Le patron de Michelin a dévoilé mercredi sa philosophie de rémunération, qui s'appuie sur la mise en place d'un salaire "décent", supérieur au Smic, pour tous les collaborateurs.
Selon le dirigeant, non seulement "c'est possible" d'offrir de meilleures payes mais en plus "ça fonctionne".

Une initiative qui veut montrer l'exemple. Le patron de Michelin, Florent Menegaux, a annoncé mercredi la mise en place d'un salaire "décent" pour les 132.000 collaborateurs du groupe. "Face aux bouleversements de la société, à la question de la rémunération du travail, structurellement insuffisante, [...] les entreprises ont un rôle à jouer", déclare le dirigeant dans les colonnes du Parisien. "Les gens qui travaillent doivent pouvoir vivre correctement de leur salaire. Il faut qu'il puisse se projeter, sortir de la survie", martèle-t-il. 

Concrètement, la direction s'est appuyée sur l'expertise de l'ONG Fair Wage Network pour garantir une rémunération équivalente au "living wage" tel que défini par le Pacte mondial des Nations unies. L'objectif est de permettre à un ménage de "subvenir à ses besoins essentiels" mais pas seulement. "C'est un engagement logique vis-à-vis de tous les salariés du groupe. [...] Vous consacrez du temps à vous développer et à développer l'entreprise. Et en contrepartie, on vous donne les moyens, au minimum, pour une famille de quatre individus - deux parents et deux enfants - qu'un seul salaire permette de pouvoir envisager le logement, la nourriture mais aussi le loisir, un peu d'épargne", détaille encore le PDG de la firme française, auprès de l'AFP. 

Près de 40.000 euros bruts par an

Mais alors, quid du Smic ? "Nous nous sommes affranchis des paramètres de minimum légal par pays", indique Florent Menegaux qui estime que le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) "n'est pas" une rémunération décente. Une vision qui prend à contre-pied la tendance actuelle, puisque près d'une personne sur cinq (17%) est aujourd'hui payée à ce montant dans les entreprises du secteur privé en France.

Concrètement, le salaire "décent" selon Michelin correspond à 39.638 euros par an pour un salaire brut à Paris et 25.356 euros à Clermont-Ferrand, où se situe le siège du groupe (contre 21.203 euros bruts pour le Smic). Au Brésil, il est de 37.347 réals (pour un salaire minimum à 16.944 réals) et en Chine 69.312 yuans (salaire minimum à 29.040 yuans). "En moyenne, le salaire décent représente entre 1,5 fois et 3 fois le salaire minimum", commente Florianne Viala, directrice de la rémunération du groupe.

Les salariés, quand ils sortent du mode survie s'engagent plus fort
Florent Menegaux

À tout cela s'ajoutera, d'ici à fin 2024, un "socle de protection sociale universel" - qui consiste en un congé maternité de 14 semaines minimum et un congé paternité de quatre semaines rémunérés à 100% - pour tous les salariés de l'entreprise. Cela comprendra le versement d'un capital décès d'au moins un an et d'une rente d'éducation pour les enfants en cas de décès d'un travailleur, quelle que soit son ancienneté. 

Cerise sur le gâteau, l'ensemble de ce dispositif ne mine pas la compétitivité du groupe. "Michelin reste le leader mondial du pneu et enregistre une croissance de sa rentabilité", se félicite Florent Menegaux. "Les salariés, quand ils sortent du mode survie s'engagent plus fort, améliorent leur performance, contribuent plus au bien commun et fabriquent du résultat", martèle-t-il. "Nous ne souhaitons que démontrer que le salaire décent, c'est possible. Et mieux, que ça fonctionne", conclut-il. 


M.G

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