"Uber files" : révélations sur les pratiques de lobbying du géant des VTC

"Uber Files" : ce qu'il faut retenir de la vaste enquête sur les débuts de la plateforme VTC

Benoit Leroy, avec AFP
Publié le 10 juillet 2022 à 22h46, mis à jour le 11 juillet 2022 à 22h50
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Source : JT 20h Semaine

L'entreprise Uber est visée par une enquête d'un consortium international de journalisme, dimanche 10 juillet.
L'enquête met en avant les moyens de pressions de l'entreprise sur des dirigeants politiques internationaux.
Dans un communiqué, l'entreprise assure que son fonctionnement a, désormais, évolué.

Uber épinglé pour des pratiques brutales, voire illégales. Dimanche 10 juillet, plusieurs médias du monde entier ont publié simultanément une enquête visant la firme américaine spécialisée dans les véhicules de transport avec chauffeur. Publiée en France par Le Monde et France Info, elle se base sur plus de 120.000 documents, datés entre 2013 et 2017, et mettant en lumière les pratiques de lobbying d'Uber pour imposer ses visions aux dirigeants politiques de plusieurs pays et faire face à la réticence des chauffeurs de taxis. 

"Nous n'avons pas fait et ne ferons pas d'excuses pour des comportements du passé qui ne sont clairement pas alignées sur nos valeurs actuelles", s'est contenté de répondre Jill Hazelbaker,  vice-présidente chargée des Affaires publiques d'Uber, dans un communiqué en ligne. Quelques instants plus tôt, le quotidien anglais The Guardian estimait sur son site que "l'entreprise (avait) enfreint la loi, trompé la police et les régulateurs, exploité la violence contre les chauffeurs et fait pression en secret sur les gouvernements dans le monde entier"

Un "deal" secret avec Emmanuel Macron ?

L'enquête reproche par ailleurs au président français Emmanuel Macron d'avoir usé d'efforts considérables pour faciliter les activités de l'entreprise dans l'Hexagone. Il aurait négocié un "accord" secret, alors qu'il était ministre de l'Économie, dès 2014. Les plus hauts dirigeants de l'entreprise auraient rencontré, à plusieurs reprises, le futur président de la République.

Sont également pointées du doigt certaines pratiques destinées à aider Uber à consolider ses positions en France, comme le fait de suggérer à l'entreprise de présenter des amendements "clés en main" à des députés. Sollicitée par l'AFP, Uber France confirme l'existence de telles réunions avec celui qui était ministre de l'Économie, à l'époque. D'après l'entreprise, ces rencontres qui "relevaient de ses responsabilités en tant que ministre de l'Économie et du Numérique supervisant le secteur des VTC".   

De son côté, le palais de l'Élysée indique qu'Emmanuel Macron était, alors, "naturellement amené à échanger avec de nombreuses entreprises engagées dans la mutation profonde des services advenue au cours des années évoquées, qu’il convenait de faciliter en dénouant certains verrous administratifs ou réglementaires".  

Sans surprise, sur les bancs de l'opposition, les réactions sont bien moins timorées. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, dénonce "un pillage du pays" et qualifie Emmanuel Macron de "conseiller, ministre et lobbyiste". Le député PCF Fabien Roussel, lui, voit dans cette enquête des "révélations accablantes". "Uber mériterait bien une petite commission d’enquête" parlementaire, déclare le député communiste Pierre Dharréville.

Les abus du fondateur et ex-PDG dénoncés

Selon les articles publiés, les documents obtenus par les journalistes mentionnent, entre autres, des messages de Travis Kalanick, alors PDG de la société, quand des cadres se sont inquiétés des risques pour les conducteurs qu'Uber encourageait à participer à une manifestation à Paris. "Je pense que ça vaut le coup", leur a répondu le cofondateur, "la violence garantit le succès"

Ces propos ont été démentis par le porte-parole de l'ancien patron et fondateur d'Uber. "Travis Kalanick n'a jamais suggéré qu'Uber exploite la violence aux dépens de la sécurité des conducteurs", selon un communiqué adressé au consortium à l'origine de l'enquête internationale. Le fondateur d'Uber avait été, en juin 2017, forcé d'abandonner son poste de PDG en raison d'accusations de sexisme et de harcèlement.

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Dimanche, la firme américaine s'est défendue et a répété avoir changé depuis 2017. "Uber est maintenant l'une des plateformes de travail les plus importantes au monde et fait partie de la vie quotidienne de plus de 100 millions de personnes. Nous sommes passés d'une ère de confrontation à une ère de collaboration", assure la responsable des Affaires publiques.

Dans une interview lundi au Guardian, le lobbyiste Mark MacGann a reconnu être le lanceur d'alerte et celui qui avait fourni les milliers de documents qui ont permis de dévoiler cette enquête internationale. Âge de 52 ans, il a reconnu avoir sa part de responsabilité dans les faits qu'il dénonce aujourd'hui et a justifié sa décision de parler en soulignant qu'Uber avait enfreint la loi dans des dizaines de pays. Quand l'évolution de la société a montré que "nous avions vendu un mensonge, comment avoir sa conscience claire si on ne s'élève pas contre la manière dont les gens sont traités aujourd'hui ?", s'est-il interrogé.


Benoit Leroy, avec AFP

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