La pénurie de carburants que connait la France impacte de nombreux secteurs économiques.
Parmi les professionnels touchés, les agriculteurs, alors même qu'arrive la période où ils en ont le plus besoin.
Si bien que la production agricole commencerait à être impactée.

Le milieu agricole n'est pas épargné par les crises. Après la sécheresse historique traversée cet été, la pénurie de carburants se fait durement ressentir par les exploitants agricoles. Ces gros consommateurs de gazole non routier (GNR), ne sont plus livrés - ou très peu - à cause de la grève qui paralyse une partie des raffineries françaises, si bien qu'ils ne peuvent continuer à fonctionner. Certains estiment que l'appareil productif français pourrait être mis en difficulté.

"Tout retard pris dans nos semis est irrémédiable"

"Depuis huit-dix jours, on avait les régions Haut-de-France, Ile-de-France, Grand Est, un peu Bourgogne-Franche-Comté avec des sérieuses difficultés et des agriculteurs livrés à hauteur de 30% des commandes dans une période de gros travaux... et là aujourd'hui, ça s'étend. Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Côte d'Azur... toutes les régions seront plus ou moins touchées", constate pour TF1info Hervé Lapié, secrétaire général adjoint de la FNSEA, le principal syndicat des agriculteurs.

Or, le carburant est essentiel en ce moment sur les exploitations, alors que s'ouvre une période de forte activité pour les agriculteurs. Pour les céréaliers, il faut planter les semis, tandis que les betteraves doivent être arrachées ou les pommes de terre récoltées. "Dans une exploitation comme la mienne, je consomme 22.000 litres par an. Mais quasiment plus de la moitié est utilisée à cette période de l'année", souligne ainsi Christophe Hillairet, qui a une exploitation dans les Yvelines.

Si certains agriculteurs ont pu faire des stocks, ceux-ci sont désormais presque épuisés. Dans les premiers jours de la crise, les professionnels se sont entraidés, ceux qui avaient de la réserve ne manquant pas de partager leur carburant avec leur voisin. Les réserves d'engins qui ne sont pas utilisés ont été siphonnées, ceux qui consomment le plus ont été mis de côté, les exploitants ont mutualisé leurs machines avec leurs voisins. "On arrive au bout du bout du système", indique cependant Christophe Hillairet, également président de la chambre agricole d'Ile-de-France. Sur son exploitation, il estime qu'il lui reste trois jours de réserve avant d'être totalement à sec.

Or, cela devrait avoir un impact sur la production agricole du printemps prochain. "Tout retard pris aujourd'hui dans nos semis est irrémédiable et ne pourra pas être rattrapé plus tard. La saison des semis, c'est maintenant et dans un mois, ça sera trop tard", avertit Christophe Hillairet, appelant par conséquent le gouvernement à inclure les agriculteurs dans les professions prioritaires. "Nous, on fait tout ce qu'on peut, mais si on n'intervient pas, on aura une partie de nos agriculteurs qui ne pourront plus produire", indique Hervé Lapié. En Ile-de-France, c'est déjà le cas : 20 à 25% des exploitations y seraient complètement paralysées, faute de carburants.


Aurélie LOEK

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