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Hausse du taux d'emprunt à 10 ans : "La conséquence est directe pour les particuliers"

Sébastie MASTRANDREAS
Publié le 26 septembre 2022 à 21h23
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Le taux d'emprunt à dix ans de la France a atteint ce lundi 2,71%, un niveau jamais atteint depuis juin 2012.
En conséquence, les taux d'emprunts pour les particuliers augmentent.
TF1info fait le point, avec deux experts, sur les conséquences pour les emprunteurs en France.

Du jamais vu depuis juin 2012. Ce lundi 26 septembre, le taux d'emprunt à dix ans de l'État français a atteint un plus haut historique. Le rendement de la dette française a ainsi atteint 2,71%, un niveau inédit depuis le 29 juin 2012, où il s'établissait à 2,72%. 

Cette hausse, qui s'observe aussi chez nos voisins européens - le taux d'emprunt atteint 4,52 % en Italie et 2,12% en Allemagne, des records depuis 2011 - s'explique par la hausse du taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE). Dans le contexte de la guerre en Ukraine et du retour de l'extrême droite au pouvoir en Italie, l'institution financière durcit sa politique afin de lutter contre l'inflation (qui a atteint 9,1% en août dans la zone euro). Concrètement, quelles sont les conséquences de cette hausse pour les ménages français ? Est-il possible de contourner cette tendance qui tend à perdurer ? Éléments de réponse. 

Perte de "20.000 euros de pouvoir d'achat"

"La conséquence est directe sur les emprunts des particuliers, dont les taux de crédit qui leur sont proposés augmentent", explique à TF1info Maël Bernier, porte-parole de Meilleurstaux.com. En mars 2022, ce taux moyen dépassait le seuil de 1%, au-dessous duquel il était resté pendant près d'un an, s'établissant à 1,2%. Il est ensuite monté crescendo jusqu'à atteindre 1,9% ce mois de septembre, selon l'estimation du baromètre de la société de courtiers en crédit immobilier

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"Il y a un an, pour un prêt de 200.000 euros sur 25 ans avec un taux à 1%, le remboursement hors assurance s'élevait à 753,74 euros par mois", illustre à TF1info Sylvain Lefebvre, président de la société de courtage La Centrale de Financement. "Aujourd'hui, pour le même emprunt avec un taux à 2,2%, on est à 867,31 euros par mois" compare-t-il. "En tout, on perd 20.000 euros de pouvoir d'achat", pointe-t-il. 

Les personnes qui vont encore pouvoir emprunter sont généralement des couples jeunes, avec des bons revenus, et un bon apport

Maël Barnier, porte-parole de Meilleurtaux.com

En conséquence, "les mêmes acheteurs qu'il y a un an négocient à un prix moins important, et les délais de vente s'allongent dans l'immobilier", explique encore le courtier. Une hausse des taux discriminante, de fait, pour certains revenus, car elle abaisse les critères d'endettements, souligne Maël Bernier. Les personnes qui vont encore pouvoir emprunter sont généralement "des couples jeunes, avec des bons revenus, et avec un apport", illustre l'experte. Par "bons revenus", la porte-parole précise que cela correspond grossièrement à "8 000 euros net mensuels par couple à Paris, et 5 000 en province". Les plus âgés (30-55 ans) qui souhaitent emprunter - à qui les assurances décès et invalidité coûtent plus cher - ont dès lors plus de mal, ajoute-t-elle, un constat partagé par Sylvain Lefebvre. 

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"Certaines banques ne prêtent plus du tout d'argent", ajoute Maël Barnier, "le taux d'usure (qui plafonne les taux pratiqués par les établissements de crédit, NDLR) étant trop faible". Les courtiers ont en ligne de mire ce taux, qui constituent à leurs yeux un obstacle supplémentaire aux emprunteurs, alors que le gouvernement doit annoncer sa revalorisation le 1er octobre prochain. Pour Sylvain Lefebre, les annonces sur ce taux d'usure vont "régir la vision de l'immobilier". Si celui-ci ne bouge pas, "on va rester dans l'inertie", prévient-il, regrettant que l'on soit en train de "gripper la chaîne", alors qu'il y a un "vrai besoin, une appétence pour les ménages français à acheter une résidence principale". 


Sébastie MASTRANDREAS

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