Les dark stores se multiplient dans les grandes villes, suscitant les crispations des élus de tous bords et des commerçants.
Ouverts 24h/24, ces entrepôts permettent de livrer, en 10 à 20 minutes, des articles du quotidien aux clients.
Les mairies s'en méfient, souhaitant une régulation claire à leur sujet.

Ils fleurissent dans les grandes villes françaises, au grand dam des élus de tous bords. Les dark stores ou entrepôts de l'ombre font de plus en plus parler d'eux à mesure qu'ils se multiplient dans les grandes villes, portés par des entreprises dites du "quick commerce", telles que Gorillas, Flink ou Getir. 

De Paris à Marseille en passant par Nice, ces points de vente, dont l'activité s'est accélérée depuis les confinements et couvre-feu successifs et dont la croissance s'est établie à 86%, portant leur chiffre d'affaires à 122 millions d'euros en 2021, crispent les mairies et les commerçants. Que sont les dark stores ? Comment fonctionnent-ils ? Que leur reproche-t-on précisément ? La rédaction de TF1info fait le point sur ce phénomène.

"Une pratique de commerçant, sans les contraintes du commerçant"

Concrètement, un dark store "c'est un entrepôt qui sert de base logistique, pour livrer les clients des plateformes pour des petits achats du quotidien", décrit Bernard Cazin, avocat spécialisé en droit de l'urbanisme et de la défense du commerce, associé du cabinet FTPA. "C'est donc à la fois la plateforme et l’entrepôt d’où partent les livreurs", ajoute-t-il. En multipliant leurs implantations dans plusieurs petits entrepôts en ville, les dark stores assurent leur promesse de livrer les clients en peu de temps (10 à 20 minutes).

Ces entrepôts - au nombre de 80 à Paris en janvier 2022 -, étant ouverts à n'importe quelle heure et ne fonctionnant que grâce aux livreurs, correspondent à "une pratique de commerçant, sans les contraintes du commerçant", résume l'avocat. La plupart n'étant pas déclarés comme des entrepôts, ils ne sont pas soumis aux règles de contrôle en vigueur (les employés ne sont pas soumis aux règles des conventions collectives, et les établissements peuvent être ouverts 24h/24). Autant d'indices qui "laissent à penser que les dark stores sont plutôt une tendance qui concurrence le commerce traditionnel", souligne-t-il.

Et c'est bien là le cœur de la polémique : outre les critiques sur les nuisances associées à leur activité (bruit dans les rues au milieu de la nuit, perte de la vie de quartier), les dark stores "jouent avec le flou sur leur statut juridique", explique encore Bernard Cazin. Ce qui déplaît aux mairies, lesquelles considèrent qu'un dark store qui s'installe, sans déclarer qu'il s'agit d'un entrepôt, est dans l'illégalité. Dès lors, "entretenir l’ambiguïté permet en règle générale de s’affranchir d’un certain nombre de contraintes", pointe le spécialiste. 

Face à cette situation, le gouvernement travaille sur un arrêté pour encadrer les dark stores. Un texte qui n'est "pas définitif" et fait l'objet d'une "concertation", selon l'exécutif, et permettrait à ces dark stores d'être considérés comme des lieux de commerce et d'artisanat, pour peu qu'ils disposent d'un point de collecte pour le public. Un projet qui crispe les élus municipaux, qui ont "pour le moment, le droit d’interdire les entrepôts pour privilégier l’animation de la rue", rappelle Bernard Cazin. La proposition de l'exécutif fait, dès lors, craindre aux élus une multiplication de ces locaux. 

L'exécutif avait promis, fin août, de "poursuivre la consultation" avec les parties prenantes, et le ministre délégué à la Ville et au logement, Olivier Klein, s'est dit favorable à ce que les maires puissent "interdire, ou pas, un dark store dans un quartier". Affaire à suivre.


Sébastie MASTRANDREAS

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