La CGT et le collectif féministe "NousToutes" ont déposé ce mercredi un chèque symbolique de 5,5 milliards d'euros devant l'Assemblée nationale.
Selon eux, ce montant correspondrait aux ressources supplémentaires du régime de retraites si les femmes étaient rémunérées à hauteur des hommes.
Qu'en est-il ?

Comment financer le régime de retraites ? Voilà la question que se posent depuis plusieurs semaines gouvernement et oppositions, qui bataillent autour de la réforme. L'exécutif, lui, a tranché : faire travailler les Français plus longtemps, comme l'avait promis Emmanuel Macron durant sa campagne, en repoussant l'âge légal de départ de 62 à 64 ans. Une mesure qui suscite de vives réactions, souvent accompagnées de propositions alternatives.

Parmi elles, l'Ugict-CGT (Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens) et le collectif féministe "NousToutes" ont mis en exergue, ce mercredi 15 février, les inégalités salariales. D'après ces deux organisations, aligner les salaires des femmes et des hommes "permettrait de dégager 5,5 milliards d'euros de cotisations pour le régime général". Soit l'équivalent de près de la moitié des 12 milliards de déficit évoqués par le gouvernement en 2027, selon des chiffres du Conseil d'orientation des retraites. Pour le faire savoir, le syndicat et le collectif, accompagnés d'élus, ont remis ce mercredi matin un chèque symbolique de 5,5 milliards d'euros devant l'Assemblée nationale.

Des militants de l'Ugict-CGT, de "Nous Toutes" et des élus devant l'Assemblée nationale, le 15 février 2023.
Des militants de l'Ugict-CGT, de "Nous Toutes" et des élus devant l'Assemblée nationale, le 15 février 2023. - A. Sayad/Ugict-CGT

Davantage de ressources que de dépenses en 2050

D'après l'Ugict-CGT, cet indicateur est tiré d'une étude de la Caisse nationale d'Assurance vieillesse (CNAV) que le syndicat a lui-même demandée. Des travaux réalisés en 2011, jamais publiés mais consultés par TF1info, soulignent en effet qu'une "convergence des salaires des femmes vers ceux des hommes provoquerait mécaniquement une augmentation des cotisations perçues" : si les salaires augmentent, les cotisations suivent la même tendance.

Cette hausse des ressources pour le régime de retraites serait de "18 milliards d'euros à l'horizon 2050". En contrepartie, les pensions de retraites des femmes seraient également plus élevées, puisqu'elles sont calculées en fonction du salaire. Un coût supplémentaire estimé à "13 milliards d'euros en 2050", d'après ce document. Au total, l'égalité salariale génèrerait donc "davantage de ressources que de dépenses" (voir graphique ci-dessous). Ce que mettent en avant ce mercredi la CGT et "NousToutes".

Les ressources (en bleu foncé) et les dépenses (en bleu clair) supplémentaires générées par l'égalité salariale sur régime de retraites, selon une étude de la Caisse nationale d'Assurance vieillesse en 2011.
Les ressources (en bleu foncé) et les dépenses (en bleu clair) supplémentaires générées par l'égalité salariale sur régime de retraites, selon une étude de la Caisse nationale d'Assurance vieillesse en 2011. - Caisse nationale d'Assurance vieillesse

"Aucune piste, à elle seule, ne peut résoudre l'équilibre du régime"

Toutefois, les auteurs de ces travaux précisaient il y a une décennie que "les résultats de cette simulation" devaient être "analysés avec prudence". D'abord, car les calculs partaient de l'hypothèse d'une convergence des salaires progressive, qui commencerait en 2012, pour être atteinte totalement en 2023. Or en 2019, d'après l'Insee, le revenu des femmes était toujours "inférieur en moyenne de 22% à celui des hommes". En ce sens, Régis Mezzasalma, administrateur de la CNAV pour la CGT, indique à TF1info avoir demandé une mise à jour de ces travaux le mois dernier.

Ensuite, cette étude montre aussi que la convergence des salaires pourrait ne pas être systématiquement excédentaire pour le régime de retraites à plus long terme. "Au regard de la pente des courbes, il est probable qu'au-delà de l'horizon 2050, la mesure générerait plus de dépenses que de ressources (vers 2060)", écrivaient les auteurs.

"C'est un horizon très lointain. En 2060, nous serons peut-être dans une autre situation démographique", défend auprès de TF1info Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT des ingénieurs cadres techniciens. "La réforme du gouvernement est menée pour un équilibre à horizon 2030. Cette même étude nous dit qu'à cette date, l'égalité salariale permettrait de rapporter 13 milliards d'euros dans les caisses, puisqu'il n'y aurait pas encore les pensions (revalorisées par la hausse des salaires des femmes, ndlr) à payer."

"Aucune piste, à elle seule, ne peut résoudre l'équilibre du régime de retraites", insiste auprès de TF1info Françoise Kleinbauer, présidente de France Retraite. "Mais pleins d'éléments, pris isolément, peuvent permettre au régime d'aller mieux", dont le décalage de l'âge de départ. L'augmentation des salaires aussi. Cependant, faire converger les salaires des femmes et des hommes, "c'est oublier que les femmes n'ont pas nécessairement accès aux mêmes postes", tempère-t-elle. "Et c'est sans doute cela, le défi majeur."

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Idèr NABILI

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