En difficulté en Ukraine, Poutine choisit l'escalade

Pascal Perri : "Une fois encore, c’est le militaire qui tient l’économie dans sa main"

Propos recueillis par E.B
Publié le 28 février 2022 à 18h16, mis à jour le 28 février 2022 à 18h47
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

La décision prise outre-Manche et en France de bloquer les avoirs de la Banque centrale russe se veut une sanction efficace et exemplaire.
Mais l'est-elle réellement et qu'implique-t-elle pour l'Occident ?
Pascal Perri, notre spécialiste économie, nous éclaire.

Quelles vont être les répercussions concrètes et "rapides" du blocage des avoirs de la Banque centrale russe ? 

La banque centrale russe, privée de liquidité, hormis ses propres réserves, n’aura pas les moyens de défendre la monnaie nationale russe. Le rouble s’est déjà beaucoup déprécié, ce qui renchérit le coût des importations en monnaies étrangères. Les Russes aussi vont connaître l’inflation sur les biens et les services qu’ils achètent à l’étranger même si cette morsure économique n’aura pas d’effet immédiat pour les ménages. Deuxième conséquence, la Banque centrale russe ne pourra plus soutenir ses banques nationales comme elle le faisait par le passé. 

La Russie a tiré les leçons des précédentes mesures restrictives

Pascal Perri

Une nuance toutefois, la Russie s’est protégée, en ce sens qu’elle s’est désensibilisée au dollar. Elle a tiré les leçons des précédentes mesures restrictives prises par les Européens et les Américains, surtout après l’épisode de Crimée. De surcroît, le pays dispose de réserves d’énergie et de productions agroalimentaires abondantes. Le peuple russe n’est pas menacé de famine.

Au rang du Venezuela et de l'Iran

 La Russie elle, en tant qu’État, est traitée comme les États à risque, tels que le Venezuela ou l'Iran. Les mesures prises vont empêcher la banque centrale de liquider ses actifs. La panne de liquidité sera progressive d’autant qu’il y a un autre écueil pour les banques russes : qui, même en Russie, souhaitera placer ses liquidités ou ses actifs dans des banques frappées par des sanctions internationales ? La question est celle du temps. Poutine et Xi Jinping se sont vus récemment. La Chine a-t-elle l’intention de fournir un concours financier à son voisin pour "acheter du temps" ? La plus grande partie des liquidités du monde se trouve désormais dans des Fonds asiatiques et notamment chinois. Les Chinois peuvent être tentés de porter assistance à la Russie, mais ils devraient aussi retenir leur bras. Pour la Chine, l’Europe et les États-Unis sont des marchés essentiels à sa prospérité. 

Quels sont les risques pour nous ? 

Pour nous Français, le risque énergétique est plus limité que pour nos voisins allemands qui sont entièrement dans les mains des Russes pour leurs approvisionnements en gaz. En se dénucléarisant, l’Allemagne s’est rendue captive du gaz, qu'elle considère comme une énergie verte de transition vers les renouvelables. Le choix des Allemands piège toute l’Europe. C’était une impasse. Pour nous, Français, le risque économique porte sur nos approvisionnements russes et ukrainiens en céréales et partiellement en énergie. Les prix de produits très populaires vont augmenter à bref délai. Le gouvernement envisage le prolongement du bouclier énergétique pour les ménages les plus exposés, mais l’État ne pourra pas, à lui seul, compenser le dérapage des prix. Quand les prix de l’énergie augmentent, il y a un effet "premier tour" avec les factures de gaz, d’électricité et de carburant qui augmentent et un effet "de second tour" dans lequel les coûts de production des entreprises sont relevés. 

Est-ce sans "risque" pour le marché mondial ? 

Tout est lié à la sortie de crise... si elle est proche ! En cas de conflit long, oui le rebond post-Covid sera compromis. Il est un peu tôt pour évaluer les conséquences sur l’économie du monde. Il faut simplement retenir que, dans un monde ouvert, les économies sont interdépendantes. Le commerce international prend comme postulat le principe de la coopération, pas celui de l’affrontement et encore moins de la guerre. Les menaces de Poutine sur l’utilisation de son arsenal défensif, notamment nucléaire, sont destinées à terroriser les Occidentaux qui tenaient la paix acquise pour toujours. Dans ces périodes, les consommateurs se ravisent et réduisent leur consommation au profit de leur épargne. Or, nous avons besoin de consommation et de croissance pour créer des emplois et rembourser nos engagements. Les risques pour l’économie du monde sont réels, mais à ce stade encore limités. Une fois encore, c’est le militaire qui tient l’économie dans sa main. 


Propos recueillis par E.B

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