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La dette de Paris est-elle hors-norme comparée aux autres métropoles ?

par Thomas DESZPOT
Publié le 28 novembre 2022 à 17h25
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Source : TF1 Info

La question d'une mise sous tutelle de la Ville de Paris a été évoquée par le ministre des Transports Clément Beaune.
La gestion des finances de la capitale par Anne Hidalgo est régulièrement pointée du doigt, sur la maîtrise de la dette en particulier.
Depuis 2014, cette dette a doublé, avec un montant par habitant largement supérieur à celui des plus grandes métropoles françaises.

Le ministre des Transports Clément Beaune, lors d'une interview, a estimé qu'une mise sous tutelle de la Ville de Paris ne serait pas "exclue". Les chiffres "sont éloquents", assure-t-il : "La dette depuis le début du mandat de Madame Hidalgo en 2014 a doublé". En charge des Comptes publics, son confrère du gouvernement Gabriel Attal a réagi à ces propos et pris de large précautions : "Je ne crois pas du tout que ce soit d'actualité, les mises sous tutelle de communes, c'est rarissime", estime-t-il. 

Une prudence qui n'empêche pas les critiques à l'égard de la municipalité socialiste de redoubler, l'argument de la dette faisant partie des plus courants. Lorsque l'on compare Paris aux autres villes les plus peuplées de France, on constate en effet que la capitale se trouve dans une situation plus délicate. Et que depuis 2014 et l'arrivée d'Anne Hidalgo aux responsabilités, la trajectoire de la dette n'a pas de quoi rassurer.

Une dette d'environ 3800 euros par habitant

Sur son site, la Ville de Paris explique que le montant prévisionnel de la dette au 31 décembre 2022 sera de 7,75 milliards d'euros. En attendant une confirmation de ces estimations, on peut se référer aux montants mis en avant par la direction générale des Finances publiques, selon laquelle la dette parisienne s'établissait à 8,37 milliards d'euros au 31 décembre 2021. En valeur absolue, ce chiffre ne se révèle pas très parlant, mais on peut le comparer à ceux observés par le passé. Lorsque Anne Hidalgo a pris les rênes de la municipalité en 2014, on note par exemple que la dette était à un niveau près de deux fois inférieur : de l'ordre de 4,18 milliards d'euros (au 31 décembre). Quelques mois avant sa prise de fonctions, elle était de 3,71 milliards d'euros (chiffre au 31 décembre 2013).

Si l'on rapporte ces chiffres à la population parisienne, on constate que la dette rapportée à chaque habitant de la capitale s'élève à environ 3800 euros, contre 1640 euros fin 2014. Il s'agit là d'un quasi doublement, régulièrement dénoncé par les représentants de l'opposition parisienne. La Chambre régionale des Comptes, qui s'est penchée en longueur sur l'état des finances de Paris, n'a pas manqué d'afficher ses préoccupations quant aux niveaux d'endettement : elle soulignait par exemple il y a quelques mois "la nécessité d’efforts de gestion pour permettre le financement des investissements et la maîtrise de l’endettement". 

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Quand on s'intéresse aux autres villes françaises, on constate que Paris n'est pas la ville avec le plus fort endettement par habitant. Parmi les métropoles de 50.000 habitants au moins, Levallois-Perret affichait en 2020 une dette s'approchant de 5000 euros par habitant. Des villes comme Mulhouse, Antibes ou Arles sont quant à elles autour de 2000 euros par habitant, des montants supérieurs à ceux de la moyenne des villes des 50 à 100.000 habitants (1399 euros par personne) ou ceux de la moyenne des villes de plus de 100.000 habitants, Paris exclu (1142 euros). 

Une série de grandes villes, telles que Lyon (725€/hab.), Strasbourg (954€/hab.), Nantes (758€/hab.) ou Orléans (762€/hab.) affichent un endettement par habitant très contenu, la palme revenant sans doute à Brest (183€/hab.). Pour autant, si Paris se démarque avec une dette très importante par rapport aux autres métropoles, les comparaisons entre différentes villes méritent d'être analysées avec une certaine prudence. La Chambre régionale des Comptes ne manque pas de rappeler que la capitale constitue "une collectivité spécifique, y compris en matière budgétaire". Cela se traduit notamment par le fait que Paris soit à la fois une ville et département, une "singularité institutionnelle" à garder en mémoire puisque cela influe sur ses recettes et ses dépenses. Notons enfin que l'activité des différentes métropoles contribue aussi à les différencier très largement. Paris, ville parmi les plus touristiques au monde, bénéficie d'importants revenus liés à la fréquentation étrangère. On comprend ainsi que l'impact de la crise sanitaire, qui a paralysée durant de longs mois les allées et venues des visiteurs, a particulièrement pénalisé la capitale. 

Peut-on envisager une mise sous tutelle de Paris en raison de sa dette ? L'hypothèse n'est pas sans fondement, mais l'on constate qu'au cours des dernières décennies, une telle décision n'est intervenue qu'en de très rares circonstances. Outre la question de l'endettement, ce sont souvent des malversations et autres défauts majeurs de gestion qui ont conduit les autorités à décider d'une tutelle. Comme à Hénin-Beaumont, dont le maire Gérard Dalongeville a été suspendu de ses fonctions par un arrêté du ministère de l'Intérieur le 27 avril 2009. Il avait été accusé de faux en écriture et usage de faux, détournements de fonds publics, favoritisme et recel de favoritisme lorsqu'il était en poste à la mairie. 

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