ce dispositif a permis de faire baisser de 20% la consommation des clients concernés.
Organisée à la demande de l'État, cette expérience utilisant le compteur Linky vise à donner un outil supplémentaire aux pouvoirs publics en cas de tension sur le réseau pour éviter les délestages.

Que se passerait-il si des Français voyaient la puissance électrique de leur compteur diminuer pendant deux heures ? La réponse est désormais connue, grâce à une expérimentation menée par Enedis et dont TF1 dévoile les résultats en exclusivité. Le 15 février dernier, 115 000 foyers situés dans le Puy-de-Dôme ont vu l'électricité limitée à 3000 watts chez eux durant deux heures. Résultat : la consommation a baissé de 20%. 

Cette expérimentation a été initiée après les conditions rencontrées sur le réseau à l'hiver 2022-2023, avec une tension sur la production d'électricité liée aux opérations de maintenance sur une partie du parc nucléaire et à une météo froide. La France avait vécu dans la crainte de délestages, qui consistent à couper des morceaux du réseau, privant les clients de toute une zone, et de façon indifférenciée, de courant. 

Enedis

Des tranches horaires de deux heures au moment du pic

Le gouvernement avait alors décidé de tester à grande échelle l'effet d'une réduction de la puissance chez des particuliers et le Puy-de-Dôme avait été choisi comme territoire pilote.  Au total, 125 000 personnes ont été contactées par courrier pour participer à cette expérimentation. Toutes disposaient de compteurs Linky (comme 95% des foyers), seul système permettant de baisser la puissance de façon individuelle. 

"Un premier courrier précisait qu'il était possible de refuser et nous avions exclu d'office tous les patients à haut risque vital", détaille Cyrille Moreau, le directeur d'Enedis en Auvergne. Au final, seules 10 000 personnes ont refusé ; toutes les autres ont obtenu 10 euros en échange de leur participation. 

"Celles-ci ont reçu un deuxième courrier quelques jours avant le test pour leur préciser la tranche horaire à laquelle leur puissance allait être réduite", explique le responsable d'Enedis. Les 115 000 volontaires ont ensuite été répartis sur trois tranches de deux heures chacune : de 7h à 9h, de 9h à 11h puis de 18h à 20h, soit les heures habituelles de pic électrique.

Résultat concluant selon Enedis

Concrètement, baisser la puissance à 3000 watts permet de conserver l'essentiel de nos pratiques : les usages essentiels sont préservés, comme la lumière, le frigo, le congélateur, la box Internet, l'ordinateur et la télévision. En revanche, à cette puissance, impossible de faire fonctionner les lave-linge, lave-vaisselle et les gros chauffages électriques. 

Les personnes qui n'avaient pas lu leur courrier l'ont appris à leurs dépens : celles qui ont utilisé des gros appareils pendant la durée du test ont vu leur réseau sauter et ont appelé Enedis pour savoir ce qu'il se passait. "Nous avons seulement reçu 150 coups de téléphone", relativise Cyrille Moreau.

"L'objectif de ce test était de mesurer la faisabilité technique du dispositif, son impact sur la consommation électrique et son appropriation par les clients", résume le directeur régional. Les résultats sont significatifs, avec la baisse de 20% enregistrée. 

Transposé à l'échelle du territoire, et à dix millions de personnes, le même dispositif permettrait d'économiser une consommation équivalente à la production de deux réacteurs nucléaires, soit l'alimentation en électricité des villes de Marseille, Lyon et Toulouse. "Ce jour-là, la météo était clémente, donc la baisse de consommation aurait été plus forte avec une météo plus froide", précise Cyrille Moreau : les consommateurs auraient éteint (ou réduit) leur chauffage électrique. 

Cette expérience terminée, c'est désormais le gouvernement qui décidera s'il l'ajoute, ou non, à son arsenal de solutions pour éviter les délestages. "Pour rappel, un tel mécanisme ne serait activé que si tous ces leviers étaient insuffisants pour faire baisser le risque des délestages (coupures temporaires), précise Enedis. C'est-à-dire une fois toutes les capacités de production nationale mobilisées, la capacité d'importation saturée, tous les moyens d'effacement mobilisés, l'interruptibilité des industriels mise en œuvre."


Marianne ENAULT

Tout
TF1 Info