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L'inflation, un jackpot de 37 milliards pour l'État ?

Thomas Deszpot
Publié le 10 juillet 2022 à 19h48
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Patron du PS, Olivier Faure estime que l'État profite de l'inflation pour renflouer ses caisses.
Les hausses des prix auraient rapporté plus de 57 milliards d'euros, quand les redistributions ne seraient que de 20 milliards.

Le premier secrétaire du PS a jugé "insuffisante" la mobilisation du gouvernement en faveur du pouvoir d'achat des Français, alors que l'inflation touche la France depuis plusieurs mois et menace de se poursuivre.

Olivier Faure, invité de France 2 le 8 juillet, a avancé plusieurs chiffres pour étayer son propos : il a ainsi glissé que "l’État dispose de 57 milliards d’euros de recettes supplémentaires du fait de l’inflation", tandis que le projet de loi du gouvernement censé doper le pouvoir d'achat "en restitue 20". À ses yeux, "le compte n’y est pas"

Du côté de Bercy, de telles déclarations ne passent pas. Le ministère de l'Économie dénonce en effet des chiffres erronés et des conclusions trompeuses. L'inflation ne profite en rien à l'État, indique ainsi l'entourage de Bruno Le Maire à TF1info.

Olivier Faure, dans son interview, laisse entendre que l'État profite de la période actuelle pour renflouer ses caisses et en faire payer le coût aux Français. Un discours qui fait bondir le cabinet de Bruno Le Maire au ministère de l'Économie. "Déjà, il faut souligner que les recettes supplémentaires par rapport à celles attendues sont de 55 et non de 57 milliards d'euros", lance-t-on à TF1info. 

Une jolie somme, mais "qui n'est pas obtenue du fait de l'inflation", tranche Bercy. Il s'agit, nous dit-on, avant tout de recettes liées au redressement de l'économie française, à commencer par la réduction du chômage que la majorité brandit avec fierté. "18 milliards correspondent à la hausse des recettes liées à l'impôt sur les sociétés et de production", détaille l'entourage du ministre. Ce à quoi s'ajoutent "des recettes correspondant aux cotisations sociales, à hauteur de 20 milliards". Puis encore "11 milliards de TVA et 4 milliards de recettes fiscales diverses". 

L'inflation coûte au moins autant qu'elle ne rapporte

"Il n’y a pas de cagnotte", martèle-t-on, côté ministère : "L’idée selon laquelle l’État se ferait de l’argent en période d’inflation est complètement fausse. Pour le pouvoir d'achat, nous avons présenté cette semaine un plan de 20 milliards d'euros", rappelle l'entourage du ministre, faisant écho au chiffre énoncé par Olivier Faure. Mais sur 2022, "38 milliards sont déjà engagés dans des mesures en faveur du pouvoir d'achat", nous précise-t-il. Que ce soit par le biais des chèques énergie ou des réductions sur les prix des carburants. 

Dans le même temps, le projet de loi de finances a été mis à jour pour 2022. Il s'agit notamment de prévoir des dépenses supplémentaires pour diverses opérations telles que la nationalisation d'EDF (plus de 12 milliards au total), ainsi que 12 autres milliards pour compenser la charge de la dette, en augmentation avec la hausse des taux. 

Bercy s'attarde aussi sur la question des carburants, cherchant à tordre le cou à certaines idées reçues selon lesquelles les hausses des prix viendraient garnir les caisses de l'État. Le gain supplémentaire lié aux taxes est de "3 milliards environ", nous explique-t-on, tandis que les "aides prévues pour 2022 sur les carburants dépassent les 5 milliards d'euros"

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Si la majorité conteste vigoureusement les critiques de l'opposition socialiste, on peut noter que la presse s'est déjà penchée sur la question. Libération a par exemple confirmé les propos de la Première ministre Elisabeth Borne, assurant que l'augmentation des prix des carburants ne rapportait pas un centime de plus à l'État, une fois les aides aux consommateurs prises en compte. 

Par ailleurs, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a mis en garde l'exécutif sur le "coût budgétaire significatif" des mesures mises en œuvre pour contrer l'inflation. Elles devraient à ses yeux "autant que possible demeurer temporaires et ciblées", de manière que la puissance publique conserve une maîtrise de l'endettement. Une mise en garde qui n'aurait pas eu lieu d'être si l'inflation vécue actuellement en France contribuait à renflouer les caisses de l'État. 

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