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"Pour la première fois, les salaires baissent en euros constants" : Sophie Binet (CGT) dit-elle vrai ?

Publié le 1 mai 2023 à 17h34

Source : TF1 Info

La secrétaire générale de la CGT s'inquiète des conséquences de l'inflation et du niveau des salaires.
Sophie Binet explique ainsi que, "pour la première fois, les salaires baissent en euros constants" en France.
Ce n'est pas le cas, la dernière situation similaire remonte ainsi à 2018.

Voir le gouvernement agir pour une hausse des salaires, voilà ce que souhaite aujourd'hui Sophie Binet. Invitée de France 2 à l'occasion du 1er-Mai, la secrétaire générale de la CGT a mis en avant les conséquences de l'inflation et le "déclassement massif" qui en résulte pour les actifs. "Pour la première fois, les salaires baissent en euros constants", a-t-elle lancé. Une affirmation inexacte. 

Une situation similaire (moins marquée) en 2018

Lorsque l'on se penche sur les évolutions des salaires à l'échelle d'un pays, plusieurs types de chiffres cohabitent : ceux indiqués pour une période donnée, dits en "valeur nominale" ou en "euros courants", mais aussi ceux en "valeur réelle" ou "en euros constants". La nuance est de taille : il s'agit pour ces derniers de prendre en compte les variations des prix des biens et services de consommation. Si les salaires augmentent de 3% sur an, mais que les prix bondissent de 10%, la population va effectivement s'appauvrir. Présenter les données en euros constants permet ainsi d'observer l'impact sur les ménages de manière plus fidèle à la réalité.

Que nous disent les chiffres ? Donnent-ils raison à Sophie Binet ? Non, si l'on en croit les derniers éléments transmis par la Dares, organisme en charge des études et des statistiques pour le compte du ministère du Travail. Fin mars, les données pour le 4e trimestre 2022 ont été dévoilées, relatives au secteur privé. Nous apprenions que "l’indice du salaire mensuel de base (SMB) de l’ensemble des salariés", utilisé pour mesurer les variations des salaires, avait progressé "de 0,7% au cours du 4e trimestre 2022". Sur un an, la hausse s'est établie à "3,9%, après + 3,7% le trimestre précédent". 

Pour autant, "ces évolutions doivent être mises en regard de l’inflation : les prix à la consommation (pour l’ensemble des ménages et hors tabac) augmentent de 6,0% entre fin décembre 2021 et fin décembre 2022. Sur un an et en euros constants", le salaire mensuel de base est ainsi en recul "de 2,1%"

Si la baisse des salaires constatée par la secrétaire générale de la CGT est donc bien réelle, il ne s'agit en revanche pas d'une première, comme elle l'indique. De fait, les chiffres de la Dares montrent qu'une diminution en euros constants a déjà été enregistrée par le passé. C'était en 2018, lors des 2e et 3e trimestres. Les salaires se trouvaient alors en recul de respectivement 0,2 et 0,4%. Une baisse toutefois moins marquée que celle vécue en 2022. 

Avant 2017, l'Insee nous informe par ailleurs que le niveau des rémunérations en euros constants s'est déjà rétracté sur la période 2011-2013.

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Thomas DESZPOT

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